Une composition rédigée commentée sur la mondialisation pour les élèves de Terminale ES/L

En cette période où nos élèves de Terminale s’inquiètent voici un exemple de composition de géographie sur un sujet qui en ce moment où 3 milliards de terriens sont en quarantaine semble un peu surréaliste mais il y a encore une quinzaine de jours, ce qui y était exposé avait encore du sens  ! L’idée n’est pas simplement d’avoir un exemple de corrigé à lire, c’est d’essayer de comprendre comment il a été construit et rédigé et comment on peut mémoriser les connaissances qu’il comporte.

Le sujet proposé était « Flux et acteurs de la mondialisation »

CMA-CGM Bougainville

Le porte-conteneur Bougainville de la CMA-CGM

Zut ! Ce n’est pas un sujet qui tombera au Bac ! Dans l’ensemble les sujets proposés au Baccalauréat en composition de géographie sont simplement les intitulés des chapitres. On pourrait donc apprendre une dizaines de corrigés par cœur... si on en était capable. Mais, en fait, la génération 2002, celle qui est la plus nombreuse à passer le Bac cette année ne sait pas apprendre par cœur un texte rédigé, nous ne l’avons pas entraîné à cela (voir cet article Mémoire et mémorisation une question périmée  ? où il est notamment question d’une grande actrice de théâtre Gisèle Casadesus, décédée à plus de 100 ans).

Donc sans doute est-t-il plus efficace de comprendre comment rédiger une composition  quel que soit le sujet, y compris un sujet sur lequel on n’a jamais réfléchi auparavant.

Une accroche ennuyeuse avec peu de données chiffrées et de dates mais des données réfléchies

Le monde dans lequel nous vivons en 2020 semble s’être accéléré depuis les années 1990 : les hommes, les marchandises, les capitaux, les informations y circulent davantage et plus vite, générant une interdépendance de plus en plus grande entre les 7,7 milliards de terriens et les États dans lesquels ils vivent. C’est ce processus que nous désignons sous le nom de mondialisation.

Voilà ce que j’appelle une accroche ennuyeuse mais pratique : je n’ai fait que planter le décor en donnant une définition de la mondialisation. Mais au moins je n’ai pas mis une accroche à supprimer (style « depuis la nuit des temps…. et d’ailleurs on l’a bien vu récemment »), ni une accroche de copie d’économie (qui donnera le cours de la bourse la veille du Bac !)

J’ai mis une date « années 1990 » (qui est le tournant majeur avec la fin de la Guerre Froide, l’essor perceptible de la Chine et l’entrée dans le monde d’Internet) et un nombre : celui des habitants de notre planète (7,7 milliards) et qu’il est impératif de savoir par cœur. 

Si  certains de nos élèves ont tant de mal à mémoriser ces chiffres de population qui sont essentiels en géographie c’est que nous vivons dans un monde de chiffres, aussitôt entendus aussitôt oubliés… Ceux que nous voulons retenir doivent être en bonne place dans nos notes avec la mention « MILLION » ou « MILLIARD » en toutes lettres et non simplement une abréviation M ou Md… Ainsi, quand nous relisons nos notes, nous devons lire ce mot (si cela se trouve un spécialiste du cerveau nous expliquerait que nous ne rangeons pas le langage et les chiffres que nous manions pour faire des calculs dans la même zone du cerveau).

Retrouver tous les mots du sujet et choisir une problématique qui donne envie de lire la suite

Mais quels sont précisément ces flux qui se sont développés et accélérés ? Et, derrière ces flux, existe-t-il des acteurs les animant comme des marionnettistes ? L’accélération des flux de la mondialisation est-elle sous le contrôle de certains acteurs, tout particulièrement des firmes transnationales ou bien sommes-nous en train d’assister à un phénomène emballé, imprévisible et qui nous dépasse ?

Voilà une manière à la fois de reprendre les termes du sujets (flux et acteurs) et de problématiser le sujet c’est-à-dire de trouver une manière de le traiter avec une question à laquelle nous avons envie que le devoir apporte une réponse. Mon idée de « marionnettistes »  (ces gens invisibles derrière un écran qui tirent des ficelles) est l’idée qui donne envie de lire la suite.  Pour trouver une problématique, il faut peut-être parfois penser à des situations concrètes et éviter des formulation pédantes.

