En repassant par la Lorraine pour les Agoras de l’APHG 2019 !

La Régionale APHG de Lorraine a organisé, du 23 au 26 octobre 2019, les 12e Agoras, à Nancy et Metz, l’occasion pour moi de rédiger un petit article sur cette manifestation, article qui vient faire écho à celui que nous avions rédigé en 2017 suite aux conférences organisées à Thionville à l’occasion du 60e anniversaire des traités de Rome et qui s’intitulait : En passant par la Lorraine le 25 mars 2017.

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Place Stanislas Nancy, octobre 2019

Le thème choisi cette année par nos collèges de l’APHG Lorraine « La Lorraine, un territoire de fronts et de frontières » était à la fois particulièrement adapté à la région mais aussi à l’une des nouvelles thématiques présentes dans les programmes de spécialité entrés en vigueur en 2019.

C’est quoi les Agoras de l’APHG ?

Les « Agoras de l’APHG », pour ceux de nos jeunes collègues et sympathisants qui ne connaissent pas le concept, ce sont à la fois des excursions originales, des conférences variées mais aussi un moment d’échanges avec des collègues en activité et retraités. C’est aussi l’occasion aussi de découvrir une région avec des regards croisés, d’historiens et de géographes, de locaux et de personnes extérieures à la région.

Chaque congressiste compose son propre programme et découvre au passage certaines réalités locales (comme les problèmes de circulation et de transports urbains dans des métropoles qu’il ne connaît pas !) Les précédentes éditions avaient eu lieu à Amiens (2016), Bordeaux (2013),  Grenoble (2010) Reims (2007) et Poitiers (2004).

Mes Agoras 2019 en Lorraine : des pistes en histoire et géographie à explorer plus en profondeur !

Jacques Lévy et sa géographie éthique place Stanislas à Nancy

Pour ma part, de ces Agoras 2019 je retiendrai d’abord la conférence inaugurale de Jacques Lévy dans les grands salons de l’Hôtel de Ville de Nancy avec vue sur la place Stanislas illuminée, où était installé un jardin éphémère en forme de main.

Jacques Lévy est un géographe réputé (né en 1952), professeur à l’École Polytechnique de Lausanne. Il est un peu abscons dans ses approches et l’était tout particulièrement dans le titre proposé pour cette conférence : « Géographies éthiques :  spatialités, espace, justice ». Ce titre évoquait en fait son  dernier ouvrage, publié en 2018 chez Odile Jacob : Théorie de la justice spatiale. Géographies du juste et de l’injuste, avec Jean-Nicolas Fauchille et Ana Povoas.

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Personnellement j’ai trouvé l’approche difficile, mais ma curiosité a été captée … ce qui m’a poussé à essayer de relire mes notes et comprendre ce qu’il avait pu vouloir dire…

J’ai alors trouvé sur Internet un article qui résume en partie le contenu de ce qu’il a abordé dans cette conférence (les cartes en moins) : « L’abandon des territoires périurbains est une légende » (c’est un article paru en février 2019 en pleine crise des « gilets jaunes » dans la Gazette des communes).

Florian Hensel et le mémorial franco-allemand du Hartsmannwillerkopf

Excursion le jeudi au Hartsmannwillerkopf, haut-lieu de la Première Guerre mondiale où les commémorations du Centenaire ont été lancées le 3 août 2014 et où un mémorial franco-allemand a été inauguré en novembre 2017.

Une incursion dans les Vosges, jusqu’en Alsace par un temps d’automne idéal avec comme guide sur le terrain Florian Hensel qui a travaillé à la conception muséographique de ce nouveau mémorial.

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Entrer une légende

On pourra trouver ici une présentation grâce à ce petit reportage des DNA (Dernières Nouvelles d’Alsace) : interview de Florian Hensel

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Florian Hensel devant le cimetière et le sommet du Hartsmannwillerkopf. A l’arrière-plan on distingue la plaine d’Alsace

La découverte du nouveau quartier de l’Amphithéâtre à Metz : une friche devenue un quartier d’affaires d’une métropole régionale

Le vendredi à Metz, les Agoras avaient lieu dans le très moderne Centre des Congrès Robert Schumann situé derrière la gare, dans le nouveau quartier de l’Amphithéâtre en pleine construction (sur l’ancien faubourg ferroviaire du Sablon entre la Seille et la gare). C’est là que se trouve le Centre Pompidou-Metz (inauguré en 2010), un centre commercial flambant neuf, (Muse), inauguré en 2017 (un de ces« malls » du monde mondialisé de 37 000 m²) ainsi de nombreux immeubles (de bureaux et de logement) en construction.

Il est intéressant de comparer cet aménagement à ce qui est en cours actuellement à Bordeaux dans le quartier de la Gare Saint-Jean ou à Caen dans le quartier de la gare.

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En face du centre des congrès Robert Schuman, le Centre Pompidou-Metz (2010) et le centre commercial Muse (2017)

Un peu d’histoire romaine sur le Limes pour me mettre à jour…

J’ai pour ma part suivi ce vendredi matin des conférences en Histoire romaine, l’une sur les frontières de la Lorraine à l’époque romaine (Hervé Huntziger), l’autre sur le mur d’Hadrien (Françoise Desbosc), bien consciente que c’est dans ce domaine qu’une géographe qui enseigne en Première-Terminale est la moins à l’aise  : pas d’Histoire ancienne à l’Agrégation de géographie, aucune leçon à préparer sur ces thèmes qui désormais font leur entrée dans le programme de spécialité !

