De Gaulle et les exercices de Bac !

Un article qui peut intéresser nos collègues mais aussi les élèves de Première et de Terminale confrontés à l’étude critique de document.

Le général de Gaulle est une figure incontournable de nos programmes d’Histoire en Première et Terminale  : on le rencontre à différents moments de son parcours militaire et politique.

De plus, il a laissé de nombreux discours et des Mémoires dans lesquels on pioche des sujets d’examens… Son parcours personnel rencontre à deux reprises celui de la France (1940-1946 puis 1958-1969) c’est pourquoi cet article sur De Gaulle est si  long…

Il propose aussi quelques références (discours avec source et éventuellement un petit extrait vidéo).

Les débuts : un militaire de carrière, prisonnier pendant la Première Guerre mondiale, novateur dans l’ Entre-deux-guerres

Charles de Gaulle est né à Lille en 1890 dans une famille de la petite noblesse catholique légitimiste (c’est-à-dire plus favorable à un rétablissement de la monarchie qu’à la République). Il fait de bonnes études notamment dans un collège jésuite et entre à Saint-Cyr avec l’intention de mener une carrière militaire. Il est capitaine dans l’infanterie en 1914 sous les ordres de Pétain. Blessé deux fois, il est capturé près de Verdun en 1916 et passe le restant de la guerre prisonnier en Allemagne (malgré plusieurs tentatives d’évasion).

Après la Première Guerre Mondiale, de Gaulle poursuit sa carrière militaire, encouragé par Pétain et publie un ouvrage novateur (mais mal reçu) pour réformer l’armée française : Vers l’armée de métier (1934), ouvrage dans lequel il défend la nécessité d’avoir, à côté de la conscription (c’est-à-dire du service militaire), une armée de métier.

Cette nécessité est liée au fait que les armes sont de plus en plus techniques et sophistiquées et donc inutilisables par des conscrits peu formés. De plus il considère qu’il faut créer des unités blindées distinctes de l’infanterie : cette idée n’est pas retenue par l’État-major français (et pourtant c’est précisément ce que va faire l’armée allemande, dès 1939 avec ses « panzers divisions » (divisions blindées) qui vont jouer un rôle tactique majeur dans la Seconde Guerre mondiale.

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De Gaulle colonel du 507e régiment de chars de Metz en 1937 et le Président de la République Albert Lebrun

De Gaulle se fâche avec Pétain en 1938 au moment de la sortie d’un nouveau livre La France et son armée, ouvrage sur lequel il a travaillé pendant deux ans à la demande de Pétain, que ce dernier remanie et refuse de faire publier !

A partir de là, les deux hommes, qui ont été très proches depuis 1912, date à laquelle De Gaulle sort de Saint-Cyr deviennent progressivement des adversaires politiques dont les positions sont inconciliables.

De Gaulle en 1940

Au moment où les Allemands attaquent la France (10 mai 1940), de Gaulle est colonel et à la tête d’une unité blindée qui tient provisoirement le front vers Laon. Mais la situation militaire s’aggrave et De Gaulle est appelé au gouvernement (6 juin) comme sous-secrétaire d’État à la Guerre de Paul Reynaud pour essayer de coordonner les actions françaises et britanniques. Il vient d’être nommé général à titre provisoire (à 2 étoiles : c’est le grade le plus bas parmi les généraux qui peuvent avoir jusqu’à 5 étoiles).

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Le gouvernement Paul Reynaud avec, à l’arrière-plan, le général de Gaulle sous-secrétaire d’État à la guerre (6 juin 1940)

Le 17 juin, le gouvernement de Paul Reynaud démissionne et est remplacé dès le lendemain par Pétain.

De Gaulle est parti à Londres quelques jours plutôt pour discuter de la situation avec les Britanniques et, le 18 juin, à la BBC lance son « Appel », très peu entendu ce jour-là puisque la situation militaire est absolument catastrophique : des millions de Belges et de Français sont sur les routes de l’exode, fuyant devant l’avancée des troupes allemandes. C’est surtout le discours qu’il prononce le 22 juin et qu’on trouve reproduit partout qui est resté dans les mémoires avec cette célèbre phrase : « La France a perdu une bataille mais la France n’a pas perdu la guerre ».

