Un emploi du temps-type pour lycéen autonome en quarantaine ?

Suite à l’article sur lequel je réfléchissais à l’emploi du temps-type pour un collégien, voici d’autres petites réflexions après une première semaine de quarantaine. Nous sommes tous en train de faire de l’observation participante, professeurs et élèves, et voir comment les choses s’organisent.

planning lycéen

Une idée d’emploi du temps lycéen à adapter et à

Premier constat : trop d’info tue l’info !

Depuis une semaine nous sommes inondés de propositions pour faire cours à distance et maintenir le lien avec nos élèves en utilisant les ressources innombrables qu’offrent aujourd’hui les monde d’Internet. Quand bien même nous resterions confinés pendant des mois, nous n’aurions pas le temps de  tout  découvrir !

  • Osons donc faire notre petit chemin personnel de professeur en choisissant parmi tous ces outils ceux que nous avons envie d’utiliser et en oubliant tous les autres !
  • Osons donner à nos lycéens le droit d’en faire autant avec l’aide de leurs parents.

Le rôle des parents de nos adolescents : les accompagner dans leur travail scolaire

Le constat que je faisais dans l’article précédent était que, pour moi, le plus important était de maintenir la sérénité de la vie familiale pendant cette période bizarre. Or les conditions sont très différentes selon le lieu où l’on est confiné : le nombre de m² disponible par personne, l’environnement dans lequel on peut se dégourdir les jambes, la composition de la famille. Il est vraisemblablement plus simple de se mettre à faire du travail scolaire quand on n’est pas le seul élève de la maisonnée.

Quant aux parents, ils n’ont pas envie de passer leur quarantaine à surveiller leurs adolescents en train de faire des devoirs ennuyeux…  Or osons dire que les devoirs que nous proposons à nos élèves sont souvent ennuyeux surtout parce qu’ils sont « techniques » et qu’il y a beaucoup de consignes à suivre pour les faire ! Prendre le train en route n’est pas simple pour un parent, c’est même totalement impossible dans certaines matières… nos élèves doivent continuer la petite routine que nous avons mise en place avec eux chacun dans notre classe et dans notre matière, chacun avec nos petites maniaqueries… plutôt que de tout changer et recommencer à zéro en trouvant de nouveaux outils.

C’est précisément parce qu’ils sont « techniques  » que ces exercices sont proposés comme exercices d’entraînement.  Car quand on veut apprendre à jouer du piano, on ne se contente pas seulement de poser ses doigts sur les touches et de produire une successions de sons en essayant de suivre le mode d’emploi (les notes de la partition)… De même rédiger une composition d’histoire n’est pas raconter chronologiquement ce qui s’est passé, c’est beaucoup plus compliqué…

Mais finalement, dans un cas comme dans l’autre ce sont des consignes répétées à l’oral par le professeur dans un contexte de routine qui font que, si on s’entraîne et qu’on les applique, progressivement on finit par jouer proprement du piano et qu’on apprend à  rédiger une composition d’histoire pour le Bac, exercice qui nous habituera plus tard à être capables de trier de l’information, de construire un texte plus ou moins long en mettant en valeur ce qui est important et en étant capable de faire cela à l’écrit comme à l’oral, même si cela ne porte pas du tout sur de l’histoire !

Bref nous aurons appris une compétence transférable à autre chose. Et effectivement c’est utile à long terme mais c’est ennuyeux à court terme, aussi ennuyeux que de faire des gammes au piano !

S’adapter dans la durée : inventer de nouveaux rituels pour rythmer la journée et la semaine, alléger la charge mentale en organisant les choses une fois pour toutes

J’avais proposé la semaine dernière de travailler 6 jours sur 7 et de ne rien faire de « scolaire » le 7e jour  (le dimanche) c’est-à-dire de rompre enfin avec notre rythme d’élèves et de professeurs qui sommes obligés de travailler le dimanche… Quand nous ne le faisons pas, nous stressons à l’idée de ne pas être au niveau le lundi à 8 h et nos élèves  -en tout cas les plus anxieux- stressent aussi (les autres de toute façon  -en tout cas beaucoup de lycéens- n’ouvrent jamais leur cartable… sauf quand on leur promet un « contrôle » !

Je propose de commencer la journée en écrivant la date quelque part dans la maison et le nombre de jours de quarantaine : les prisonniers mettent des encoches, Robinson Crusoé aussi sur son île donc nous voici « lundi 23 mars 2020 8e jour de quarantaine ».

Ensuite j’ai trouvé très pratique d’inscrire les menus du jour (à discuter éventuellement en famille à l’heure du petit déjeuner). Pour une mère de famille, c’est une grosse charge mentale de se demander tous les jours ce qu’on  va faire à manger compte tenu des stocks et des goûts des uns et des autres, du temps qu’on a  pour cuisiner  (midi et soir)  tandis que faire à manger est beaucoup plus simple (surtout qu’on peut se faire aider). Or cet aspect-là (manger correctement) est fondamental pour le moral des troupes !

A vrai dire ce petit rituel nous montre une chose : il est beaucoup plus fatigant d’organiser les choses tous les jours que de faire les choses ! Voilà pourquoi  nous avons intérêt à construire rapidement un emploi du temps-type assez satisfaisant mais pas trop ambitieux et l’appliquer avec rigueur plutôt que d’essayer tous les jours de trouver un meilleur système.

