La démarche inductive : une pédagogie inadaptée en période de quarantaine ?

Une petite réflexion en cette belle matinée de quarantaine où nous tentons de trouver comment fonctionner autrement pour maintenir le lien avec nos élèves et chercher comment continuer à développer les compétences sur lesquels nous travaillions avant de ne plus les avoir devant nous.

Notre système pédagogique a évolué depuis une petite génération vers un système où nos élèves apprennent peu de choses par cœur, écrivent peu et sont sans cesse sollicités à chercher, répondre des questions, faire des hypothèses… C’est à dire exactement l’inverse de ce que leurs grands-parents avaient appris au primaire puis après : réciter par cœur !

Quelle en est la conséquence ?

Personnellement je suis assez bluffée par le résultat à l’oral sur mon fils qui est en Troisième quand on fait ensemble de la SVT ou de la physique-chimie voire de l’histoire-géographie-EMC. Je ne pense pas qu’à son âge j’avais l’esprit aussi agile à comprendre des protocoles expérimentaux et émettre des hypothèses... Et je trouve les thématiques que lesquels on travaille d’un bon niveau scientifique et intellectuel. À son âge je voulais qu’on me donne directement  les résultats et que j’en sache davantage avant qu’on me demande de faire des exercices.

Par contre je constate avec stupéfaction qu’il écrit lentement, n’a absolument pas acquis les automatismes des accords des verbes, des adjectifs, ni les règles basiques de l’orthographe d’usage… et qu’il a bien du mal à exprimer dans un écrit qu’on a envie de lire ce qu’il sait bien à faire à l’oral. Il est pourtant perçu comme un bon élève dans le système scolaire actuel !

Le temps d’apprentissage de l’écrit  pour cette génération (qui est celle de nos collégiens et lycéens actuels) a été totalement grignoté depuis le primaire par deux activités qui sont épuisantes pour les professeurs :

  • maintenir le calme dans une classe sans revenir à la terreur de l’école d’autrefois (qui reste encore pratiquée dans certaines écoles primaires en Afrique  subsaharienne et donne de bons résultats au niveau du calme mais est catastrophique d’un autre point de vue : celui des apprentissages).

 

  • inventer sans cesse de nouvelles activités interactives pour développer cette aptitude à l’induction. Dans notre matière, l’histoire-géographie, il s’agit sans cesse de tirer de la connaissance d’un montage de documents.

Or le temps d’apprentissage de l’écrit (calligraphier, copier dans le calme, faire des exercices répétitifs pour mémoriser un mécanisme ou une connaissance)  est un temps qui permet justement à la classe de trouver un rythme plus serein et un niveau de décibels reposant. Il permet à un enfant de se concentrer sans interagir avec son environnement. Il a été sacrifié ce qui a deux inconvénients :

  • le niveau d’orthographe au Bac est devenu affligeant… Mais est-ce si important ? De nombreuses officines privées sont en train de se développer pour vendre des formations à l’orthographie niveau CM2 à des cadres diplômés Bac +2, Bac + 3 voire Bac + 5 ? N’est-ce pas un combat d’arrière-garde dans un monde où le téléphone sera bientôt capable d’écrire sans fautes ce qu’on lui a dicté et ensuite de redonner à l’oral sans erreur ce qui est écrit pour quelqu’un qui ne pourra pas le lire ?
  • l’aptitude à lire un texte long qui apporte juste des connaissances explicitées à la portée d’un élève (et non un document court à présenter critiquer avec des consignes et des questions et quantités d’illustrations colorées) et dans lequel on a peu d’images et qu’il faut retenir et sur lequel on doit prendre des notes a totalement régressé. Cette aptitude permet, par mimétisme, d’écrire dans un français correct et avec peu de fautes d’orthographe.

Or justement en période de quarantaine nos élèves pourraient continuer à acquérir des connaissances s’ils avaient cette capacité à lire, à prendre des notes et les apprendre. D’où l’idée exprimée dans un article précédent de diaporamas d’auto-apprentissage (qui sont une forme plus légère d’écrit qu’un simple polycopié bien mis en page).

Car osons le dire, cette capacité à interagir avec nos élèves pour leur faire analyser un document et en tirer de l’information pertinente puis leur proposer une tâche complexe individuelle ou en groupe est impossible à mettre en œuvre hors de la classe en présentiel. Les parents de nos élèves qui ne sont pas professeurs ne savent pas le faire non plus.

Bref, si nous voulons que nos élèves -les plus jeunes- puissent continuer à travailler à la maison avec l’aide de leurs parents, peut-être devons nous renoncer provisoirement à cette démarche et nous contenter de leur demander d’apprendre des connaissances basiques, à l’ancienne puis de trouver des moyens ludiques et modernes (par exemple des Quizlets pour vérifier que ces connaissances s’automatisent).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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