Document l’Appel du 18 juin (sur le site de la Fondation Charles De Gaulle)

De Gaulle est sommé de rentrer en France et devant son refus est alors condamné à mort « par contumace » (c’est-à-dire en son absence) en août 1940.

L’organisation de la Résistance française : FFL et FFI

Depuis Londres, il tente d’organiser une résistance : les Forces Françaises Libres, avec les quelques jeunes gens qui ont répondu à son appel. Il rallie rapidement à sa cause des possessions coloniales d’outre-mer : Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Afrique Équatoriale Française puis Afrique Occidentale Française. Il envoie Philippe de Hautecloque (dit Leclerc) pour y former des troupes.

L’objectif est d’être aux côtés des Alliés (notamment du Royaume Uni puis à partir de 1942 des États-Unis) le jour de la Victoire. L’inconvénient est qu’un certain nombre de Français, hostiles au régime de Vichy mis en place par Pétain, ne se reconnaissent pas au départ dans de Gaulle qui incarne une droite très conservatrice.

Ce n’est qu’à partir de 1941 que De Gaulle prend conscience que la résistance intérieure qui s’est progressivement mise en place de manière éclatée peut également être un élément important pour la victoire finale.

Au début on a divers réseaux souvent assez peu organisés (renseignement, faux papiers, filières d’évasion, presse clandestine) sauf ceux mis en place plus tardivement (après l’entrée en guerre de l’URSS en juin 1941 et la rupture de pacte germano-soviétiques) par les communistes (dont certains ont été combattre en Espagne entre 1936 et 1939 pour aider les Républicains espagnols dans la guerre civile qui les oppose à Franco, et savent donc les dangers qui les menacent mais sont aussi prêts à tenter des actions plus violentes –sabotages voire attentats-).

Le nombre de résistants n’augmente considérablement qu’à partir de la mise en place du STO (Service du Travail Obligatoire) à l’automne 1942 : beaucoup de jeunes gens de 20 ans refusent de partir travailler en Allemagne et préfèrent alors passer dans la clandestinité.

Parallèlement les Anglo-américains débarquent en Afrique du Nord en novembre 1942 : à cette date Maroc, Algérie et Tunisie sont toujours françaises et ralliées à Pétain. De Gaulle en profite pour essayer de s’y imposer face au candidat des Alliés (le général Giraud 5 étoiles) et de faire d’Alger la base d’où il va pouvoir obtenir la reconquête du territoire français avec l’aide des Alliées et de l’armée d’Afrique (beaucoup de volontaires d’Afrique du Nord vont participer à la campagne d’Italie et au débarquement de Provence du 15 août 1944).

La préparation politique de ce que sera l’après-guerre : CFLN et CNR

Une « Assemblée Consultative Provisoire » est mise en place donne des avis sur les décisions d’un « Comité Français de Libération Nationale » (CFLN) présidé par De Gaulle qui prend des « ordonnances » (On ne peut pas appeler cela des lois, puisque ce terme est réservé dans une démocratie à un texte adopté par une assemblée élue au suffrage universel). L’une des plus célèbres de ces ordonnances est prise à Alger en avril 1944 : elle accorde le droit de vote aux femmes.

De Gaulle cherche aussi à unifier tous les mouvements de résistance intérieure sous sa direction et envoie pour cela en France Jean Moulin (ancien Préfet, révoqué par le régime de Vichy qui est un grand organisateur). Le processus d’unification de la Résistance réussit avec la création d’un Conseil National de la Résistance (27 mai 1943) même si Jean Moulin est arrêté et assassiné près de Lyon peu après en juillet 1943.

Ce CNR adopte un programme très important (le 15 mars 1944) qui représente les mesures qu’il faudra adopter à la Libération pour reconstruire le pays sur des bases politiques, économiques et sociales plus saines.

