Adieu Pondichéry ? Adieu Madras ?

Cette année, et pour la première fois, les élèves du lycée français international de Pondichéry n’ont pas passé les épreuves écrites de Bac à la fin avril mais seulement du 6 au 14 juin 2019 soit seulement une dizaine de jours avant la métropole où l’épreuve de philosophie débute le 17 juin. (Voir le site officiel de ce lycée français ).

Voici les sujets d’Histoire-géographie tombés à Pondichéry en ES/L  : Sujet Histoire-Géographie Pondichéry 2019 ES L et en S : Sujet Histoire-Géographie Pondichéry 2019 S.

 

lycée Pondichéry.jpg

Le lycée français international de Pondichéry (Inde)

Pendant des années voire des décennies, nous avions pris l’habitude d’entraîner nos élèves de Terminale sur ces sujets tombés à Pondichéry (qui étaient souvent plus difficiles que ceux qui tombaient en métropole… et qui ne retombaient généralement pas au mois de juin sous la même forme).

Voir, parmi les articles de ce blog : Pondichéry et les Internautes qui offre un corrigé d’étude critique de documents cartographiques  en géographie et permet de réviser la première partie du cours concernant les cartes et De Pondichéry à Bad Godesberg qui propose un corrigé d’étude critique de document sur ce chapitre si craint par nos élèves : « Socialisme et mouvement ouvrier en Allemagne depuis 1875 ».

Mais  si nous évoquions  simplement ici de la présence française à Pondichéry en 2019 et de la raison de l’existence dans cette ville du Sud de l’Inde d’un lycée français international ? Un thème qui permet aussi de parler un peu de l’Inde, cette grande oubliée de nos programmes actuels de géographie (à l’exception de l’étude de cas sur (voir cet article descriptif : Mumbai modernité, inégalités quelques jalons pour le Bac).

La compagnie françaises des Indes orientales (1664) et les 5 comptoirs français des Indes (Mahé, Kariral, Pondichéry, Yanaon, Chandernagor)

Un épisode de notre histoire coloniale quasiment oublié -et peu étudié mais pourtant très intéressant- est l’expansion française dans l’océan Indien au XVIIe siècle.

Cette expansion se manifeste par la création d’une Compagnie française des Indes orientales en 1664 comme l’ont déjà fait nos concurrents :  les Britanniques (avec la fondation de la Compagnie britanniques des Indes orientales en 1600) et les Hollandais (avec la création de la « Vereenigde Oost-Indische Compagnie » en abrégé VOC en 1602 et la fondation de Batavia en 1619).

Sur cette route des Indes la France va prendre possession en 1642 d’une île déserte de l’océan Indien qui va devenir l’île de la Réunion et s’appelle d’abord île Bourbon ainsi que de lîle Maurice (autrefois l’île de France que la France occupe de 1715 à 1810 et doit céder aux Anglais en 1814).

Mais l’essentiel à cette époque est la fondation de 5 comptoirs français aux Indes que les Français vont conserver jusqu’en 1954 c’est-à-dire au delà de l’époque où le reste des Indes passe sous contrôle britannique au milieu du XIXe siècle (1857) et quelques années après l’Indépendance de l’Inde (1947).

Comptoirs_1885.jpg

Les 5 comptoirs français des Indes (sur un atlas scolaire de 1885) : Pondichéry fondé en 1674 est le plus ancien. Une communauté française y est toujours présente ainsi qu’un lycée

Les voilà ces 5 comptoirs français sur un atlas scolaire de 1885 :

  • à l’ouest sur la côte de Malabar : Mahé fondé en 1721 (qui se trouve un peu au nord de Calicut ce comptoir portugais fondé par Vasco de Gama en 1498).

 

  • à l’est sur la côte du Coromandel : du Sud vers le Nord Karikal (1739), Pondichéry (1674), Yanaon (1725)

 

  • au fond du golfe du Bengale Changernagor (1686) tout près du grand port de Calcutta (fondé en 1690).

