Madame de Maintenon à l’honneur à Niort

Une exposition est actuellement en cours jusqu’à la fin du mois de septembre 2019 aux Archives Départementales des Deux-Sèvres mettant en valeur deux lettres originales de Madame de Maintenon. Le bureau de l’APHG Poitou-Charentes, réuni à Niort le  mercredi 18 septembre a pu bénéficier d’une présentation de cette exposition.

L’occasion ici d’un article sur Madame de Maintenon (un peu dans la même veine que celui sur Aliénor d’Aquitaine), une femme très délaissée dans nos programmes d’histoire.

expo Maintenon.PNG

Voir le lien qui explique cette lettre de 1684 adressée à son cousin Philippe de Villette acquise en juin dernier par le Département des Deux-Sèvres.

Une autre exposition  est en cours de préparation au Musée d’Agesci à Niort en cette fin d’année 2019 qui marque le tricentenaire de la mort de cette femme (du 18 octobre 2019 au 15 mars 2020) Madame de Maintenon dans les allées du pouvoir

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Madame de Maintenon : un portrait du musée d’Agesci de Niort

Son vernissage le jeudi 17 octobre 2019 à 18 h 30 sera l’occasion d’une conférence de Mathieu Da Vinha, directeur scientifique du centre de recherche du château de Versailles qui a monté la grande exposition à Versailles( du 16 avril au 21 juillet 2019) dont on peut retrouver les caractéristiques sur le site officiel.

Mais qui est Madame de Maintenon  : un personnage infréquentable dans nos très sérieux programmes d’histoire-géographie ?

Françoise d’Aubigné est  née à Niort en 1635. Elle est veuve à 25 ans du poète  burlesque Scarron. Elle s’occupe ensuite des bâtards que le roi Louis XIV a eus avec sa maîtresse Madame de Montespan. Maîtresse du roi, elle l’épouse  secrètement en 1683 quand il devient veuf. Elle meurt en 1719 quatre ans après Louis XIV.

Que tirer d’un tel parcours ?

Nos programmes d’histoire des lycées et collèges ont  abandonné les personnages romanesques (et tout particulièrement les femmes) aux romanciers et aux émissions télévisées telles Sous les jupons de l’histoire de Christine Bravo (49 épisodes de 2013 à 2017 uniquement sur des femmes) sur Chérie 25 dont « Madame de Maintenon » (2013) ou les Secrets de l’histoire de Stéphane Bern (130 épisodes depuis 2007 sur France 2) dont « l’irrésistible ascension de Madame de Maintenon » (2014).

C’est dommage car nous avons peut-être jeté le bébé avec l’eau du bain : nos élèves ont pourtant besoin de personnages pour incarner l’histoire et non juste de concepts d’histoire économique et sociale, chers aux historiens de l’école des Annales, et ce surtout quand ils sont très jeunes.

Des passions universelles mais des cultures et sociétés particulières

Les émotions et passions humaines sont universelles : amour, jalousie, désir de vengeance, cupidité, peur, trahison, orgueil, vanité, soif de pouvoir, courage, pitié, tristesse… etc.  Elles forment un élément commun à tous les hommes et à toutes les époques. Voilà pourquoi on  les retrouve dans la Bible mais aussi dans les tragédies grecques comme conne les opéras…

En revanche l’univers social et culturel dans lequel elles s’incarnent est lui très divers.

Or c’est cet univers social et culturel spécifique à chaque époque, chaque milieu et chaque région qui intéresse l’historien et non l’expression des passions humaines. À l’inverse les romanciers et documentaristes privilégient le plus souvent le récit de passions dans un décor historique éventuellement séduisant par son raffinement.

Ainsi en tant qu’historiens, les personnages que nous rencontrons nous intéressent surtout par la manière dont ils prennent des décisions dans le contexte social et culturel où ils sont vivent. Voilà pourquoi si l’on peut éprouver de l’empathie pour quelqu’un dont nous comprenons les émotions (puisque nous éprouvons les mêmes), il est beaucoup plus compliqué de comprendre comment il va agir ou parler si l’on ne connaît ni l’époque ni la culture dans lesquelles il évolue.