Le 3 juin 1944 De Gaulle prend la tête du « Gouvernement Provisoire de la République Française » (GPRF) à Alger, organe qui succède au CFLN. Ce GPRF marque l’unification de la résistance intérieure et extérieure et est reconnu par les Alliés. Une fois cette institution en place, De Gaulle retourne à Londres.

Le débarquement de Normandie et l’arrivée à Bayeux (juin 1944)

C’est alors que, le 6 juin 1944, a lieu le Débarquement de Normandie. Quelques jours plus tard, de Gaulle débarque en France et prononce le 14 juin 1944 à Bayeux, première ville libérée et qui n’a pas été détruite, un discours important dans lequel il se présente en chef du GPRF et commence à prendre des mesures qui vont permettre de revenir progressivement à la vie normale et à la démocratie.

Quelques semaines plus tard Paris est libérée grâce à l’avancée des Alliés et le soulèvement concomitant de la résistance parisienne. De Gaulle se présente à l’hôtel de ville en chef du GPRF et prononce un discours devenu célèbre :

Le discours de la Libération de Paris (25 août 1944) :

« Nous sommes ici. Nous sommes ici chez nous dans Paris levé […] Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière : c’est-à-dire de la France qui se bat. C’est-à-dire de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle. »

Extrait INA de 44 s

De Gaulle à l'hôtel de ville 1944

De Gaulle à l’hôtel de ville (25 août 1944) (tiré d’un site associatif où l’on trouve beaucoup de photos de cet épisode)

Des élections sont organisées rapidement : les municipales en avril 1945 avant même que tout le territoire ne soit totalement libéré (Il reste notamment la « poche de La Rochelle ») puis des élections à une assemblée constituante (en octobre 1945).

La « traversée du désert » (1946-1958) s’accompagne d’écrits importants

Après la fin du conflit De Gaulle espère que l’on va pouvoir sortir du jeu des partis (qui a affaibli la Troisième République) en renforçant le pouvoir exécutif. Voyant qu’on ne s’achemine pas vers cette option, il quitte le gouvernement en janvier 1946 et se réfugie à Colombey-les-Deux-Églises (un petit village isolé de Haute-Marne à proximité de Clairvaux –cette abbaye cistercienne du XII e siècle fondée par (St) Bernard de Clairvaux dans une forêt propice à la méditation…-) où se trouve un petit manoir qu’il a acheté dans les années 1930 (La Boisserie) et où il se met à rédiger ses mémoires de guerre : (Les trois volumes s’intitulent : L’Appel , L’Unité et Le Salut).

De Gaulle espère qu’on va le rappeler au pouvoir (Il n’a que 56 ans) mais il n’en est rien. On ne l’invite plus que pour commémorer la Libération et l’action de la Résistance : ainsi il est à Bayeux le 16 juin 1946 à l’occasion du 2e anniversaire de sa venue dans cette ville et c’est là qu’il prononce un discours politiquement très important (souvent donné en devoir et que les historiens appellent « le discours de Bayeux » !) dans lequel il expose sa vision d’une « bonne » Constitution (deux assemblées, un gouvernement fort, un président en arbitre au-dessus des partis).

Le discours de Bayeux (16 juin 1946)