Il me semble que penser à l’univers du théâtre est une bonne idée pour trouver des problématiques en histoire-géographie : il y a tout un champ lexical avec une scène, des acteurs principaux, des acteurs secondaires, des intrigues, un dénouement, des péripéties, une exposition, des rivalités…

Une annonce de plan longue et explicite (et non courte et formelle)  ; un plan en 3 parties

Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre en commençant, dans une première partie, par définir et caractériser les flux de la mondialisation, à commencer par les flux visibles, ces flux de marchandises qui circulent sur les grandes routes maritimes du monde. Dans une seconde partie nous nous efforcerons d’identifier les acteurs qui sont derrière ces flux et notamment d’analyser le rôle des grandes firmes transnationales. Puis nous chercherons dans une troisième partie à comprendre l’origine de ce phénomène de mondialisation pour voir en quoi ces relations entre flux et acteurs contribuent à accélérer ce processus.

Voilà la dernière partie de l’introduction : l’annonce du plan. Il me semble ici  important de préciser deux choses.

Premièrement les historiens et les géographes ont l’habitude d’organiser leur propos en 3 parties de la même manière que les philosophes. C’est une tournure d’esprit à prendre.  A l’inverse, j’ai découvert avec surprise en passant une Licence de Droit plus tard dans mon cursus que les juristes avaient une manière d’organiser leur propos en deux parties. Il en était de même des Énarques et de ceux qui avaient fait Sciences Po. Je n’y arrivais pas… au début. Pire les juristes ne faisaient pas de conclusion !

En fait il me semble que cela est lié au fait qu’un juriste présente une situation et laisse le juge prendre une décision ; un Énarque prépare un dossier… et laisse au politique le soin de prendre une décision.

A l’inverse un philosophe, un historien ou un géographe va jusqu’au bout de sa pensée et cherche à pousser sa réflexion jusqu’à sa conclusion sans l’aide de personne d’autre… Il a donc besoin d’une 3e partie !

Deuxièmement il est très important (et assez facile) de faire l’annonce du plan dans une composition et pas seulement de manière juste formelle du type : « dans une première partie nous caractériserons le phénomène avant d’en analyser les causes dans une seconde depuis de montrer les conséquences dans une troisième.. » car dans un cas pareil le correcteur n’a encore aucun indice pour savoir si le candidat a compris le sujet et sait quelque chose ou s’il se contente d’appliquer une méthode sans qu’il n’y ait aucun contenu derrière. 

L’introduction de composition un  jour du Bac :  check-list

On doit s’efforcer de ne laisser aucune faute d’orthographe dans cette introduction et tout particulièrement dans sa première phrase car cette introduction devra avoir été rédigée et travaillée au brouillon avant d’être recopiée au propre…

Un petit plus:

  • commencer par écrire l’intitulé du sujet avant de recopier son introduction (pour une nouvelle fois en écrire tous les mots et bien traiter ce sujet et non un autre)
  • d’écrire une ligne sur deux si les copies présentent des petits carreaux
  • de faire en sorte que l’introduction déborde sur la page 2 : de cette manière le correcteur sera obligé de tourner la page et pourra avoir la satisfaction de constater que le devoir est aéré avec des lignes passées entre les parties, des retraits d’alinéa pour bien matérialiser la structure du devoir.

Le début de la première partie : l’idée générale toujours  en début de partie, de sous-partie, de paragraphe

Tout d’abord le monde d’aujourd’hui se caractérise par l’existence d’un commerce international extrêmement développé et à très longue distance, principalement assuré par voie maritime.

Le principe de l’argumentation dans une composition est d’énoncer l’idée générale principale en début de partie, de sous-partie et de paragraphe. Ce n’est pas du tout original mais c’est rassurant pour le lecteur comme pour l’auteur de la copie.

Remarquons qu’un écrivain ne se comporte pas du tout ainsi quand il écrit : il a toute liberté pour surprendre son lecteur, le faire rêver, l’emmener où il veut. Heureusement !

Mais notre exercice de composition est juste un exercice scolaire d’entraînement qui permet d’apprendre à  trier de l’information de manière claire et rationnelle. On ne lui demande pas d’être poétique… juste d’être efficace et, si possible (mais pour cela il faut avoir beaucoup lu et écrit) élégant.

Expliciter une idée générale en apportant des ingrédients pour la préciser et l’illustrer

C’est ainsi que les flux de marchandises ont été multipliés depuis les années 1960 et portent sur trois grandes catégories de produits : des produits agricoles bruts ou peu transformés (blé, sucre, tourteaux de soja, agrumes…), des matières premières minérales et sources d’énergie (fer, cuivre, bauxite, charbon, pétrole, gaz..) qui sont essentielles pour l’industrie mais surtout sur des biens manufacturés de plus en plus nombreux et divers et qu’on transporte désormais essentiellement dans des conteneurs à la taille normalisée (20 ou 40 pieds-cubes).

