Le 18 juin 2020 à La Rochelle : une commémoration à l’ère du Covid ?

En temps normal j’aurais dû aujourd’hui surveiller l’épreuve d’histoire-géographie du Bac de 8 h à 12 h… Mais les temps ont changé et j’ai donc pu aller assister à la cérémonie commémorant l’Appel du 18 juin. organisée à La Rochelle au Square Gayot au bord de la mer. En fait j’avais surtout envie de saluer des gens (très) âgés, des gens que je croise à l’occasion de cérémonies mémorielles et de l’organisation du Concours National de la Résistance et de la Déportation en espérant qu’ils allaient bien… Ouf ! Ils avaient survécu à cette « guerre » du Covid…

En même temps la thématique des commémorations et des rapports entre histoire et mémoire m’intéresse. J’y  ai déjà travaillé  sur mon blog personnel, notamment dans article de 2016 intitulé Commémorer l’appel du 18 juin où je décris l’organisation et la symbolique de cette cérémonie mais aussi dans deux autres articles Quel rituel de commémoration pour le 11 novembre ? et Garder la mémoire du feu.

Qu’est-ce qui a changé à La Rochelle en 2020  par rapport à la cérémonie des années précédentes ? Rien dans les grandes lignes juste quelques détails notables.

La cérémonie se déroule dans le même lieu (le Square Gayot), le même jour à la même heure (11 h 30) et, par chance, il fait le même temps que les années précédentes à l’approche de l’été (soleil, brise, température agréable).

Il n’y a aucun détachement militaire cette année, juste le général venu de la base aérienne de Rochefort. Par contre il y a les 8 militaires de l’opération « Sentinelle » chargés de sécuriser de loin la cérémonie (3 jeunes femmes de petit gabarit écrasées par leur lourd équipement et 5 jeunes costauds). Leurs silhouettes arpentant nos villes nous sont devenues familières depuis 5 ans.

Cette année il n’y a aucune classe, juste une collégienne de Troisième venue lire l’Appel du 18 juin et son professeur.  Les porte-drapeaux sont là, un peu moins nombreux que d’habitude (une dizaine) et avec des masques. Le matériel de sonorisation a été testé correctement et fonctionne. Le public est encore plus clairsemé que d’habitude avec masques ou pas… Il n’y a eu aucun contrôle d’identité, de sac, de distanciation…  Mais le rituel est exactement le même, ce qui en fait une cérémonie courte et solennelle sans accroc.

Une cérémonie mémorielle sur fond d’enjeu électoral ?

Les corps constitués sont cette année au grand complet (personne n’a envoyé son adjoint sauf le Président de la Région Nouvelle Aquitaine qui est à Bordeaux !) : c’est la en effet première manifestation officielle depuis le déconfinement du 11 mai et nous sommes à dix jours du 2e tour des élections municipales (28 juin 2020).

Ces élections opposeront  à La Rochelle le maire sortant (élu en 2014 -qui est venu seul à vélo-) au député de la circonscription (élu en 2012, réélu en 2017 et qui est en tête de quelques voix au 1er tour) (avec une 3e liste écologiste pour les départager, les écologistes n’ayant pas réussi comme en 2004 à s’entendre avec la liste du maire sortant), dans un contexte où la campagne  électorale pour le 2e tour n’a pas pu avoir lieu et personne n’a la moindre idée sur le résultat final !

On a au centre le nouveau Préfet de Charente-Maritime (représentant de l’État) avec à sa droite le député (représentant de la Nation), à sa gauche le Maire de la commune, puis à à droite le représentant du Conseil Régional  de Nouvelle-Aquitaine (Adjoint) et à gauche le représentant du Conseil Départemental de Charente-Maritime, et sur les bords les représentants des associations notamment M. Jean Billaud, ancien de la France Libre (voir l’article CNRD 2018 S’engager pour libérer la France où l’on évoque le parcours de ce monsieur âgé de 97 ans).

L’ordre de dépôt des gerbes est strictement protocolaire et se termine par le Préfet.

Le discours du 18 juin  2020 a-t-il quelque chose de particulier ? 

C’est ce que j’attendais, puisque la logique des commémorations est d’utiliser un épisode du passé pour évoquer l’avenir. Or le discours du Secrétaire d’État aux Anciens Combattants et à la Mémoire lu par le Préfet est d’abord très historique, il explicite le contexte de l’Appel qui vient d’être lu par l’élève de Troisème. Ce n’est qu’à la toute fin qu’on a enfin l’idée sous-jacente à faire passer : que De Gaulle est, en 2020, une figure de « consensus national ».

Voilà ce que j’attendais ! En cette sortie de confinement du Covid 19, quel est le message que notre Président et notre gouvernement veulent faire passer à travers cette cérémonie ? L’idée d’une unité du pays… Ce n’est pas nouveau mais, par le passé, les discours de commémoration ont parfois insisté pour cela sur le rôle des différentes parties de notre Empire colonial qui ont oeuvré dans un but commun (le contexte ne s’y prête pas du tout).

Cette fois-ci l’unité est conçue comme se faisant derrière quelqu’un qui s’est d’abord fait connaître comme un chef de guerre. Notre Président actuel n’a-t-il pas utilisé la métaphore de la guerre pour évoquer les mesures à prendre pour limiter la propagation de l’épidémie de Covid 19 ?

Mais l’historien-géographe  est en droit d’argumenter et d’écrire que notre société française de 2020 présente des éléments de fracture importants et que le parcours de De Gaulle n’est pas celui d’un homme de consensus !