 

Pondichéry : un climat tropical de mousson d’hémisphère nord

On voit sur cette carte que Pondichéry se situe à environ 10° de latitude nord sur une côte exposée aux alizés qui apportent des très fortes pluies de mousson de juillet à décembre, précédée par une période extrêmement chaude à partir de mai à l’approche de la mousson.

température Pondichéry

Ce diagramme des températures moyennes maximales et minimales explique pourquoi les candidats au Bac passaient le Bac en avril et non en juin, période  où la chaleur devient très éprouvante

 

précipitations Pondichéry.PNG

Pondichéry dans la République Indienne

La ville de Pondichéry a un statut particulier dans la République indienne en raison de son histoire et de son rattachement tardif (1954) à la République indienne.

La République indienne est en effet un État fédéral qui regroupe actuellement 29 États fédérés et  7 districts (ces districts correspondant à des situations très particulières : la capitale, l’ancien comptoir français de Pondichéry et par exemple les îles de l’océan Indien où l’on trouve des populations aborigènes).

Si l’on classe ces États et territoires en éliminant ceux qui font moins d’un million d’habitants, on obtient le graphique suivant qui montre à quel point Pondichéry représente une goutte d’eau dans la réalité indienne.

Etats et districts en Inde.PNG

Avec un peu plus d’un million d’habitants le district de Pondichéry ne représente qu’une goutte d’eau dans la population indienne (environ 1 350 millions d’habitants).

 

Le tableau suivant qui classe les États et districts par population décroissante, le montre également. Ces deux documents utilisent les données du Recensement de 2011 (en les arrondissant).

tableau Etats et districts en Inde

États et Districts en Inde (un document plus lisible et transformable se trouve en fin d’article)

On trouvera de nombreuses cartes dans cet Atlas en ligne du Recensement indien

Elles sont malheureusement  un peu  compliquées d’entrée de jeu pour un lycéen qui ne connait rien à l’Inde. D’où celle-ci à transformer (voir le fichier à la fin de l’article)

Inde localisation

Une carte à s’approprier -rajouter l’échelle + fleuves + coloriage pour différencier l’Inde et ses voisins (voir à la fin de l’article le fichier)

Auroville : une communauté utopique à proximité de Pondichéry qui existe depuis maintenant 50 ans.

En consultant le site du lycée de Pondichéry, j’ai découvert que plusieurs classes s’étaient rendu en visite à Auroville qui se trouve à quelques kilomètres de là. Il s’agit d’une communauté utopique d’environ 2000 habitants fondée en 1968 et qui travaille depuis plus de 50 ans sur les enjeux d’un développement durable avant que la plupart des gens ne s’intéressent à cette thématique.

matrimandir Auroville.JPG

Matrimandir Auroville (Inde du Sud près de Pondichéry) : le centre de cette communauté fondée en 1968 par une Française : Mirra Alfassa (1878-1973) connue comme la Mère et qui est inspirée par le poète/yogi Sri Aurobindo (1872-1950)

Le compte-rendu des élèves de 1ère S et de leur professeur de SVT de leur entretien avec le responsable français de  la ferme AuroOrchard à Auroville est un petit bijou pour comprendre les enjeux de cette thématique : conférence « nourrir l’humanité« .

Adieu Madras ?

Un petit clin d’œil à cette chanson créole traditionnelle Adieu foulard adieu madras reprise par Henri Salvador. Dans cette chanson le « madras » est une étoffe à carreaux originaire de Madras au Sud des Indes. (Ce n’est pas la seule ville du monde associée à une étoffe : on peut songer à la mousseline de Mossoul -cette ville d’Irak sur le Tigre-). Ce madras était et est toujours une étoffe très appréciée aux Antilles (autre colonies françaises à l’époque de l’expansion française dans l’océan Indien). Mais aujourd’hui ce type de tissu n’est plus du tout fabriqué en Inde !

Madras

Des madras, tissus antillais qui tirent certes leur nom d’une grande ville d’Inde Madras (aujourd’hui Chennai) mais ne sont plus du tout fabriqués en Inde !