Un mot important ici est « ainsi » qui indique qu’on est en train d’illustrer et de préciser l’idée générale qui précédait.

La teneur de ce paragraphe consiste à apporter de l’information ordonnée : 3 catégories de marchandises et pour chacune quelques exemples -parmi les plus importants-. On remarquera que je n’ai donné aucune valeur chiffrée sur le tonnage ou la valeur des marchandises transportées (j’estime que s’il y a des ordres de grandeur à mémoriser en géographie ce sont d’abord les  populations des principaux États et les superficies des plus importants).

Les exemples de produits transportés sont les 3 plus importantes matières premières minérales -le fer, le cuivre et la bauxite -qui est le minerai d’aluminium-. Je me suis limitée à 3 et j’ai évité de mettre des produits plus rares -molybdène, tungstène, nickel ou portant sur des tonnages importants mais moins médiatisés  -phosphates…- On est ici au niveau du Bac, il nous faut placer dans notre copie des connaissances générales (ici  les 3 matières premières minérales et les 3 sources d’énergie les plus importants et non de petits éclairs d’érudition.

Une précision sur l’un des éléments les plus importants du transport de marchandises : le transport des conteneurs

Ces conteneurs permettent de les protéger, de les transborder plusieurs fois de manière rapide et efficace depuis leur lieu de production jusqu’à leur lieu de consommation finale.

Dans ce petit bout de paragraphe les 2 éléments les plus importants sont les adjectifs « rapide » et « efficace » qui caractérisent parfaitement la logistique du monde mondialisé. Mais on s’aperçoit que j’ai choisi de ne pas utiliser le terme technique de  « transport multimodal » (un mode de transport où l’on change de moyen de transport passant du navire au train ou au camion).

J’ai considéré qu’on n’avait pas le temps de s’attarder là-dessus car l’échelle du sujet est mondiale. Ce n’est pas le cas si on travaille par exemple à l’échelle des États-Unis où le transbordement de conteneurs depuis les ports de la côte Ouest sur des trains transcontinentaux  jusqu’aux grands foyers de consommation  de la « Manufacturing Belt » (la région des Grands Lacs et la Mégalopole de la Côte Est) est une alternative au passage par le canal de Panama.

Lier les flux de marchandises aux flux d’information du monde d’Internet

Un commerce international aussi intense a été rendu possible par la possibilité de gérer ces flux en utilisant le réseau Internet qui permet un échange d’informations en temps réel, offre la possibilité de suivre aisément ces marchandises et d’en assurer le financement et le paiement.

Ces flux de marchandises sont donc intrinsèquement liés à l’essor des flux financiers et des flux d’informations permis par l’informatisation du système économique. Les importateurs peuvent désormais se fournir à l’échelle mondiale et non,comme avant l’informatisation uniquement, en s’appuyant sur des fournisseurs déjà connus avec lesquels ils avaient tissé des relations commerciales de longue date.

Bref ce système mondialisé est en train de bouleverser les relations commerciales à longue distance qui s’étaient mises en place antérieurement.

Un petit mot important ici est « donc » qui crée un lien de causalité entre l’essor des flux de marchandises et l’essor des autres flux et ne se contente pas de les présenter comme s’ils n’étaient pas liés les uns au autres.  L’autre petit mot « bref »  résume ce qui vient d’être dit. (Notons que pour les puristes de la langue française ce petit mot « bref » n’est pas le bienvenu… personnellement il ne me gêne pas ici).

Le plus original dans ce qui est écrit est cette idée qu’avant la mondialisation un commerçant avait des fournisseurs connus et que pour cela les relations s’étaient établies de longue date. Un exemple pour comprendre cela et d’aller lire sur ce blog l’article consacré à Jean Monnet celui qui est considéré comme le père de l’Europe, qui est envoyé par son père -négociant en cognac- dès 16 ans à Londres pour tisser des liens avec les importateurs (Jean Monnet l’Européen de Cognac)

Le monde mondialisé a changé tout cela… mais aussi la notion de confiance tissée de longue date est en train de s’effriter d’où la survivance des réseaux développés par les diasporas.

Une précision supplémentaire sur l’emballement des flux financiers liés à la cotation permanente en Bourse.