Bref nous pouvons tout à fait légitimement utiliser ces personnages surtout s’il s’agit de femmes en insistant sur autre chose que sur leurs amours illégitimes… en les replaçant clairement dans leur époque et dans leur milieu social, en nous en servant comme des jalons qui permettent de comprendre les ressorts politiques, économiques, sociaux et culturels d’une époque.

Madame de Maintenon, une femme qui nous sert de jalon chronologique pour le XVII e siècle ?

Madame de Maintenon est peut-être la femme qui permet le plus aisément de nous fournir des jalons sur le « siècle de Louis XIV » en raison de sa génération (1635-1719), de sa longévité (84 ans), de son milieu social (petite noblesse de province désargentée), de son parcours original (veuve à 25 ans d’un des grands poètes du XVIIe –Scarron-, gouvernante des bâtards que Louis XIV a eu avec Madame de Montespan puis dernière épouse secrète de Louis XIV).

chronologie XVIIe

Un petit schéma permettant de visualiser les personnages principaux du siècle de Louis XIV associés à la politique, l’économie et les arts (voir à la fin de l’article comment construire ce type de graphique sur Excel)

Louis XIV est strictement de la même génération puisqu’il est né en 1638 et décédé en 1715. Si on évoque aussi Vauban (1633-1707) (voir l’article sur Vauban, l’île de Ré et l’UNESCO), nous pouvons compter sur ces 2 personnes pour incarner le siècle de Louis XIV et pouvoir leur adjoindre les autres figures politiques et culturelles de l’époque Colbert ; Le Brun Le Nôtre et MansartRacine, Corneille, Molière et La FontaineLully –qui vivent moins longtemps) qu’un honnête homme du XXIe siècle –et qu’un honnête élève de 2019- doit être capable d’associer à cette époque !

La vie de Madame de Maintenon : une porte d’entrée pour comprendre la place de la religion et celle des femmes dans la bonne société en France au XVIIe siècle

Pour comprendre ce siècle de Louis XIV (plus de 300 ans en arrière !)  il faut mettre en évidence deux éléments majeurs qu’il est difficile de comprendre en ce début du XXI e siècle et qui changent complètement la donne par rapport à notre époque : la place très importante de la religion et la place particulière des femmes de la « bonne société », c’est-à-dire de ces catégories sociales qui ont de l’argent et utilisent les alliances matrimoniales pour accroître un patrimoine financier et développer leur réseau d’influence.

Mais Madame de Maintenon ne nous aide nullement à comprendre la vie du paysan français à l’époque de Louis XIV : pour cela l’ouvrage de référence me semble toujours celui de Pierre Goubert Louis XIV et 20 millions de Français qui date de 1966 réédité en 2010 (voir la présentation de ce livre dans cet article de Thucydide  écrit  à la mort de l’auteur en 2012)

La progressive remise en cause de la tolérance religieuse au XVIIe siècle en France

Premièrement le poids de la religion catholique en France est considérable au XVIIe siècle et le problème de la fracture religieuse née avec la Réforme protestante au début du XVIe siècle  n’est toujours pas réellement résolu : l’édit de Nantes de 1598 a toléré la présence des protestants mais progressivement tout est fait pour que leur place dans le royaume de France s’amoindrisse : l’assassinat d’Henri IV (1610), le siège de La Rochelle (1627-1628), les tracasseries à l’encontre des huguenots (allant jusqu’à de sanglantes « dragonnades ») vont aboutir à l’Édit de Fontainebleau de 1685 qui révoque celui de Nantes et oblige les protestants français à se convertir ou quitter le royaume.

Nous avons du mal à faire comprendre cette situation à nos élèves de ce début du XXI e siècle, nous qui vivons dans une société dans laquelle la liberté de conscience et celle de pratiquer sa religion sont des libertés fondamentales (reconnues par la loi de 1905).