[…] Du Parlement ainsi composé de deux chambres, il est clair que ne peut pas et ne doit pas procéder le pouvoir exécutif sous peine d’aboutir à cette confusion des pouvoirs, qui aurait pour résultat que le gouvernement de la France ne serait bientôt plus qu’un assemblage de délégations ! Sans doute aura-t-il fallu, pendant la période transitoire où nous sommes, faire élire par l’Assemblée nationale constituante le Président du gouvernement provisoire parce que, sur la table rase, il n’y avait pas d’autres procédés acceptables de désignation, mais cela ne peut être qu’un expédient du moment. En vérité, l’unité, la cohésion, la discipline, l’intérieur du gouvernement de la France doivent être tenus pour des choses sacrées, et sous peine que la direction même du pays ne soit bientôt impuissante et disqualifiée. Et comment cette unité, cette cohésion et cette discipline seraient-elles maintenues à la longue si le pouvoir exécutif procédait de l’autre pouvoir auquel il doit faire équilibre ? Et si chaque membre du gouvernement, lequel est collectivement responsable devant la représentation nationale, chaque membre du gouvernement n’était à son poste que le mandataire d’un parti ! C’est donc du chef de L’État, élu par un collège électoral qui englobe le Parlement mais qui le dépasse largement de manière à en faire le Président de l’Union française en même temps que celui de la République… C’est du chef de l’État que doit procéder le pouvoir exécutif. A lui, la charge d’accorder les nécessités générales concernant le choix des hommes avec l’orientation qui se dégage du Parlement. A lui, la mission de nommer les ministres et d’abord, naturellement, le Premier qui a la charge, lui, de diriger l’action, la politique et le travail du gouvernement. Au chef de l’État, la fonction de promulguer les lois et de prendre les décrets parce que c’est vis-à-vis de l’État tout entier que ceux-ci comme ceux-là engagent les citoyens. A lui, l’attribution de servir d’arbitre, d’abord, normalement, par le Conseil et puis, dans les cas de grande confusion, en invitant le pays à faire connaître par des élections sa volonté et sa décision souveraine. A lui encore, la tâche de présider les conseils du gouvernement de manière à y assurer la continuité au milieu (et) dont une nation ne se passe pas. A lui enfin, si le péril extérieur devait une fois de plus peser sur la France. A lui, le devoir d’être cette fois le garant de l’indépendance nationale et des traités conclus par la France.

Voir la présentation du contexte sur le site de la Fondation de Gaulle

extrait INA 11 mn

On le voit à Bruneval (sur la côte de la Seine-Maritime) où un raid avait été organisé en 1942 et a échoué : il y prononce un discours qui est caractéristique des discours de commémoration de cette période exaltant la résistance (voir aujourd’hui le site du Mémorial de Bruneval en Seine Maritime)

Bruneval 1947.jpg

Le général de Gaulle à Bruneval en 1947  (à l’arrière-plan les falaises calcaires du pays de Caux) : on inaugure un monument en mémoire des victimes du raid britannique de février 1942. 20 000 personnes sont présentes

 

« […] Nous sommes ici d’abord pour commémorer le fait d’armes qui, le 27 février 1942, porta  pour la première fois sur le sol envahi de la France l’action d’une force alliée, combinée avec celle d’éléments de nos réseaux. Nous y sommes aussi pour rendre un hommage national aux milliers d’hommes et de femmes qui , sous la discipline de la France Combattante, formèrent ces réseaux d’action et de renseignement. Nous y sommes enfin parce qu’en ces jours, lourds d’inquiétudes pour la nation, pour l’Europe, pour la race des hommes, nous voulons trouver dans notre propre réunion de quoi nourrir nos espoirs et affermir nos volontés »

Il décide donc de créer un nouveau parti politique en 1947 : le RPF (Rassemblement du Peuple Français) qu’il veut au-delà des partis classiques. Il a ainsi bien fait attention à ce que le mot « parti » ne figure pas dans son intitulé et par la suite, tous les partis politiques qui se réclameront du Gaullisme en feront autant –RPR, UDF, UMP, Les Républicains…) C’est un demi-échec puisque ce parti refuse toute alliance avec d’autres partis de droite ou du centre et que ses élus ne sont pas assez nombreux pour influer sur la IV e République. Le parti disparaît en 1955.

La crise du 13 mai 1958

C’est alors qu’un coup de théâtre complexe repropulse le général de Gaulle sur le devant de la scène politique en mai 1958.

La France est empêtrée en Algérie depuis 1954 dans une guerre d’Indépendance menée par le FLN (Front de Libération Nationale) qu’elle s’entête à nier, affirmant que « L’Algérie c’est la France », que la « France s’étend de Dunkerque à Tamanrasset » et que toute cette agitation n’est que l’œuvre de quelques « terroristes » qu’il suffit d’arrêter en envoyant davantage de gendarmes puis de militaires pour « maintenir l’ordre ».