De plus l’existence du réseau Internet permet une spéculation boursière à l’échelle planétaire beaucoup plus facile et importante qu’elle ne l’était autrefois. Les places boursières réparties à travers le monde ne ferment jamais et des programmes informatiques capables de lancer des ordres de vente et d’achat sur les marchés boursiers remplacent aujourd’hui les traders considérés comme trop lents.

Quand j’utilise un argument supplémentaire je peux pour l’introduire utiliser « de plus », « en outre ».

Enfin cette mutation s’accompagne d’une augmentation considérable du nombre de personnes qui circulent à travers le monde et franchissent des frontières.

A nouveau l’idée principale de cette 3e sous-partie (après celle sur les marchandises et celles sur les flux d’informations et financiers) est mise au début

Un paragraphe très sommaire sur le tourisme international et les raisons de son augmentation récente rapide.

Les plus nombreux sont les touristes internationaux, estimés à plus  1,4 milliard aujourd’hui et qui se déplacent pour des raisons d’agrément. Leur nombre a explosé avec l’élévation du niveau de vie (notamment dans les pays émergents), la baisse du prix de l’avion avec les compagnies low cost). Ils croisent dans les grands aéroports internationaux (les « hubs ») tous ces hommes d’affaires qui travaillent dans des firmes transnationales, ces étudiants qui découvrent d’autres systèmes universitaires et ces migrants qui viennent s’installer dans des régions plus attractives.

Si je n’ai pas insisté davantage c’est que là aussi on n’a pas le temps de s’attarder sur ce phénomène quand le sujet est si vaste. L’ordre de grandeur que j’ai annoncé : 1,4 milliards est le chiffre retenu par l’UNWTO (l’Organisation mondiale du tourisme) pour 2018.

Un autre paragraphe sur les migrations

Car la mondialisation s’accompagne également d’une accélération du nombre d’immigrés qui sont estimés autour de 270 millions à l’échelle de la planète (soit environ 3,5 % de la population mondiale). Ce sont des personnes qui ont quitté leur pays d’origine pour s’installer durablement dans un autre pays généralement plus prospère et qui se concentrent donc en Amérique du Nord, en Europe occidentale, en Australie, dans les pays du Golfe (et viennent de très loin) ainsi que dans certains pays d’Afrique comparativement moins défavorisés (comme l’Afrique du Sud ou le Nigeria) (en provenance de pays voisins).

Les conditions de vie très difficiles dans certains pays et la fermeture des frontières expliquent qu’aujourd’hui un nombre de ces migrants arrivent par des moyens illégaux grâce à des passeurs, tentant de passer inaperçus à travers des flux de marchandises et de personnes aussi considérables.

Là encore j’ai avancé un ordre de grandeur pour ces migrants et un % pour montrer au correcteur que j’ai bien compris que malgré le traitement médiatique de la question presque 97 % des 7,7 milliards d’habitants vivent dans leur pays d’origine et n’ont aucune envie d’aller nous envahir ! Or c’est un des thèmes du programme où les maladresses de nos élèves sont les plus fréquentes.

Aller voir la petite animation très intéressante de l’OIM (Organisation Internationale des Migrations) pour avoir une perception plus concrète des phénomènes migratoires à l’échelle mondiale.

OIM immigration France

Une capture écran sur l’animation de OIM : ici les 12 % de résidents en France qui sont immigrés (nés hors de France) et répartis par pays d’origine.

Ainsi l’importance de ces flux est-elle un phénomène très spectaculaire, tout particulièrement dans les grands ports du monde, les grands aéroports, les grandes places financières.

Cette première partie se termine en résumant l’idée principale (grâce au mot « ainsi » qui a donc ici une autre fonction qu’au début du propos où ainsi était utilisé pour donner un exemple ») et en faisant une remarque très géographique : une référence à des lieux et non à des concepts. Car la géographie, en tout cas à notre petit niveau de lycéen s’intéresse principalement aux lieux, et ce à différentes échelles.

Nos élèves de Terminale ES ont souvent tendance à ramener dans nos copies de géographie les concepts de leur cours d’économie… Certes c’est mieux que de ne rien connaître du tout… mais sincèrement notre approche est un peu différente. Nos collègues s’intéressent surtout à des processus et des concepts, nous nous intéressons bien davantage aux conséquences concrètes de ces processus, sur les villes et les campagnes, les centres et les périphéries des villes, les pays les plus riches et les autres.

Le début de la deuxième partie : une question et pas de véritable transition ?