Mais au XVIIe siècle, l’idée qu’on puisse individuellement choisir sa religion et décider de  ne pas partager celle du souverain ce qui permet  de former une « communauté » (c’est-à-dire étymologiquement des personnes qui communient le dimanche à la messe), est difficile à accepter. Rappelons qu’au début de la Réforme, par la paix d’Ausgbourg de 1555 c’est le principe du « cujus regio ejus religio » qui a été retenu : dans les États allemands les princes ont pu choisir d’être luthériens ou catholiques mais le peuple a dû adopter la religion de son prince.

La France d’Henri IV à la fin du XVI e siècle était le seul pays d’Europe qui avait pu imaginer une formule différente (notamment parce qu’une partie importante de sa noblesse s’était précocement convertie au protestantisme). En révoquant l’Édit de Nantes en 1685, Louis XIV ne fait que revenir à une conception classique pour l’époque. Il faudra atteindre la fin du XVIIIe pour que les mentalités évoluent et que Louis XVI prenne un nouvel édit de tolérance (1787).

Si on a ce cadre en tête, on comprend donc pourquoi croire que la soi-disant bigoterie de Madame de Maintenon ait pu déteindre sur un Louis XIV vieillissant et le pousser à révoquer l’édit de Nantes est une affirmation hasardeuse (c’est imaginer qu’on agit davantage en fonction de ses passions qu’en fonction du contexte dans lequel on vit).

L’importance du mariage et la crainte du péché d’adultère

La morale chrétienne influence considérablement les mentalités et les comportements de ce XVII e siècle  : la notion de péché reste très importante notamment en matière demariage. Rappelons que le 6e commandement des tables de la loi de Moïse est « tu ne commettras pas l’adultère ».

Avoir des rapports sexuels hors mariage avec une personne mariée ou tromper son conjoint est donc un péché mortel pour le catholicisme…

C’est bien ennuyeux car cette pratique est fréquente à toutes les époques, dans tous les milieux et toutes les sociétés… La religion catholique a cherché à trouver un moyen à la fois de réduire ces pratiques (en menaçant les fautifs des flammes de l’enfer), tout en  permettant aux fidèles de se racheter (en confessant leurs péchés et en s’en repentant sincèrement). Ce qui ne les empêche pas  pour autant de recommencer… mais au moins le jour de Pâques les apparences sont sauves : on a pu communier à la messe.

Voilà un problème qui va empoisonner la vie de Louis XIV, de sa maîtresse Madame de Montespan (qui est mariée puis séparée de biens et de corps de son époux furieux d’être le cocu le plus célèbre du royaume – voir l’ouvrage de Jean Teulé paru en 2008 Le Montespan) et de Madame de Maintenon (qui est veuve et devient ultérieurement la maîtresse du roi avant de l’épouser). Leurs confesseurs respectifs ne manquent pas de leur rappeler notamment Bossuet (qui est le précepteur du Dauphin).

Des problèmes de filiation compliqués qui existent encore aujourd’hui

Un autre problème compliqué se pose : si le mariage est aussi contrôlé (et c’est le cas dans toutes les sociétés au monde où la filiation en ligne paternelle est essentielle) c’est  lié au fait que cela permet d’avoir une descendance légitime.  Effectivement les enfants d’un couple marié sont réputés être ceux des deux conjoints.

C’est encore le cas aujourd’hui en France. Le mari n’a pas à prouver qu’il est le père de l’enfant à naître et la femme qui accouche est présumée être la mère. A l’inverse dans un couple non marié, le père doit (ou peut) reconnaître l’enfant (par avance ou a posteriori).