Ce qui est le plus déroutant pour un géographe, c’est de réussir à comprendre comment les Antiquisants se débrouillent en croisant les rares sources écrites (par exemple la Guerre des Gaules de César) et  les vestiges archéologiques avec des difficultés d’interprétation particulièrement complexes.

La Moselle pendant la Seconde Guerre mondiale avec  Cédric Neveu et Agnès Hoff

La troisième conférence de la matinée portait sur la répression en Moselle pendant l’annexion de 1940-1944 par Cédric Neveu, un jeune normand, auteur d’un ouvrage sur la Gestapo en Moselle paru en 2012.

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C’était l’introduction parfaite à l’excursion choisie de l’après-midi « Metz résistant » au fort de Queuleu situé sur les hauteurs de Metz vers le sud-est, là où se trouvait à la fois un commando du camp de concentration du Struthof et un camp spécial d’interrogatoire pour les résistants du groupe Mario (environ 800 communistes y ont été internés, torturés puis pour la plupart déportés sauf une trentaine qui sont morts sur place).

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Le  » SS Sonderlager » du Fort de Queuleu

Une page sinistre et peu connue de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale entretenue par  l’Association du fort de Metz-Queuleu.

L’après-midi  s’est terminée par un petit tour en centre-ville sur les traces des rares sites évoquant la résistance à Metz : d’abord la statue de Sœur Hélène, une religieuse des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul qui est une figure centrale des réseaux de passeurs vers la zone occupée pendant la Seconde Guerre mondiale. Baptisée « N. D. des prisonniers » elle se situe près de l’ancien hôpital Sainte Blandine… on la retrouve sur Google street view : un robot a flouté son visage incapable de distinguer une vraie personne d’une statue ).

 

L’autre lieu emblématique à Metz est la colonne mariale (inaugurée en 1924) située place Saint Jacques, là où un rassemblement avait été organisé justement à l’appel de cette Sœur Hélène le 15 août 1940 et auquel de nombreux messins avaient répondu en venant avec des pétales de fleurs bleu, blanc, rouge et entourant la statue d’une croix de Lorraine aux couleurs de la France et de la Lorraine.

Échanges  en fin de journée

Enfin un petit pot convivial nous a rassemblés au cloître des Récollets, un site qui abrite à la fois les archives municipales et  l’Institut européen d’écologie fondé en 1971 par Jean-Marie Pelt (1933-2015), une grande figure messine à qui on doit la préservation (avant que la mode ne soit à l’écologie) d’un certain nombre d’espaces naturels dans l’agglomération.

L’occasion d’échanger sur le programme de nos deux jours de visites et conférences. Verdun, Colombey, Domrémy et la colline de Sion, les trois frontières (Sar-Lor-Lux),  étaient les destinations des 4 autres grandes excursions proposées le jeudi. Quant aux autres visites de la demi-journée nos collègues ont pu découvrir Nancy et Metz sur des parcours thématiques (Nancy médiéval, Metz médiéval, Metz allemand, Nancy et l’art nouveau…)

Un regret : pas d’introduction l’histoire et la géographie de la Lorraine ?

Ce qui m’a manqué et manque souvent quand nous découvrons une nouvelle région ou une nouvelle thématique, c’est l’introduction, celle qui est toujours rébarbative et pourtant nécessaire pour comprendre les fondamentaux d’une question.

Le problème est le même qu’avec nos élèves de lycée : les programmes scolaires nous emmènent sur des thématiques intéressantes (les frontières par exemple) et nous faisons comme si nous pouvons les aborder avec des fondations déjà présentes ce qui n’est jamais vraiment le cas.

Présenter brièvement une région, ses caractéristiques générales, sa taille, sa population, son histoire me semble indispensable en partant d’un croquis de repérage  où l’on localise tous les éléments  dont on va avoir besoin pour argumenter : les limites administratives, les cours d’eau, les villes, les autoroutes et voies ferrées, les plaines, plateaux et montagnes, les lieux emblématiques.

Aujourd’hui seuls les professeurs de classe préparatoire en Khâgne prennent ce temps. Ils savent pertinemment qu’on ne peut disserter sérieusement en géographie comme en histoire sans connaître les fondations d’une question. L’article suivant (qui n’est malheureusement plus totalement à jour puisqu’il date de 2008) est néanmoins une bonne introduction -mais uniquement géographique à la région- : Lorraine étude géographique

Un vrai cadeau : une clé USB pleine de ressources géographiques  !

Dans la pochette remise à l’inscription nous avons découvert une petite clé USB intitulée Richesse des paysages lorrains. On y trouve environ 800 images commentées et de petits films.  On peut retrouver ces ressources sous lien précédent (le site a une dizaine d’années et n’a pas la fonctionnalité des sites plus récents mais toutes les ressources y sont présentes).

 

Merci à nos collègues de l’APHG Lorraine qui ont mis beaucoup de temps et d’énergie a organiser ces Agoras et nous ont donné des éléments à retransmettre à nos collègues et nos élèves.

C. Le Guillou Présidente APHG Poitou-Charentes 1/11/19

 

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