Mais qui orchestre un tel ballet ?

Il me semble inutile de perdre trop de temps quand on est en Terminale sur une composition d’histoire ou des géographie à rédiger des phrases de transition  complexes… On aura l’occasion de faire cela dans la composition de philosophie (où l’on a 4 h pour concevoir et rédiger notre copie, alors qu’en histoire ou géographie on a seulement 2 h 30.

C’est là que les choses se compliquent car s’il est assez aisé d’identifier un des acteurs principaux à l’origine de ces flux, en l’occurrence ces très grosses entreprises que nous qualifions de « firmes transnationales », en revanche il est plus difficile de trouver une véritable stratégie à l’œuvre derrière ce processus.

Dans ce paragraphe j’annonce un postulat… mais il va falloir que je le démontre, c’est ce que je fais par la suite.

Un petit point sur le style de ce corrigé et sur la grammaire

C’est aussi l’occasion de réfléchir au style de ce corrigé : il y a ici une phrase compliquée, l’une des plus compliquées de ce corrigé par la structure de la phrase. Si on devait en faire l’analyse grammaticale on s’apercevrait qu’il y a 3 propositions

  • 2 propositions principales reliées par la conjonction de coordination « car » (« les choses se compliquent ») et (« il est plus difficile de trouver »)
  • -1 proposition subordonnée à la 2e proposition et placée avant elle, introduite par « si » (« s’il est aisé »).

J’ai dû écrire cela au fil de la plume sans faire attention mais il est beaucoup plus efficace pour un lycéen de limiter ses phrases à 2 propositions, soit une principale et sa subordonnée (mais attention qui dit subordonnée dit souvent utilisation du subjonctif un mode dont il faut parfois revoir la conjugaison), soit 2 propositions principales coordonnées par une conjonction de coordination (« mais, ou, et, donc, or, ni, car »).

Les temps de l’argumentation : présent de l’indicatif à 90 %

L’autre remarque est que ce corrigé est presque entièrement au présent, sauf les trois phrases qui annoncent le plan (et sont donc au futur) : « Nous tenterons de répondre » ; « Nous nous efforcerons d’identifier » ; « Nous chercherons à comprendre. » Elles sont à la première personne du pluriel « nous » et on pourrait les remplacer par une forme impersonnelle (« on ») mais pas par (« je »).

Je vexe volontairement mes élèves quand je leur dis un peu brutalement que je ne veux pas de « je » dans leur copie parce qu’un correcteur se moque totalement de l’opinion d’un jeune de 17 ans ! En fait, derrière cette provocation, il y a juste le rappel que l’exercice de composition n’est qu’un exercice scolaire pour développer des compétences à trier de l’information et à argumenter.

C’est exactement la même chose en langue quand la question à l’examen vous demande de parler de votre expérience ou de dire ce que vous pensez de quelque chose .. On vous demande juste de montrer au correcteur que vous êtes capable d’écrire dans la langue étrangère en utilisant correctement les structures de la langue, avec du vocabulaire et en argumentant.

Et donc la copie est presque entièrement rédigée à la 3e personne (du singulier et du pluriel) au présent de l’indicatif ce qui réduit considérablement les révisions des conjugaisons qui semblent pourtant nécessaires pour un certain nombre de nos élèves :

  • Pour le premier groupe (verbes en -er) qui sont les verbes les plus simples (et notamment tous les verbes qui émergent dans la langue française : télégraphier, téléphoner, chatter, podcaster…), le seul problème est  que le « -e » est muet qu’il ne faut pas l’oublier (ex. « cela signifie que… ») et que le « -ent » l’est également (donc nécessite de vérifier l’accord du pluriel) et de savoir que le participe passé est « -é »
  • Pour le deuxième groupe (verbes en -ir comme finir qui fait « nous finissons »), il faut juste ne pas oublier le « -t » au singulier ; au pluriel on a le même souci qu’avec les verbes du 1er groupe  : devoir vérifier l’accord car « -ent » est muet. Attention le participe passé est en « -i » (« c’est fini »).
  • Pour le troisième groupe qui regroupe tous les autres verbes, c’est-à-dire tous les verbes irréguliers de la langue française, il faut revoir les plus courants : pouvoir, savoir, connaître, faire, (s’ ac)croître, paraître… et vérifier aussi qu’on connaît leur participe passé et leur subjonctif (pu, su, connu, fait, (ac)crû, paru … ; puisse, sache, connaisse, fasse, accroisse, paraisse).