On peut admettre que De Gaulle a un  parcours  de vie passionnant parce  largement imprévisible, qu’il présente des moments de rupture et des tournants très importants pour notre avenir.

Mais De Gaulle n’est un homme qui rassemble que dans une occultation des faits qui dérangent (quand il glorifie la Résistance pour ressouder le pays après la guerre). Le reste du temps, il a toujours contre lui une part plus ou moins importante de la population (en 1940, en 1947, en 1958, en 1962, en 1965, en 1968 et en 1969. 80 ans plus tard ce constat est toujours valable (voir l’article sur De Gaulle et les exercices de Bac)

À travers cet exemple on se rend bien compte comment la mémoire officielle de l’État peut proposer une vision du passé que l’historien a pour mission de critiquer.

Un historien n’est pas là pour créer des héros pour la mémoire nationale, il est là pour analyser le passé et faire réfléchir.

L’APHG et le Concours National de la Résistance et de la Déportation

Cette mémoire de la Seconde Guerre mondiale concerne notre association l’APHG, engagée depuis plus de 60 ans le Concours National de le Résistance et de la Déportation.  Le thème de cette année était justement  « 1940 Entrer en Résistance : Comprendre, refuser, résister. »

Nous avons proposé déjà plusieurs articles sur ce blog concernant les éditions précédentes du concours (une année sur deux le thème concerne la Résistance, l’année suivante la Déportation) sachant que les thèmes reviennent sous des formes un peu différentes mais que les élèves qui passent le Concours ne sont pas les mêmes que ceux des éditions précédentes : voir le sommaire ces articles sur le CNRD

Le report du CNRD 2020 : l’occasion de trouver un nouveau vivier de lycéens de Terminale intéressés ?

Le concours a été reporté à l’an prochain à cause du Covid 19. Avec les changements de Programme du lycée, ce concours peut est intéressant pour nos élèves qui vont entrer en Terminale, notamment ceux de notre spécialité HGGSP (histoire-géographie-géopolitique-sciences politiques) qui ont un thème sur « histoire et mémoire » (le thème III) et notamment  un « axe 1 » orienté vers « l’histoire et la mémoire des conflits ») tandis que l’histoire du tronc commun de Terminale place l’étude de la Seconde Guerre mondiale dans le thème I avec notamment un zoom sur la France pendant cette guerre.

Donc nous sommes susceptibles de retrouver l’an prochain un vivier de lycéens intéressés par ce c oncours, soit dans l’épreuve individuelle en 3 h  (qui se passe en mars et pourrait servir de « galop d’essai » à l’épreuve écrite de 4 h de HGGSP), soit dans l’épreuve collective qui amène à approfondir collectivement une partie du thème -ce qui peut être intéressant dans la perspective de la préparation du « grand oral »).

Effectivement nos élèves de Première de cette année n’ont pas pu s’entraîner à des exercices écrits en temps limité (suppression de l’épreuve de Français, pas d’E3C, pas de devoirs surveillés depuis mars) et cet exercice-là a des exigences particulières

Le jury du CNRD : des exigences particulières pour les devoirs individuels ? Des copies bien présentées, calligraphiées et sans fautes d’orthographe ?

Si j’avais envie de venir à la cérémonie de ce matin, c’est notamment parce que j’ai souvent corrigé les copies du CNRD ces dernières années. Nous nous retrouvons professeurs de Troisième, professeurs de lycée, du public et du privé sous contrat avec   des professeurs retraités (notamment de français) et des membres d’associations souvent très âgés. Nous n’avons pas pu nous voir en avril cette année pour corriger des copies, discuter et déjeuner !

Mais chaque année le même problème revient. Nous, les professeurs en activité, sommes habitués à chercher dans des copies mal présentées, pleines de fautes d’orthographe et avec de graves maladresses de formulation, des éléments de valorisation qui montrent que nos élèves comprennent les thématiques abordées et s’approprient progressivement des compétences importantes (faire une introduction, apprendre à argumenter en triant de l’information).

Mais nous sommes aussi habitués à ne pas nous bloquer sur ces maladresses et travailler à les améliorer… en considérant qu’ils peuvent faire mieux car nous sommes toujours en poste !

Nos partenaires de correction plus âgés attendent d’abord des copies bien présentées et sans fautes d’accord. Ils ne supportent pas les incohérences,les contresens ou les chronologies embrouillées…. et donc au final nos « bonnes » copies ne sont pas forcément les leurs…

Voilà pourquoi l’épreuve individuelle du CNRD est, pour nos bons élèves, la première et seule occasion de leur vie de se confronter à cet âge, avant les épreuves du Bac de Terminale, à des exigences plus importantes et notamment formelles qui leur permet aussi de  se retrouver face à eux-mêmes

On doit pendant 3 h rédiger une copie sur un thème qui nous est connu parce qu’on a travaillé, qui  nous touche, en devant puiser dans notre mémoire. Si on a pris l’habitude d’écrire à la main proprement et de rédiger, on a  enfin, pour la première fois de sa vie, le temps de travailler au calme à faire un exercice qui vous apporte quelque chose de personnel. Or justement c’est cela la différence avec un devoir de Bac : le CNRD offre la possibilité d’exprimer dans sa copie un ressenti personnel.

Pour les autres élèves, l’exercice est malheureusement  inaccessible parce que la maîtrise de l’écrit en amont est insuffisante. Et même si le thème les touche, ils sont incapables d’avoir les mots pour l’exprimer correctement. Voilà pourquoi ces élèves plus fragiles ne peuvent que participer à des travaux collectifs à condition d’avoir un professeur débordant d’énergie, qui a une âme de chef d’orchestre.

 

 

 

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