Avec le recul il pourrait être facile de critiquer l’aveuglement des dirigeants politiques de l’époque (y compris ceux qui sont perçus comme les plus clairvoyants tel Pierre Mendès-France qui vient de négocier l’Indépendance de la Tunisie en 1956) mais à cette époque le poids démographique des « pieds-noirs » (un million pour neuf millions environ de « Français musulmans » (comme on désigne alors les Algériens) explique qu’on n’envisage pas d’accorder l’indépendance à un territoire dont les trois grandes villes (Alger, Oran et Constantine) sont, à première vue, aussi modernes que Marseille à la même date.

La misère et la paupérisation de certaines régions rurales et des quartiers populaires d’Alger (notamment la « Casbah ») n’a pourtant aucun équivalent en France métropolitaine à la même époque. (C’est ce que remarque l’ethnologue Germaine Tillion quand elle y retourne après guerre voir l’article Germaine Tillion une ethnologue dans la tourmente)

Au bout de quatre ans de combats acharnés impliquant depuis 1956 les jeunes du « contingent » (c’est-à-dire les jeunes Français qui font leur service militaire), les gouvernements qui se succèdent au pouvoir ne savent plus quoi faire. C’est alors que le 13 mai 1958 Pierre Pflimlin est investi. Il passe pour vouloir négocier avec les indépendantistes. C’en est trop pour les généraux à Alger et les « pieds noirs » : L’Armée d’Algérie organise un « putsch » et s’empare du siège du gouvernement à Alger.

A Paris la situation est des plus confuses : on craint que les parachutistes insurgés ne sautent sur Paris et qu’une guerre civile ne se déclenche. Pendant ce temps certains insurgés prennent des contacts avec De Gaulle.

Finalement le 1er juin 1958 De Gaulle accepter de former un nouveau gouvernement et se présente devant l’Assemblée Nationale pour y être investi. Il pose cependant une condition : que l’on change la Constitution. Il devient ainsi le dernier Président du Conseil de la Quatrième République.

Discours d’investiture du 1er juin 1958

« La dégradation de l’État qui va se précipitant. L’unité française immédiatement menacée. L’Algérie plongée dans la tempête des épreuves et des émotions. La Corse subissant une fiévreuse contagion. Dans la métropole des mouvements en sens opposé renforçant d’heure en heure leur passion et leur action. L’armée, longuement éprouvée par des tâches sanglantes et méritoires, mais scandalisée par la carence des pouvoirs.

Notre position internationale battue en brèche jusqu’au sein même de nos alliances. Telle est la situation du pays. En ce temps même où tant de chances, à tant d’égards, s’offrent à la France, elle se trouve menacée de dislocation et peut-être de guerre civile.

C’est dans ces conditions que je me suis proposé pour tenter de conduire une fois de plus au salut le pays, l’État, la République, et que, désigné par le chef de l’État, je me trouve amené à demander à l’Assemblée nationale de m’investir pour un lourd devoir.

De ce devoir, il faut les moyens.

Le Gouvernement, si vous voulez l’investir, vous proposera de les lui attribuer aussitôt. Il vous demandera les pleins pouvoirs afin d’être en mesure d’agir dans les conditions d’efficacité, de rapidité, de responsabilité que les circonstances exigent. Il vous les demandera pour une durée de six mois, espérant qu’au terme de celte période l’ordre rétabli dans l’État, l’espoir retrouvé en Algérie, l’union refaite dans la nation, permettront aux pouvoirs publics de reprendre le cours normal de leur fonctionnement. […]

Totalité de ce discours du 1er juin 1958 sur le site de l’Assemblée Nationale avec un extrait Vidéo INA : ici

Aussitôt il pare au plus pressé : il se rend à Alger et prononce devant une foule enthousiaste un discours ambigu qui commence par ces mots « Je vous ai compris… »

