Rédiger une biographie contextualisée : un exercice formateur ?

Je suis toujours étonnée quand je demande à mes grands élèves (Première, Terminale) de faire une fiche biographique sur un personnage politique important dans notre programme et dont le parcours croise l’évolution de son pays, des nombreuses maladresses que j’y rencontre : on a l’impression que, spontanément, beaucoup d’élèves picorent dans une longue biographie sur Wikipédia de petites bribes d’informations sans  beaucoup réfléchir : étonnamment on a souvent la date précise de naissance (jour, mois année), le nom du village (mais aucune mention de l’endroit où il se trouve), le nom de l’épouse ou des enfants, la cause (surtout si elle est sordide) du décès… alors qu’on passe à côté de points essentiels :

  • En quoi ce personnage nous aide-t-il à comprendre une époque ?
  • En quoi ce personnage nous aide-t-il à incarner l’histoire c’est-à-dire la rendre moins aride (et donc nous permettre de mémoriser des éléments importants pour la réflexion) ?
Churchill

Winston Churchill (1874-1965) : un personnage très intéressant pour rédiger une biographie contextualisée

Voici donc quelques petits éléments méthodologique qu’on pourrait proposer pour faire travailler sur ce genre d’exercice, qui oblige à la fois à rédiger quelque chose d’assez long qui est chronologique mais en évitant les temps du récit (passé simple/imparfait) et en triant les éléments comme dans une analyse où l’on doit argumenter.

Qu’est-ce qui explique le parcours d’un homme politique ?

Son caractère ? Ses origines sociales ?  Sa formation et notamment ses études ? Le lieu où il est né et ou il a été élevé ? L’époque à laquelle il vit ? Les rencontres qu’il faites ? Les épreuves auxquelles il est confronté ?

A vrai dire c’est un peu de tout cela… Et écrire la biographie d’un homme politique c’est comprendre, qu’à un certain moment, cet homme a dû faire des choix (plus ou moins heureux) qui ont influé plus ou moins fortement sur le destin de son pays et qu’il aurait pu en faire d’autres. En attendant rien n’était acquis d’avance.

À analyser ainsi des parcours de vie, on découvre aussi quelque chose de très intéressant et rassurant : que l’avenir n’est jamais  écrit !  Mais aussi qu’on est souvent bridé dans son action par les croyances, idéologies et préjugés liés à son époque, son sexe, son âge, la société dans laquelle on vit et par des contingences matérielles et économiques.

Voilà pourquoi le canevas qui guide un biographie est toujours un peu le même :

  •  génération
  • milieu social
  • lieu d’origine
  • formation scolaire (universitaire)
  • rencontres
  • débuts du parcours politique
  • échecs et réussite
  • contexte politique, économique et social

Qu’est-ce qui ne nous intéresse pas dans une telle biographie ? Les passions humaines !

Les passions humaines semblent des ressorts qui traversent les époques, les sociétés, les générations : amour, haine, jalousie, orgueil, vanité, paresse, cupidité, lâcheté, courage, hypocrisie, goinfrerie, peur, colère… C’est sur ces passions humaines que se sont construites les grands mythes et les grandes tragédies. Mais, même si nos personnages historique n’y échappent pas, ce n’est pas cette dimension qui nous intéresse le plus dans leur biographie… mais davantage l’action qu’ils mènent et son résultat.

Pour avoir des exemples, on retrouvera sur ce blog des biographies sur deux femmes originales associées à leur époque : Aliénor d’Aquitaine et Madame de Maintenon.

On pourra en trouver d’autres sur mon blog personnel sur Bolivar, sur De Gaulle, sur Fidel Castro, sur Hugo Chavez et sur Salvador Allende

La biographie : un exercice d’entraînement à la rédaction avant le passage à la composition

L’intérêt d’un tel exercice est, comme expliqué précédemment, qu’on recherche un style qui se rapproche de celui d’une composition : écrit au présent, temps de l’analyse et de l’argumentation. Il n’est pas question de rédiger une « hagiographie » (étymologiquement ce mot signifie « biographie d’un saint) mais au sens figuré cela désigne une biographie qui embellit la vie du personnage sans aucun esprit critique.

Par conséquent le ton doit rester neutre et détaché, et là aussi c’est le même que dans une composition : on n’a pas à s’apitoyer sur le malheur, s’enthousiasmer sur ses exploits, se mettre en colère contre l’aveuglement ou la cruauté du personnage… On observe, on dissèque froidement. Or c’est difficile car les biographies que nous proposent dans les documentaires historiques à la télé (surtout quand elles portent sur des femmes) adoptent un autre ton pour que le spectateur se sente concerné.

Par contre là où l’exercice me semble simple à comprendre c’est qu’il n’y a pas à réfléchir à l’ordre dans lequel on va opérer pour rédiger cette biographie. On commence par une courte phrase d’introduction qui résume l’élément le plus marquant de la vie du personnage puis on suit l’ordre chronologique en replaçant chaque épisode dans son contexte général.

Un exemple sur Churchill

« Winston Churchill (1874-1965) a été le Premier Ministre britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est lui qui a mené son pays à la victoire ce qui explique le prestige dont il jouit dans son pays et à l’étranger (notamment aux États-Unis). Son parcours croise celui du Royaume Uni jusqu’aux années 1960 et permet de mieux comprendre la place du Royaume-Uni dans le monde à cette époque. »

La biographie de Churchill permet en effet d’aborder les points suivants :

  • le mode de vie et d’éducation de la bonne société britannique de la fin du XIX e siècle et du début XX e siècle (domestiques ; non mixité ; internats ; Collèges)
  • le fonctionnement politique du Royaume Uni avec ses 2 Chambres : Chambre des Lords et Chambre des Communes et le mode de désignation du Premier Ministre et les rapports avec le monarque.
  • l’Empire colonial britannique (Winston Churchill participe en Afrique du Sud à la Guerre des Boers puis est envoyé aux Indes
  • La Première Guerre mondiale pendant laquelle il est Lord de l’Amirauté jusqu’au moment où après la catastrophe de l’expédition aux Dardanelles il est démis de ses fonctions.
  •  La Seconde Guerre mondiale où il joue un rôle de premier plan
  • Les débuts de la Guerre Froide (discours de Fulton en 1946 sur le « rideau de fer »).

 

Pour visualiser tout cela, il me semble que la série britannique The Crown (série télévisée américano-britannique) diffusée sur Netflix depuis 2016 qui raconte la vie de la reine Élisabeth II (en 4 saisons de 10 épisodes) est intéressante. Dès le premier épisode qui évoque le mariage de la princesse héritière Elizabeth en 1947, Churchill trouve le moyen (alors qu’il n’a plus aucune fonction officielle à cette date, lui qui a été battu aux élections de 1945 par le travailliste Attlee), d’arriver le dernier, juste avant le roi et la mariée dans l’abbaye de Westminster (noire de monde).  Et on le retrouve dans d’autres épisodes quand il revient au gouvernement en 1951 et va être le premier Premier Ministre de la reine Élisabeth en 1953.

 

 

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