Ainsi les bâtards que Louis XIV a avec sa maîtresse Madame de Montespan posent un vrai problème car il y a double adultère : elle a déjà eu 2 enfants légitimes avec son mari avec lequel elle est toujours mariée ; elle en a 7 nés vivants (entre 1669 et 1678) avec Louis XIV qui est un homme marié (à la reine Marie-Thérèse -qui ne meurt qu’en 1683 après lui avoir donné 6 enfants  légitimes -mais un seul atteignant l’âge adulte  (le Grand Dauphin -1661-1711-).

Les juristes du royaume vont trouver un plan astucieux pour sortir de cette situation : Louis XIV reconnaît en 1673 ces enfants comme les siens mais il n’est sur leur acte de légitimation nullement mention de leur filiation maternelle… Cela a pour conséquence étonnante que Madame de Montespan ne sera pas présente au mariage de ses propres enfants puisque, officiellement, elle n’est pas leur mère ! C’est notamment le cas lors du mariage très habile entre sa fille « Mademoiselle de Blois » et Philippe d’Orléans (le neveu de Louis XIV), celui qui va devenir Régent du Royaume en 1715 avant la majorité de Louis XV.

Avec nos yeux du XXI e siècle, nous pouvons trouver ces histoires soit très hypocrites soit absurdes : il n’en est rien ! Aujourd’hui encore notre société reste très embarrassée avec les problèmes de filiation qui sont contraires à la loi : comment peut inscrire à l’état-civil la filiation d’un enfant né de l’inceste entre un père et sa fille ? Comment peut-on inscrire à l’état-civil celle d’un enfant né par GPA (gestation pour autrui) à l’étranger, pratique interdite en France ?

Là encore il faut trouver un compromis acceptable pour l’époque avec l’idée aujourd’hui que cela ne doit pas nuire à l’enfant : l’enfant né de l’inceste est présumé né de père inconnu… L’enfant né par GPA est par contre un cas pas encore réglé  puisqu’on ne veut pas que la femme qui a accouché soit reconnue comme sa mère et qu’on veut obtenir l’inscription d’une double filiation avec deux personnes, la plupart du temps de même sexe (masculin).

Le mariage catholique un sacrément indissoluble

Le mariage étant un sacrement, le divorce est interdit… Donc on est obligé de se débrouiller quand on veut défaire une union : la faire annuler éventuellement par l’Église parce que le mariage n’est pas consommé, qu’il ne permet pas d’avoir une descendance –ou à cause d’une consanguinité- (c’est rare) (voir l’article sur Aliénor d’Aquitaine) ; à défaut les époux peuvent être séparés de biens et de corps quand vraiment ils ne peuvent plus cohabiter (c’est le cas de Monsieur et Madame de Montespan, quand cette dernière devient la maîtresse du roi) mais l’union demeure.

D’autre part une femme de bonne naissance dans la France du XVIIe siècle n’a pas d’autre choix que d’être mariée ou de vivre au couvent. Cela aussi est quelque chose qu’il est difficile de faire comprendre à nos élèves d’aujourd’hui en France où plus de la moitié des enfants qui naissent ont des parents non mariés et où le célibat (notamment féminin) est accepté.

Par contre cette situation d’un mariage systématique des femmes destiné à contrôler leurs actions et leur descendance reste celle qui prévaut dans toutes les sociétés patriarcales d’aujourd’hui (dans le monde arabo-musulman, en Iran, en Turquie, en Inde…) : une fille doit y être mariée (y compris très jeune) dans l’intérêt de sa famille et elle n’a pas souvent son mot à dire.

La différence en France au XVIIe siècle c’est que de nombreuses femmes de la bonne société qui ne se marient pas peuvent passer leur vie dans un couvent mais la vie au couvent ne doit pas être confondue avec ascèse, clôture et silence… et donc avec une vie de renoncement à l’écart du monde. Cela est un modèle monastique mais qui correspond davantage au Moyen Age (par exemple l’époque de l’essor des Cisterciens).  Au XVII e certains couvents sont très riches, situés en pleine ville car consacrés à des œuvres d’éducation et de charité, toutes les femmes qu’ils abritent n’ont pas prononcé de vœux et peuvent sortir… Elles y trouvent un lieu sûr qui les héberge et les nourrit quand elles n’ont pas de mari et ne disposent pas d’une fortune suffisante. Ainsi en 1660 à la mort de Scarron quand Françoise D’Aubigné se retrouve veuve  et endettée elle va vivre provisoirement dans un couvent. L’une des lettres exposées aux Archives est précisément celle par laquelle elle demande qu’on lui envoie son acte de baptême catholique (elle qui est la petite-fille d’un très célèbre protestant -Agrippa d’Aubigné-) afin qu’elle puisse être accueillie dans un couvent.