Discours du 4 juin 1958 à Alger : je vous ai compris

Je vous ai compris ! Je sais ce qui s’est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c’est celle de la rénovation et de la fraternité. Je dis la rénovation à tous égards. Mais très justement vous avez voulu que celle-ci commence par le commencement, c’est-à-dire par nos institutions, et c’est pourquoi me voilà. Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d’hommes qui, d’un bout à l’autre, quelles que soient leurs communautés, communient dans la même ardeur et se tiennent par la main. Eh bien, de tout cela, je prends acte au nom de la France et je déclare, qu’à partir d’aujourd’hui, la France considère que, dans toute l’Algérie, il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants : il n’y a que des Français à part entière, des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Totalité du discours et extrait vidéo INA sur le site de l’INA : ici

L’objectif est de calmer la foule mais De Gaulle n’annonce pas ce qu’il compte faire en Algérie. Les manifestants attendaient qu’il prononce des mots comme « Vive l’Algérie française ! » mais il ne le fait pas… Les historiens estiment qu’il ne sait pas encore à cette date comment il va s’y prendre pour sortir du bourbier algérien.

L’avènement de la Cinquième République

En attendant une nouvelle Constitution -celle de la Cinquième République- est rédigée (par Michel Debré –un juriste proche du général- conforme aux souhaits de De Gaulle (qui s’inspire des idées exposées en 1946 dans le « discours de Bayeux »). Elle approuvée très largement par voie de référendum. De Gaulle est élu Président de la République pour 7 ans par le collège électoral prévu à cet effet dans la nouvelle Constitution. Il nomme Michel Debré Premier Ministre.

Les caricatures sont nombreuses pour critiquer à la fois les circonstances qui ont amené De Gaulle au pouvoir (par exemple celle d’Effel) : l’Assumoir

L'assumoir

ou Oui ou non ? quelques mois plus tard qui évoque le Référendum sur la nouvelle Constitution :

 

Effel caricature naissance de la Ve République.JPG

                                         Jean Effel  L’Express 19 Septembre 1958                       Les personnages sont le général Massu (qui était du putsch d’Alger le 13 mai 1958 avec son fusil mitrailleur. Marianne est fermement tenue à gauche par Guy Mollet (ancien président du Conseil SFIO) et  à droite par Félix  Gaillard (ancien président du Conseil radical)

ou le style que De Gaulle va imposer à la nouvelle république : le sacre de Charles Quinquin de  Pol Ferjac (nos élèves ont absolument besoin d’avoir aussi sous les yeux la toile de David)

sacre de Charles Quinquin

Caricature de Pol Ferjac Le Canard Enchaîné décembre 1958

Sacre Napoléon

Le sacre de Napoléon par Louis David

 

La première tâche qui attend De Gaulle est donc de régler le problème algérien. En 1958 il propose un grand plan de développement économique pour l’Algérie (le plan de Constantine) puis en 1959, il prononce un discours important sur l’autodétermination de l’Algérie (16 septembre 1959) dans lequel il explique que trois solutions peuvent être envisagées.

Discours sur l’autodétermination (16 septembre 1959)

totalité du discours en PDF et extrait vidéo (7’36″ »)  INA

La première solution  est l’indépendance qui lui semble à la fois aventureuse et peu souhaitable. La seconde est l’intégration c’est-à-dire l’idée que les habitants de l’Algérie et la métropole doivent pouvoir être traités de manière identique –ce qui lui semble utopique vu les écarts de développement et les différences culturelles-. La troisième est celle qu’il appelle de ses vœux : une voie moyenne de large autonomie politique pour l’Algérie, qui ressemble un peu au statut que le Royaume Uni a accordé à ses « Dominions » (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) dès la fin du XIX  e siècle.

De Gaulle annonce un référendum sur ce thème qui a lieu en 1961 et donne un « oui » massif à la question qui porte sur l’idée d’organiser en Algérie un vote sur l’autodétermination. Le gouvernement commence alors des négociations secrètes avec le FLN ce qui provoque à Alger un nouveau putsch (en avril 1961) dit « Putsch des généraux » fomenté par certains cadres de l’armée d’Algérie qui refusent toute négociation avec les Algériens. De Gaulle utilise l’article 16 de la Constitution qui lui permet de prendre les pleins pouvoirs pour régler cette crise. Le reste de l’armée ne suivant pas les putschistes, ils se rendent au bout de 4 jours.