Car si le présent de l’indicatif est très largement utilisé, on a parfois besoin d’un petit peu d’imparfait (quand on fait un « flash back ») et plus souvent du passé composé (pour faire un bilan) pour lequel on utilise le participe passé.

Quant  au passé simple on l’oublie  ! Ce temps du récit n’est plus utilisé au XXI e siècle dans le langage argumentatif des sciences humaines ! Il n’a rien à faire dans nos copies de Bac et tant mieux, c’est un temps où les changements de voyelles et de radicaux sont tellement compliqués pour les verbes du 3e groupe, qu’on a besoin de 100 pages de Bescherelle pour s’y retrouver !

Dernier problème grammatical important : la voix passive. Rappelons qu’une phrase simple à la voix active  est : « le chat mange la souris »… sujet/verbe/COD -complément d’objet direct et qu’on peut l’exprimer à la voix passive en renversant les termes : « la souris est mangée par le chat » sujet/verbe/complément d’agent. Tout cela n’a pas l’air très sérieux comme cela, mais allons plus loin.  Le sujet dans une phrase fait l’action… C’est l’acteur. Or justement en histoire-géographie nous travaillons sur des thèmes complexes pour lesquels on a souvent bien du mal à trouver qui est le sujet de l’action.

Qui transporte toutes ces marchandises ? Qui fait varier le cours de la Bourse ? Qui signe les traités ? Une manière de s’en sortir est donc  de formuler nos phrases à la voix passive en supprimant le complément d’agent : « Des marchandises sont transportées. » ou « Des réglementations ont été prises », « Un accord a été signé/négocié… »

Trois verbes précieux à utiliser dans une copie d’histoire géographie pour argumenter : illustrer, refléter, symboliser… on pourrait les écrire dans un coin de son brouillon le jour du Bac et se dire qu’on trouvera toujours comment les utiliser.

  • « illustrer » sert à introduire un exemple
  • « symboliser » permet de chercher une situation, une personne, un lieu, un objet, un bâtiment qui résume certaines caractéristiques d’un phénomène
  • « refléter » est subtil : le reflet dans le miroir n’est pas la réalité mais lui ressemble.

 

Les firmes transnationales : la notion la plus importante de cette copie

Effectivement, un des acteurs principaux semble bien être ces grandes entreprises transnationales qui se sont développées de manière exponentielle depuis les années 1960 et se transforment très rapidement.

Une première phrase où une fois de plus j’énonce l’idée générale de cette sous-partie

De telles entreprises sont des entreprises principalement nées dans les pays de la Triade (États-Unis, Europe occidentale et Japon) et au départ plutôt industrielles qui après s’être construites dans leur pays d’origine (où elles conservent à la fois leur siège social et leur principal centre de Recherche & Développement ainsi qu’un ou plusieurs sites de production), ont progressivement développé un réseau de filiales dans des pays choisis sur une combinaison de critères : une main-d’œuvre moins onéreuse, une fiscalité attractive, une réglementation environnementale moins stricte, une stabilité politique, une accessibilité par rapport aux marchés (d’où leur localisation fréquente à proximité de grands ports exportateurs si elles travaillent pour des marchés situés à l’autre bout du monde).

J’ai choisi ici de ne pas donner la définition-type de firme transnationale qu’on trouve dans un manuel, dans le cours de notre collègue d’économie ou sur Géoconfluences mais une manière de les présenter qui montre que j’ai compris comment elles se développent dans le temps et dans l’espace.

Au passage on pourrait imaginer que dans ma copie de Bac au lieu d’écrire ce paragraphe je le remplace par une sorte de schéma expliquant leur fonctionnement.

Je n’ai pas fait l’effort de mémoriser le nombre de FTN, leur chiffre d’affaires, leur poids dans l’économie mondiale… à vrai dire personne n’est d’accord là-dessus !

On peut par exemple citer l’entreprise finlandaises Nokia qui a d’abord développé son activité en Finlande, a ensuite créé des usines en Europe puis s’est mondialisée en faisant produire ses téléphones portables dans le Sud de la Chine (notamment à Shenzhen) puis en développement de nouveaux centres de R&D par exemple aux États-Unis dans la Silicon Valley et aujourd’hui au Kenya pour la conquête du futur marché africain.

Là je ne fais qu’exploiter l’étude de cas et la carte qui était dans mon manuel de Terminale concernant le chapitre un produit mondialisé : le téléphone mobile. J’ai surtout donné des noms de lieux essentiels du monde d’aujourd’hui mais aucun chiffre d’affaires.

