Organiser le travail de nos élèves en période de Quarantaine !

Voici quelques réflexions personnelles qui peuvent nous donner des idées pour faire travailler nos collégiens et lycéens en cette période où nous ne sommes pas en vacances et où nous devons inventer de nouvelles manières de travailler depuis chez nous, en utilisant, en partie, les outils que nous offrent le monde d’Internet mais en partie seulement car nous n’allons pas passer nos journées devant des écrans et nos élèves non plus !

Première idée : comment ne pas se sentir en vacances dans un monde immobile ?

Quand on vit trois mois d’affilée dans un sous-marin, on doit pouvoir continuer à avoir l’alternance nuit et jour faute de quoi on aura beaucoup de mal à se réhabituer à la sortie du sous-marin : pour cela les sous-mariniers ont inventé un truc simple : lumière rouge la nuit, lumière blanche le jour. De cette manière simple on sait instantanément si c’est le jour ou la nuit.

Ma proposition est donc que professeurs et élèves considèrent que pour savoir que nous sommes un jour ordinaire de travail nous devons être chez nous à une heure fixe en tenue de travail et dans une position de travail et non en pyjama, vautrés dans nos lits à regarder des écrans…

Personne n’ira vérifier qu’il en est ainsi, sauf si à la maison il y a un adulte en télé-travail qui s’impose la même chose. L’intérêt est toutefois que nous sommes beaucoup plus libres et moins stressés puisque nous avons enfin le droit de considérer que nous préférons démarrer à 9 h plutôt qu’à 8 h et peut-être organiser notre emploi du temps de manière plus rationnelle.

L’autre idée qui va avec est que nous aurions intérêt d’en profiter pour établir un autre rythme : 6 jours de travail bien organisés et une seule  journée de repos et non l’emploi du temps erratique de nos élèves : 4 jours et demi agités, un mercredi après-midi inégalement utilisé et un week-end où l’on décompresse et où l’on a du mal à reprendre le rythme.

A vrai dire, élèves comme professeurs, nous sommes d’habitude plus ou moins contraints à un tel rythme : contrairement aux autres nous travaillons tous  le dimanche, parce que nous sommes stressés à la perspective de devoir faire, au dernier moment, ce que nous avons peut-être pas eu le courage de faire avant tant nous avions besoin de récupérer de ce rythme.

Bref nous pourrions décider que ce 7e jour est un jour où nous nous contentons d’activités intellectuelles plaisir (lecture, cinéma…)  mais  sans exercices scolaires à faire !

Garder le contact avec nos classes et nos élèves !

Nous les professeurs sommes en train d’essayer d’inventer des manières de faire travailler nos élèves et de vérifier qu’ils le font bien en leur proposant différentes sortes d’exercices compatibles avec le fait que nous sommes à distance.

Plusieurs questions sont en jeu :

  • maintenir un contact régulier avec nos élèves, à la fois un contact avec le groupe et un contact avec chaque élève
  • donner des échéances pour faire les exercices (en donnant une date-limite pour les rendre, en demandant que certains documents soient consultés)… tout ne sanctionnant pas ceux qui ne jouent pas le jeu car personne n’est en mesure de garantir que nos outils numériques seront accessibles et que les liaisons vont être suffisamment efficaces
  • encourager les interactions entre les élèves

C’est exactement  comme cela que fonctionnent les MOOC (Massive On Line Open Course) qui sont de mieux en mieux organisés.

Je teste depuis 6 semaines le MOOC de chinois de l’INALCO sur la plate-forme FUN Mooc (France Université Numérique) et, effectivement, grâce à ce triple système j’ai réussi à suivre le cours, faire les exercices et découvrir que les messages sur les forums étaient intéressants et du coup à y participer aussi !

Au passage cette plate-forme propose à partir d’aujourd’hui des cours pour essayer de travailler justement à distance (Créer un MOOC inclusif ; la Classe inversée à l’ère du numérique, classes éloignées en réseau).

Mais tout cela ne fonctionnera que si en amont nos élèves acceptent de jouer le jeu et sont autonomes. Sinon nous nous userons à mettre en place des dispositifs très lourds et dont l’efficacité risque d’être très limitée.