Les négociations peuvent donc reprendre entre le gouvernement français et les Indépendantistes algériens mais dans un climat de violence épouvantable lié à une vague d’attentats de l’OAS (Organisation Armée Secrète) en Algérie et en métropole.

L’OAS est une organisation terroriste de « pieds noirs » algériens qui refusent l’idée que l’Algérie puisse devenir indépendante.

Les négociations aboutissent à la signature des accords d’Évian (18 mars 1962) qui prévoient un cessez-le-feu (le 19 mars) puis l’Indépendance de l’Algérie. Tout se passe dans un tel climat de terreur que dans les mois qui suivent les accords d’Évian. la quasi-totalité des « pieds-noirs » quittent l’Algérie, laquelle proclame son indépendance le 5 juillet.

De Gaulle est donc perçu par l’ensemble des « pieds noirs » comme le « bradeur de l’Algérie » : plus de cinquante ans après l’Indépendance la rancœur est toujours présente. Juste après l’indépendance de l’Algérie De Gaulle est ainsi victime d’un d’attentat (« attentat du Petit-Clamart » monté par l’OAS) dont il sort indemne mais dont le commanditaire principal est condamné à mort et exécuté -c’est un militaire De Gaulle refuse de le gracier).

La fin de la Guerre d’Algérie et l’élection du Président au suffrage universel

Cependant De Gaulle peut compter sur les Français de métropole, très contents de retrouver leurs fils, frères et maris qui n’ont plus à se battre en Algérie : le référendum d’avril 1962 portant sur les accords d’Évian recueille plus de 90 % de « oui ».

Après cette période troublée De Gaulle décide de proposer une révision constitutionnelle qui modifie le mode d’élection du président de la République et le rend éligible au suffrage universel (octobre 1962).

C’est pourquoi en 1965, à l’issue de son mandat de 7 ans, De Gaulle se retrouve à devoir mener une campagne électorale pour sa réélection. Il se trouve en compétition avec trois autres candidats dont celui de la Gauche : François Mitterrand qui le met en « ballotage » (cette expression signifie que De Gaulle, contrairement à ce qu’il espérait n’est pas élu au premier tour mais doit affronter un 2e tour face à Mitterrand). De Gaulle est réélu mais à partir de cette date on le sent usé par le pouvoir, très autoritaire à une période où la société est en train de changer.

Les événements de mai 1968

La contestation étudiante qui éclate en mai 1968 bientôt suivie d’un appel à la grève générale et d’une paralysie complète du pays, le laisse totalement désemparé : cet homme né à un autre siècle, attaché au sens du devoir, ne comprend pas les aspirations de cette jeunesse qui a tout : la paix, la sécurité matérielle, un avenir assuré… et qui se plaint d’une société trop autoritaire et conformiste… Tout au plus peut-il admettre les revendications salariales des ouvriers (dont les salaires n’ont pas suivi l’enrichissement lié à l’essor économique des années 1950 et 1960) d’où la signature des accords de Grenelle entre Pompidou, son premier ministre, et les organisations syndicales. Mais, contre toute attente, la signature de ces accords ne remet pas pour autant la France au travail qui reste en cette fin mai 1968 totalement paralysée.

Que faire ?

Impossible d’utiliser l’article 16 : la France n’est pas menacée dans ses institutions ni par un péril extérieur !

Démissionner ? Mais il a été élu au suffrage universel pour sept ans !

Pendant quelques heures De Gaulle disparaît (il s’est rendu en Allemagne discuter avec l’un de ses généraux) puis, tout à coup annonce, qu’il va dissoudre l’Assemblée Nationale (on est le 30 mai). Une très grande manifestation a lieu en soutien à De Gaulle.

Document : allocution radiodiffusée du général de Gaulle le 30 mai 1968

Françaises, Français.

Étant le détenteur de la légitimité nationale et républicaine, j’ai envisagé, depuis vingt quatre heures, toutes les éventualités, sans exception, qui me permettraient de la maintenir. J’ai pris mes résolutions.