Mais cette entreprise qui était leader du téléphone portable dans les années 1990 n’a pas réussi le tournant du smartphone au moment où il a été lancé par la firme américaine Apple et s’est restructurée : désormais elle ne produit presque plus de téléphones mais s’est spécialisées sur les réseaux (le futur 5G). Cet exemple montre à quel point ces FTN sont susceptibles de se transformer en une dizaine d’années, ce qui a été particulièrement le cas ces dix dernières années.

Ce paragraphe insiste sur la restructuration continuelle des FTN dans le monde d’aujourd’hui et tout particulièrement depuis la crise de 2008

Ces entreprises profitent également de l’existence de paradis fiscaux (tel les îles Caïman) pour payer moins d’impôts dans les pays industrialisés développés où elles sont souvent domiciliées. Mais ce modèle n’est pas seulement présent dans l’industrie, il touche également aujourd’hui les entreprises tertiaires (par exemple les logiciels comme Microsoft, la grande distribution, le transport (comme la CMA-CGM groupe français 4e armateur mondial qui dispose de filiales dans de nombreux pays…).

Je donne deux exemples l’un de paradis fiscal (j’aurais pu prendre les Bahamas) et l’un de FTN dans un autre secteur que l’industrie, ici le transport maritime. Précisons que l’entreprise française CMA-CGM  s’est récemment fait rafler sa 3e place par le chinois COSCO qui a racheté le groupe OOCL de Hong-Kong (voir l’article Les porte-conteneurs et la mondialisation).

La logique de déploiement de ces entreprises est purement financière, leur objectif étant de rentabiliser au mieux leurs investissements face à leurs actionnaires (car toutes ces grosses entreprises sont cotées en bourse) de plus en plus pressés et exigeants en terme de rentabilité.

Je n’ai pas le temps de développer une idée qui est en filigrane dans tout le programme de géographie : la logique des entreprises mondialisées est le profit et non le développement des territoires où elles sont implantées.

Pour autant, ces FTN ne sont pas les seuls acteurs de la mondialisation car si ces grosses entreprises ont pu se développer ainsi, se racheter et se revendre entre-elles c’est qu’elles profitent d’un système économique qui, à travers d’autres acteurs, encourage un tel fonctionnement.

Depuis 1947, avec la signature des premiers accords du GATT, les différents États du monde se sont mis d’accord pour abaisser les droits de douane et favoriser le libre-échange, estimant que la prospérité du commerce international était une manière de détourner les hommes d’activités plus belliqueuses. Aujourd’hui la quasi-totalité des États du monde appartiennent à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) créée en 1995 et qui entend fixer des règles équitables pour le commerce.

J’utilise ici  des éléments de connaissance qu’on a dans le chapitre d’histoire Une gouvernance économique mondiale depuis 1944″

Mais parallèlement ces États se sont regroupés en organisations régionales qui, elles-aussi, encouragent le libre-échange et rendent les économies de leurs membres plus dépendantes les unes des autres, telles que l’Union Européenne, l’ALENA (l’Accord de libre-échange Nord-américain) ou le Mercosur (en Amérique latine).

De plus, chacun à sa manière, les États courtisent les firmes transnationales qui sont susceptibles de leur apporter emplois et revenus et, à l’échelon local, ils sont prêts à offrir des zones d’activités toutes équipées, des infrastructures de transport de qualité ou des exonérations fiscales pour attirer les filiales de ces entreprises.

Enfin on peut identifier d’autres acteurs qui contribuent eux aussi, chacun à sa manière, à renforcer ce processus : les activités criminelles (trafic de drogue, d’être humains ou d’armes) tendent également à se mondialiser tant il est plus simple grâce à Internet de les organiser puis de réussir à réinjecter l’argent récupéré dans des circuits légaux.

Les diasporas –c’est-à-dire ces groupes ethniques dispersés à travers le monde et souvent fixés dans de grandes villes (comme la diaspora indienne ou chinoise) rendent plus simples les liens commerciaux entre leur pays de résidence et leur pays d’origine.

Cette fin de 2e partie est une énumération très basique des autres acteurs de la mondialisation tels qu’ils figurent dans le cours de notre manuel (les États, les organisations régionales, les diasporas, les réseaux criminels. J’ai choisi de ne pas parler ici des I°ONG car je ne vois pas une moins d’une ligne comment on peut comprendre leur rôle dans un tel système : on s’aperçoit donc qu’il est important de supprimer certaines choses et plus efficaces peut-être d’insister sur des points plus faciles à exposer (comme la stratégie de Nokia)

Mais quelle est l’origine de cet emballement que nous observons ? Pourquoi ces flux de plus en plus intenses ?