Troisième idée :  faire comprendre aux élèves (et à leurs parents) qu’il est nécessaire de mettre en place dès aujourd’hui  de nouvelles routines de travail scolaire à la maison

A priori nous ne savons pas combien de temps cette situation va durer mais très vraisemblablement plus  de 3 semaines, c’est-à-dire une durée suffisamment longue pour que l’on puisse commencer à prendre d’autres habitudes de travail. Exactement comme le mois sans tabac (chaque mois de novembre) qui invite les fumeurs à adopter de nouvelles habitudes pour essayer d’arrêter de fumer ou le Nanowrimo (sorte de défi d’écriture américain) qui invite les participant à écrire 50 000 mots en un mois et les oblige à mettre en place une routine d’écriture de 1 667 mots par jour.

Rappelons également que cette durée de 3 semaines est celle qu’on préconise pour les cures… c’est court et en même temps assez long pour mettre en place de meilleures habitudes… ou en tout cas les expérimenter, savoir qu’elles existent et qu’on pourra y avoir recours à nouveau si on en a besoin.

Routine ! Voilà le maître mot de tous les apprentissages. Or notre quotidien de collégien, de lycéen et de professeur est sans cesse perturbé par des aléas qui font que la routine n’est pas assez présente : avec toutes les animations, les journées spéciales qu’on nous propose sans cesse, il n’y a pas moyen d’avoir une semaine  de cours tranquille ressemblant à la précédente.

Or c’est grâce à une routine de travail que les apprentissages se font dans tous les domaines : les matières scolaires, les activités sportives, la pratique d’un instrument de musique, la pratique d’activités artistiques et manuelles… La mise en place de routines indispensables (comme le fait de se laver les dents le matin après le petit-déjeuner ou de se laver les mains avant de passer à table) fait qu’on n’a même plus besoin d’y réfléchir et donc ce n’est pas pesant.

Donc l’enjeu de cette quarantaine (outre son enjeu sanitaire qui est majeur) est d’en profiter pour mettre en place de bonnes routines de travail qui vont nous faire travailler sans que nous ayons le sentiment de faire des choses pesantes.

Une chance : pouvoir se réveiller à une heure physiologiquement mieux adaptée à un adolescent

Être obligé d’être en cours à 8 h le matin quand on est un adolescent n’est pas pertinent. Il semblerait que les spécialistes du sommeil considèrent qu’un adolescent s’endort plus tard que quand il était enfant (quand bien même il n’est pas sur ses écrans le soir) et se réveille plus tard. Au moins, pendant cette quarantaine, on peut imaginer que l’on soit opérationnel à 9 h et non à 6 h30-7 h comme c’est le cas d’habitude pour les moins chanceux de nos élèves, ce qui ont plus de 30 mn de trajet pour venir au collège ou au lycée. Cela permet de se coucher plus tard sans être en déficit de fatigue.

L’autre solution consiste à garder le rythme habituel et être opérationnel à 8 h et là on peut en profiter pour apprendre à faire la sieste en début d’après-midi.

Par quoi commencer ? Réveiller son corps pour pouvoir réveiller son cerveau

Personnellement, il manque dans nos sociétés occidentales et notamment dans nos écoles (sauf à l’école maternelle), le petit rituel qui commence la journée. Et là, vu qu’on est seul chez soi et sans sonneries, on peut se l’offrir.

La meilleure manière de se mettre en route intellectuellement est d’avoir réveillé son corps. Pour cela il y a différentes solutions : a priori des mouvements lents et doux style yoga, tai-chi, échauffement, assouplissements, barre de danse classique… sans musique ou avec une musique douce avec des exercices de respiration. Tout le monde sait faire cela un minimum. Cela prend 10 à 20 mn. Si on a besoin il y a des vidéos partout et pour tous les goûts (En cliquant « séance de réveil musculaire » 1,2 million de référence sur Google) !

Imaginer un petit temps de contact et un temps avec le programme de la journée et/ou de la semaine

Nous pourrions voir comment trouver chaque jour un moment de connexion avec nos classes (pour le professeur principal) et, pour les autres professeurs, un rendez-vous par semaine. Ce  rendez-vous (style visioconférence) pourrait être court 5 à 10 mn maximum et il a surtout pour but de maintenir le contact.

L’autre système plus simple est d’imaginer chaque début de semaine une petite vidéo (moins de 5 mn) où l’on nous verrait saluer nos élèves et leur expliquer le programme de notre matière pour la semaine.

Sortir un gros réveil ?

On pourrait très bien considérer que, comme il n’y aura pas les sonneries du collège et du lycée, on va vivre tranquillement sa journée d’élève en quarantaine sans regarder l’heure… Malheureusement, si on fait cela on n’arrivera pas à fractionner le temps de manière efficace pour faire les différentes matières scolaires qu’on nous demande de faire.