La charité chrétienne

Par ailleurs la charité chrétienne  est une vertu largement encouragée et par conséquent les femmes de la noblesse utilisent leurs revenus pour aider les couvents (où éventuellement elles pourront se retirer quand elles seront veuves), financer des institutions aidant les pauvres, instruisant les filles de modeste condition pour en faire de bonnes domestiques.

Les donations de ces grandes familles contribuent à financer un embryon de système médical dont le personnel appartient à des ordres religieux qui se sont développés avec la Contre Réforme : comme les Sœurs de la Charité de (Saint) Vincent de Paul (1633), les Visitandines (1610) de (Saint) François de Sales et  (Sainte) Jeanne de Chantal.

A l’inverse les ordres contemplatifs qui étaient très importants au Moyen Age sont en forte régression dès cette époque mais certains couvent continuent à jouer un rôle majeur (parce exemple celui de Fontevraud dont l’abbesse est la propre sœur de Madame de Montespan : Marie-Madeleine qui appartient à cette très puissante famille de Rochechouart de Mortemart. Depuis ses débuts l’abbaye royale de Fontevrault a toujours accueilli des femmes issus de la grande noblesse et son abbesse a souvent appartenu à la famille des Bourbon…

A quoi les femmes de la bonne société comme Madame Scarron ou Madame de Montespan  passent-elles leur vie ? L’importance de l’art de la conversation !

Les Précieuses -comme on les appelle – alors ces femmes de la bonne société qui tiennent salon au XVIIe siècle et que Molière a ridiculisé dans Les précieuses ridicules (1659) et Les femmes savantes (1672)  nous semblent passer leur vie à houspiller des domestiques, entretenir des ragots et s’occuper de leur bon plaisir… et écrire beaucoup de lettres pour parler de tout cela…

C’est ce que fait Madame Scarron pendant les huit années où elle est mariée à son poète et elle continue à fréquenter des salons une fois veuve, c’est là qu’elle rencontre Madame de Montespan la maîtresse du roi qui est un peu plus jeune qu’elle et qui brille par sa beauté et son esprit (un esprit, selon Saint-Simon, propre à cette famille de Rochechouart de Mortemart).

Mais en fait c’est sans doute plus subtil. Dans cette société d’Ordres où la religion tient une place considérable, la noblesse a un seul but : tenir son rang, faire briller l’éclat de son nom et pour cela il faut les moyens soit de réussir à habilement marier les filles et avoir des héritiers légitimes et notamment des fils.

Or pour cela il faut avoir de l’argent et comme la vieille noblesse d’épée ne peut travailler de ses mains (c’est pour les paysans, les artisans) ni être dans le commerce (c’est pour les bourgeois), qu’elle ne peut pas compter sur les charges assurées de la noblesse de robe en échange de ses compétences juridiques… il n’y a pour faire face aux dépenses que la terre (posséder un ou plusieurs domaines cultivées par des paysans) et les gratifications qu’on obtient en se faisant valoir à la Cour du Roi… Mais cette stratégie demande des investissements coûteux : il faut se loger à Paris, avoir des vêtements à la dernière mode, participer aux festivités, jouer, entretenir la conversation.

Bref ces nobles ont des préoccupations dans la vie qui sont à des années-lumière de celles de leurs paysans, domestiques et fournisseurs mais  aussi des nôtres du XXIe.  Ils passent un temps considérable à activer leurs réseaux de cousinages et de familles apparentées à qui ils confieront leurs enfants à éduquer.