À nouveau une transition très brutale vers la 3e partie de la composition

On peut considérer que ces flux sont liés à la multiplicité d’acteurs qui les encouragent, chacun en vertu de sa propre logique. Ainsi les entrepreneurs espèrent davantage de profit pour leurs actionnaires et c’est leur seule logique de fonctionnement.

Les États souhaitent davantage de prospérité pour leurs citoyens car ces activités mondialisées créent des emplois surtout tertiaires, génèrent des revenus et davantage de consommation et permettent d’éviter les crises politiques en détournant les citoyens de menées belliqueuses.

Les organisations régionales espèrent pouvoir profiter de marchés plus vastes grâce à des réglementations unifiées. Enfin les consommateurs, désormais presque tous équipés d’un Smartphone qui leur offre une vitrine sur le monde aiment profiter toujours davantage de la société de consommation.

1er argument  : les différents acteurs encouragent la mondialisation pour des motivations différentes mais qui convergent

En fait nous pouvons constater que le commerce international à longue distance s’est développé à partir du début du XVI e siècle mais portait uniquement sur des produits limités permettant juste un enrichissement considérable de certains pays et régions d’Europe : d’abord l’Espagne et le Portugal ; au XVII Amsterdam et les Provinces Unies, puis au XVIII e certains ports français (Bordeaux, Nantes, La Rochelle) et britanniques (Londres et Liverpool).

Ce système a mis en place un rapport de dépendance entre des centres de décision et de consommation (ces grandes villes d’Europe) et des territoires fournisseurs de produits agricoles et autres.

Le XIX e siècle avec le développement de la conquête coloniale (en Afrique, en Asie et dans le Pacifique) a continué cette même logique d’un commerce créant un lien de subordination entre les centres de décision et de consommation et les régions productrices. Toutefois l’Amérique devenue indépendante a commencé à développer d’autres relations commerciales avec l’Europe avec une mise en concurrence des régions productrices et ce système a commencé à générer des relations d’interdépendance entre Européens et Américains.

On avait là déjà en germe cette concurrence généralisée qui existe aujourd’hui entre producteurs et consommateurs et qui, avec l’amélioration des moyens de transport mais aussi la facilité de gestion que permet l’informatique, permet de décider d’avoir des clients et des fournisseurs à l’autre bout du monde.

Un rappel historique jusqu’au XVI e sur la manière dont ce phénomène s’est développé. Il me semble qu’il est toujours nécessaire dans une copie de géographie de faire un tel rappel historique.  Mais souvent ce rappel historique est en début de 2e partie.

En tout cas c’est pratique car une partie de nos chapitres d’histoire donne des éléments de connaissance pour nourrir la composition de géographie (c’est vrai sur la Chine, sur les États-Unis par exemple)

Ainsi, notre système économique actuel semble s’auto-nourrir et, en même temps, cette augmentation des échanges a des effets de plus en plus pervers générant un immense gaspillage de ressources naturelles, une consommation extravagante d’hydrocarbures et d’électricité au profit des pays industrialisées développés, des régions et des quartiers privilégiés des pays émergents, accélérant les problèmes environnementaux et rendant certaines inégalités sociales de plus en plus insupportables.

Il semble donc logique et probable que les dirigeants des principaux pays principalement bénéficiaires de la mondialisation (notamment ceux qui sont membres du G 20) se concertent pour tenter de réguler davantage un phénomène dont les effets pervers (pollution, déchets, violences sociales) pourraient sinon devenir catastrophiques, en tentant pour cela de limiter la spéculation financière, de réduire la consommation d’hydrocarbures et en privilégiant, dans certains domaines seulement, un développement plus local et moins dépendant de produits importés de l’autre bout du monde.

Une conclusion un peu précipitée comme si je n’avais plus le temps d’en dire davantage… Et c’est ce qui risque d’arriver au Bac sur ce type de sujet.

On a donc intérêt à avoir rédigé sa conclusion au brouillon et l’avoir recopié avant d’écrire le développement sur une feuille à part.

 

Voilà donc un très long corrigé commenté qui peut donner quelques pistes pour améliorer sa manière d’argumenter, d’écrire, de choisir ses mots, ses exemples, ses données chiffrées.

 

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