Il est donc important d’avoir devant soi un réveil (ou une pendule) mais sans sonnerie (et surtout pas son téléphone qu’on va devoir réussir à mettre à l’écart à certains moments de la journée.

Conserver l’emploi du temps du collège ou du lycée ? Non  !

S’il veut avoir le temps dans la semaine de faire toutes les matières du collège ou du lycée, on pourrait imaginer qu’un élève n’aurait qu’à suivre son emploi du temps comme d’habitude et que cela lui donnerait sa routine de la semaine.

Sauf qu’il y a trois inconvénients, premièrement nos emplois du temps sont souvent nuls, ce n’est pas de la faute des principaux ou proviseurs adjoints qui les ont faits mais de la logique organisationnelle d’un collège ou d’un lycée ; deuxièmement toutes les matières ne se travaillent pas de la même manière ; troisièmement tous les élèves n’ont pas les mêmes difficultés dans les différentes matières.

Profitons donc de la quarantaine pour nous créer un meilleur emploi du temps, qui favorise mieux les apprentissages, qui est plus équilibré et qui met davantage l’accent sur les matières où l’on est a le plus besoin de progresser.

Des matières et des apprentissages  différents  mais un projet commun ambitieux

Le système actuel nous fait croire que toutes les matières doivent être traitées sur un pied d’égalité… mais on se trompe. Ce sont les professeurs qu’on doit traiter sur un pied d’égalité en les payant de la même manière, en leur donnant des conditions de travail identiques, en respectant autant le professeur de maths parce qu’il enseigne les maths (que beaucoup de parents considèrent comme utiles et dont ils ont peur) que le professeur de musique (dont la matière est perçue comme une inutile perte de temps).

Personnellement je trouve qu’il est remarquable que notre système scolaire ait l’ambition  à la fois de donner aux collégiens (c’est-à-dire à tous nos enfants) une démarche d’argumentation scientifique (en SVT,  en physique-chimie et  histoire-géographie), une logique de raisonnement abstrait (en maths et technologie), une sensibilité littéraire (en français) mais aussi artistique (en musique et en arts-plastiques et souhaite en faire des citoyens ouverts sur le monde (en leur apprenant des langues étrangères) et respectueux les uns des autres (en leur proposant un enseignement moral et civique) tout en leur faisant développer leurs capacités physiques (en cours d’EPS).

Si chaque matière s’insère dans ce projet global, elles n’ont pas pour autant le même objectif ni le même mode d’apprentissage.

Plusieurs types de matières, des enjeux, des  objectifs et des pratiques différentes

Parmi nos matières scolaires, on peut  à mon sens en distinguer 3 types : la langue française, les matières-outils, les matières de culture générale et les spécialités.

La langue française : notre vecteur de communication qui n’est plus assez maîtrisée par beaucoup de collégiens et de lycéens pour pouvoir progresser dans les différentes matières et notamment l’histoire-géographie.

Je n’ai pas écrit « français », cette matière scolaire enseignée par le professeur de français, mais la « langue française » qui est le vecteur utilisé en France dans tous nos apprentissages (sauf dans les cours de langues vivante). Or ce vecteur concerne tous les professeurs, sans aucune exception, et tous la maîtrisent sans quoi il n’auraient pas réussi le concours de recrutement pour devenir professeur !

C’est la maîtrise de cette langue qui nous permet de lire et d’écrire, de comprendre ce qu’on a lu de manière précise et d’être capable de répondre à des questions par oral ou par écrit, de rédiger des analyses, de construire des synthèses puis plus tard de disserter.

Ce français-là est présent dans toutes nos activités scolaires de la journée et l’on doit veiller à ce que tout ce qu’on écrit soit systématiquement relu, vérifié de manière à automatiser les accords (sujets, verbe / nom adjectif singulier et pluriel). Mais aussi qu’on s’entraîne de manière plus systématique à faire des phrases construites et non se contenter de mots dans des exercices à trous, de QCM…

Or, à partir du collège, un certain nombre de professeurs se défaussent sur le professeur de français de ce qui concerne la langue française, pour se focaliser sur le contenu de leur discipline proprement dite. Et nous arrivons en Terminale avec des élèves parfois de bonne volonté mais qui peinent à écrire  et à construire des phrases.