Par rapport à notre époque, ils n’ont à aucun moment de leur vie besoin de se demander comment on se procure des vivres et  on prépare un repas,  on lave et nourrit un enfant, on entretient ses habits et change les draps…

À qui pourrait-on les comparer aujourd’hui ? À quelques richissimes vedettes du cinéma, familles de milliardaires enrichis dans les affaires ou princes saoudiens, qui passent leur vie dans de superbes demeures, se déplacent de palace en palace, pris en charge continuellement par des armées de domestiques. Ces milliardaires d’aujourd’hui ont exactement les mêmes préoccupations : continuer à avoir beaucoup d’argent, se faire valoir et se distraire… même si leurs distractions sont assez différentes… et pour cela entretenir sans cesse leurs réseaux en y faisant rentrer ceux qui peuvent l’accroître par leur talent, leur beauté, leur argent.

Tout cela nous étonne avec nos yeux de Français du XXI e siècle qui n’appartenons ni à la noblesse ni à la grande bourgeoisie…  Nous espérons pour nos enfants et nos élèves, une vie où ils pourront goûter les joies d’être parents, d’exercer un métier qui fait sens, leur donnera  de quoi être à l’abri du besoin et leur permettra d’avoir le loisir de pouvoir se détendre et se distraire. Nous considérons que pour cela, un bon bagage scolaire permet de compenser le fait de ne pas avoir de fortune familiale ni de conjoint fortuné.

La différence d’espérance de vie et l’enrichissement général de nos sociétés de pays industrialisés développés depuis un siècle permet aussi désormais de donner du temps à notre jeunesse (celui de l’adolescence) pour justement se constituer ce bagage scolaire en étant pendant une dizaine d’années déchargé de toute responsabilité matérielle, un peu à l’instar de la noblesse d’autrefois : car dans l’ensemble nos adolescents mangent, se vêtissent, se logent, se divertissent sans qu’ils n’aient aucun effort particulier à assumer !

Par le passé seuls les plus riches d’une génération avaient ce loisir : les autres étaient précocement mis au travail, travail de la terre, travail domestique pour les filles, apprentissage, travail à l’usine plus tardivement.

Donc effectivement si quelque chose est comparable entre nos deux époques c’est que les jeunes nobles du XVIIe et notamment les filles ont un peu de temps avant leur mariage pour ne rien faire et pester contre ce qu’on leur impose en préférant trainasser ou s’occuper à des choses considérées comme futiles (soigner sa réputation sur les réseaux sociaux, faire les magasins, sortir aujourd’hui).

Sur ce plan la lettre de Madame de Maintenon acquise en juin par le Département des Deux-Sèvres est très intéressante : on est en 1684, Madame de Maintenon s’est mise en tête d’enlever Marthe-Madeleine la fille de son cousin Philippe de Villette (qui est protestant), de la convertir et de lui faire donner une bonne éducation : clavecin, danse, espagnol, art épistolaire.

Elle se plaint avec ses mot du XVIIe siècle que la gamine de treize ans est ramollie, ne fait plus de musique, ne danse plus et ne veut même faire l’effort d’écrire une lettre à son père :

lettre Maintenon.PNG

Pour conclure cet article n’est donc pas une n-ième biographie romancée de Madame de Maintenon mais juste quelques réflexions qui me semblent représenter ce qu’on attend de l’histoire qu’on apprend à l’école.

Avoir un cadre chronologique clair mais sans détails d’érudition et, à partir de là, pouvoir réfléchir à ce qui fait l’originalité d’une époque mais aussi comprendre et réfléchir à la nôtre et à ce que nous souhaitons pour l’avenir.

Lien vers fichier Excel qui permet de fabriquer des graphiques assez simples positionnant les dates de vie et de mort de personnages contemporains sur un axe chronologique : dates XVIIe siècle

 

 

 

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