Dans les circonstances présentes, je ne me retirerai pas. J’ai un mandat du peuple, je le remplirai.

Je ne changerai pas le Premier ministre, dont la valeur, la solidité, la capacité, méritent l’hommage de tous. Il me proposera les changements qui lui paraîtront utiles dans la composition du gouvernement.

Je dissous aujourd’hui l’Assemblée nationale.

J’ai proposé au pays un référendum qui donnait aux citoyens l’occasion de prescrire une réforme profonde de notre économie et de notre Université et, en même temps, de dire s’ils me gardaient leur confiance, ou non, par la seule voie acceptable, celle de la démocratie. Je constate que la situation actuelle empêche matériellement qu’il y soit procédé. C’est pourquoi j’en diffère la date.

Quant aux élections législatives elles auront lieu dans les délais prévus par la Constitution, à moins qu’on entende bâillonner le peuple français tout entier, en l’empêchant de s’exprimer en même temps qu’on l’empêche de vivre, par les mêmes moyens qu’on empêche les étudiants d’étudier, les enseignants d’enseigner, les travailleurs de travailler. (…)

Si donc cette situation de force se maintient, je devrais pour maintenir la République prendre, conformément à la Constitution, d’autres voies que le scrutin immédiat du pays. (…)

Eh bien ! Non ! La République n’abdiquera pas. Le peuple se ressaisira. Le progrès, l’indépendance et la paix l’emporteront avec la liberté.

Vive la République ! Vive la France !

Les élections qui suivent donnent une très large majorité (60 %) aux députés gaullistes (Il est vrai qu’à l’époque la majorité est à 21 ans et qu’un certain nombre de jeunes gens qui étaient dans la rue n’ont pas pu s’exprimer).

Pourtant, dans les mois qui suivent, De Gaulle se rend compte que la crise de mai 1968 a en quelque sorte fissuré son pouvoir. Il n’est plus en phase avec cette société du « Baby Boom » (il a 78 ans).

Il organise en avril 1969 un référendum sur une question qui n’intéresse pas les Français (la réforme du Sénat) en annonçant qu’il se retirera si le résultat est négatif : c’est une manière de sonder sa popularité. A l’annonce de l’échec du référendum (52 % de « non »), il démissionne.

De Gaulle se retire à Colombey avec sa femme Yvonne et commence à rédiger ses Mémoires d’Espoir. Il y meurt l’année suivante (9 novembre 1970) et est enterré à Colombey très simplement comme il l’a exigé.

Conclusion

Ainsi le parcours mouvementé de Gaulle (1890-1970) croise plusieurs fois celui de la France :

  • de 1940 à 1946 : comme chef de la Résistance (l’« homme du 18 juin ») puis du GPRF
  • de 1958 à 1969 : comme dernier Président du Conseil de la IV e République (1er juin 1958) puis premier Président de la Ve République, élu une première fois par un collège électoral (décembre 1958), réélu au suffrage universel direct (1965) jusqu’à sa démission en 1969.

Un parcours aussi riche explique qu’il existe un grand nombre de discours de de Gaulle qu’il est possible de faire analyser par nos élèves dont nous avons proposé quelques extraits.

Mais on a aussi de nombreux extraits de ses mémoires car comme témoin de son temps il a un atout : d’avoir été au cœur de l’action pendant la Résistance puis sous la Ve République en fait un acteur très bien informé (ce n’est pas le cas de tous les témoins).

Par conséquent quand, dans un discours, il « oublie » d’évoquer certaines choses ou avance des choses erronées (« Paris libéré par lui-même ») c’est volontaire de sa part.

Mais nos élèves n’osent pas toujours l’écrire dans leur copie comme s’ils pensaient lui manquer de respect alors qu’ils n’hésitent pas à critiquer les propos de Pétain, d’Hitler ou de Staline…

Pourtant l’étude de document consiste à passer tous les documents à travers le même filtre critique quelle que soit la sympathie ou l’antipathie qu’on peut éprouver pour l’auteur d’un document.

 

 

 

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