Effectivement c’est comme cela que nous fonctionnons dans notre vie professionnelle : nous avons tous un mauvais emploi du temps mais, au moins, nous n’avons pas à réfléchir à ce que nous allons faire le mardi à 10 h : la salle, la classe, le niveau sont dans notre emploi du temps.

Différencier les jours de la semaine

Actuellement la seule manière pour moi de différencier les jours de la semaine tient au passage du camion-poubelle : le lundi (sac noir) le mercredi (sac jaune)… ce n’est pas le top.

Or élèves comme professeurs nous avons la particularité d’avoir des jours de la semaine qui ont tous une coloration différente (ce n’est pas le cas des élèves jusqu’au CM2) avec des jours que nous préférons (à cause des matières et des horaires) et d’autres que nous appréhendons…

Voilà pourquoi nous n’avons pas forcément grand-chose d’écrit dans nos agendas sauf la date des conseils de classe et autres réunions. Tout le reste est en mémoire.

Donc je suggérerai  pendant cette quarantaine d’attribuer à chaque jour de la semaine une coloration particulière (c’est l’activité que j’ai indiquée en bleu clair) pour partager des activités culturelles en famille à une heure commune en utilisant un écran commun (la télé du salon si possible).  Par exemple :

  • lundi : théâtre/opéra/concert
  • mardi : série/film en langue étrangère (sous titré)
  • mercredi : documentaire historique
  • jeudi  :documentaire géographique pour s’évader
  • vendredi : documentaire scientifique
  • samedi : lecture à voix haute (roman, poésie, théâtre)
  • dimanche : rien…

Ces activités sont juste des idées pour montrer que parmi tout cela il y a des choses qu’on n’a pas peut-être pas du tout envie de partager… On peut donc en trouver d’autres… Mais surtout se rendre compte que tous les jours ne sont pas aussi ennuyeux… certains peuvent l’être encore plus que d’autres !…

Mais mon idée est de ne pas limiter cette activité à simplement regarder les choses mais  de charger un membre de la famille (celui qui a insisté pour qu’on partage ce moment) d’organiser la séance, de présenter ce qu’on va regarder ou écouter. L’idéal serait de positionner cela en fin de journée avant le dîner  et de limiter à une heure pas forcément  davantage. Peut-être que cela susciterait des débats et la décision commune de ne pas recommencer… ou de faire mieux !

Utiliser des jeux et des quizz avec téléphone pour travailler ?

Personnellement je trouve cela très long à mettre en œuvre, le fait que cela soit perçu comme un jeu empêche qu’on mémorise vraiment les choses pour des apprentissages scolaires niveau lycée… (voir l’article sur les Quizlets)

Car malheureusement il n’y a pas de miracles pour développer les compétences que nous recherchons chez nos élèves :  ils doivent à la fois être volontaires, y trouver un intérêt personnel (plaisir de l’exercice, vanité d’avoir de très bonnes notes, peur de se faire sanctionner), et répéter suffisamment les choses en utilisant toutes les ressources de leurs 5 sens et de leur cerveau (il faut regarder, écouter, toucher, écrire, parler, chanter, bouger son corps). On n’apprend rien sur un écran de 5 cm sur 10  où l’on peut tout juste poser deux pouces si l’on ne va pas au-delà.

Un emploi du temps à adapter ?

Pour conclure cet emploi du temps m’apparaît plus « cool » que celui des collégiens (qui ont beaucoup plus de matières) :

  • 30 mn de LVA et 30 mn LVB  le matin =  1 h de langue vivante seul dans son coin à lire, écrire, parler, répéter
  • 4 créneaux de 30 mn + 1 créneau de 40 mn + 1 créneau de 45 mn (avant la récréation) soit  3 h 25 de travail pour les autres matières soit en tout 4 h 25 par jour à multiplier par 6 = 25 h 30 pour la semaine.

Sur ces 6 créneaux il faut positionner les autres matières en fonction de l’importance qu’elles revêtent selon qu’on est en Seconde Première ou Terminale.

Pour mes TES je suggérerais de faire chaque jour

  • 1 créneau de philo
  • 1 créneau d’histoire-géo
  • 1 créneau de maths
  • 2 créneaux de sciences économiques et sociales
  • et de garder le 6 en « joker », soit pour faire une matière où l’on est en difficulté soit une matière qu’on apprécie davantage.

L’idée est aussi de placer la matière qui est la plus pénible avant une récréation méritée. Ce qui donne un emploi du temps qui pourrait être celui-ci : je rappelle que le jaune = vie familiale, rose = activités « bulles » qui sont personnelles et ne regardent donc personne, les créneaux gris le travail scolaire et le créneau bleu l’activité qui rythme la journée (style théâtre, opéra, documentaire, lecture à voix haute).

planning lycéen approprié

Une idée d’emploi du temps pour Terminale ES : l’idée est d’alterner les moments où l’on travaille seul dans sa chambre, seul avec d’autres qui travaillent en silence dans le salon (pour se motiver et ne pas se distraire) (créneaux gris), il ne reste plus qu’à choisir en famille l’activité du jour. Quand à la promenade rappelons que les adolescents sont des nids à virus… ils n’ont donc rien à faire dehors seuls (sauf peut-être un petit jogging avec un adulte autour du pâté de maison avec un « Ausweis ») mais en tout cas pas dans le moindre magasin sauf si les adultes ne peuvent pas sortir faire les courses alimentaires)

 

 

 

 

 

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