Donc parmi les idées à mettre en œuvre pendant cette quarantaine : veiller à ce que  ce nos élèves prennent des notes, puis répondent à des questions rédigées, reviennent sur ce qu’ils ont écrit et par exemple collaborent en ligne dans des « wiki » à améliorer un texte de réponse mais aussi que les professeurs proposent des réponses rédigées c’est-à-dire donnent un exemple de ce qu’il fallait faire en expliquant comment ils ont fait (pourquoi ils ont choisi ce mot-clé, ce verbe, cet adjectif, cet adverbe, ce temps, ce connecteur logique… plutôt qu’un autre.

L’autre idée est que nos élèves s’entraînent à parler à voix haute en lisant/relisant un cours, un exposé et en s’habituant à la manière dont on s’exprime de manière soutenue en français (c’est ce que j’imaginais dans l’article sur les diaporamas d’auto-apprentissage). N’est-ce pas ainsi par imitation que nous apprenons progressivement les structures correctes d’une langue étrangère ? Il en est de même pour notre langue… et ce n’est pas seulement en l’écoutant ou en la lisant qu’on la maîtrise, il faut aussi la parler et l’écrire !

Donc il me semble qu’une partie du travail d’un lycéen et d’un collégien en quarantaine va consister à être en train de parler à voix haute seul dans sa chambre (ou éventuellement devant un frère/sœur/parent), d’écrire beaucoup en relisant tous les jours ce qu’il a écrit.

Les matières outils : des matières qu’on apprend pour s’en servir à faire autre chose !

Il existe ensuite ce  que j’appellerai des matières outils : on les apprend pour en tirer quelque chose d’autre et seuls les spécialistes de ces matières les apprennent uniquement en tant que telles et/ou pour les enseigner (et éventuellement faire de la recherche). Ce sont :

  • Les langues vivantes et anciennes
  • Les mathématiques

Or ces matières-outils ne peuvent servir comme outils (pour un raisonnement logique utilisant des chiffres, pour comprendre quelque chose dans un document qui n’est pas en français) que si on a automatisé certaines choses. Sinon elles ne servent jamais à rien, on fait du sur-place pendant des années sans aucun résultat satisfaisant !

Elles méritent donc dans nos emplois du temps un traitement particulier. Il faut absolument les positionner dans notre emploi du temps tous les jours de préférence  toujours sur le même créneau 3 fois par jour si on a des difficultés.

Pour ces matières-outils , il me semble qu’il faut faire des tranches courtes (20 mn jusqu’à 30 mn) toujours au même moment de la journée avec beaucoup d’exercices répétitifs qui automatisent certains processus.

Je préconiserais donc de commencer par placer ces 3 matières (maths et 2 langues dans la journée) avec deux créneaux de 20 mn pour ces 3 matières (soit 2 h par jour) et de les placer toujours à la même heure pour un collégien.

Pendant ces 20 mn, l’élève doit être très actif : parler à voix haute,  répéter, écrire ; faire des exercices interactifs, refaire des exercices  déjà faits (pour beaucoup même ceux qui comprennent vite tout n’est pas encore bien compris en tout cas pas automatiser).

En plus de ces créneaux de travail scolaire pour les langues, je suggérerais à nos élèves de mettre un créneau plus long (45 mn environ) et de regarder peut-être en famille des films sous-titrés (ou séries) dans la langue qu’ils étudient en lien avec le programme d’histoire-géographie mais d’une manière particulière que nous n’avons jamais le temps de faire en classe à savoir intégralement (en faisant des pauses) et en boucle (ex. une première fois en français, une deuxième fois dans la langue étrangère sous-titrée en français, une troisième fois avec le sous-tire dans la langue étrangère puis sans sous-titre) (ex. Good Bye Lénine ; série comme The Crown,  Downtown Abbey…)

Les matières de culture générale et de spécialité

Les autres matières sont des matières de culture générale qui demandent de mémoriser des faits, des dates, des lieux, des définitions et acquérir des concepts et des modes de raisonnements pour pouvoir s’en servir ultérieurement à faire des exercices très complexes : c’est le cas de l’histoire-géographie, de la SVT, de la physique-chimie, des sciences économiques, de la littérature… Il faut du temps pour y parvenir.

Mais la phase de mémorisation doit être, comme dans les matières outils, quelque chose de systématisé : ainsi en histoire-géographie, il semble nécessaire à la fois de proposer des exercices très répétitifs et simples qui obligent à mémoriser les éléments de connaissances avec lesquels nous allons devoir raisonner (lieux, dates, faits, personnages, termes de base) et des exercices plus sophistiqués de rédaction (paragraphe, analyse d’un document, paragraphe argumenté, composition).

Voilà donc quelques idées… à suivre ou non en ce premier jour de quarantaine.

 

 

 

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