Et effectivement, en matière textile, l’Inde est un pays qui a de quoi induire en erreur.On en a importé pendant plusieurs siècles des « indiennes », tissus de coton imprimés appréciés des consommateurs européens. Mais au XIX e siècle on appelle désormais « indiennes » des tissus de coton fin imprimés produits dans les usines de Manchester avec du coton importé des États-Unis... Ces tissus sont ensuite exportés aux Indes et ruinent l’artisanat textile indien ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, Gandhi (1869-1948), le père de l’Indépendance indienne fait du rouet le symbole de la lutte contre la domination économique des Britanniques.

A partir des années 1920 on le voit juste vêtu d’un sari de coton (et non du costume d’avocat qu’il portait dans ses jeunes années) et en train de filer le coton avec un rouet.

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Le plus célèbre cliché de Gandhi (1869-1948) dans le magazine américain LIfe en 1946 par la photographe Margaret Bourke-White

Chennai (ex-Madras) et Bangalore : deux pôles indiens de haute technologie ancrés dans la mondialisation

Pour terminer cet article évoquons les deux grandes villes du Sud de l’Inde qui jouent un rôle important dans la mondialisation en raison de leur relative spécialisation.

Chennai (nouveau nom donné à Madras depuis 1996) est une agglomération côtière d’environ 9 millions d’habitants, capitale de l’État du Tamil Nadu. Pondichéry se situe à 150 km au Sud de cette grande ville. L’aéroport de Chennai est le 4e du pays (après ceux de Delhi, de Mumbai et de Bangalore) avec un trafic de l’ordre de 22 millions de voyageurs par an.

Bangalore se trouve dans l’intérieur à 350 km à l’ouest de Chennai dans l’État du Karnakata. C’est une grande agglomération d‘environ 10 millions qui a acquis depuis plusieurs décennies la réputation d’être la « Silicon Valley indienne » en raison de la concentration d’institutions d’enseignement supérieur et de recherche et d’activités tournées vers les hautes technologies.

INfo SYS Bangalore.jpg

siège d’Infosys’ à Bangalore : l’une des plus grandes entreprises de services informatiques en Inde

C’est ainsi que dans le cadre de la mondialisation ces 2 villes du Sud de l’Inde, ont progressivement pu utiliser leurs compétences pointues et les salaires relativement bas inhérents à l’Inde pour développer des activités de services qu’on appelle dans le jargon anglo-saxon le « BPO/ITO » (Business Process Outsourcing/Information Technology Outsourcing). Il s’agit de la part des entreprises de pays industrialisés développés d’externaliser dans les pays en développement des activités liées à la comptabilité, les achats, l’informatique et de les confier à des entreprises locales qui peuvent transmettre les données en temps réel grâce au réseau Internet…

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Le bâtiment d’Infosys sur le campus technologique de Chennai

 

Bangalore NXP.PNG

NXP (firme transnationale -siège social à Eindhoven pays-Bas- tournée vers les semi-conducteurs) possède un site à Bangalore : ici le patio abrité du soleil par une bâche en toile (un style très « silicon valley » mais adapté à un autre climat que le climat californien

NXP et l’Inde : un exemple des stratégie de  firme transnationale dans la mondialisation

Pour donner un exemple très concret du fonctionnement cette BPO entre l’Europe et l’Inde évoquons l’exemple de l’entreprise NXP (by Philips) (voir son site officiel : NXP) (il n’est qu’en anglais, chinois, japonais et coréen) qui est une entreprise transnationale spécialisée dans les micro-processeurs. Fondée en 2006  à partir d’une ancienne filiale de Philips (groupe néerlandais ) (on parle de spin-off pour désigner ce processus de scission d’une entreprise). NXP a son  siège social à Eindhoven aux Pays-Bas.  Elle est cotée à la bourse de New-York au NASDAQ depuis 2010 et, suite à de différences opérations financières, emploie aujourd’hui environ 45 000 personnes à travers le monde (Elle a racheté en 2016 un concurrent américain dans le même secteur Freescale qui est aussi un  spin-off de Motorola) et a failli être rachetée en 2018 par un géant américain du même secteur Qualcomm mais l’opération a finalement échoué.

Parmi ses différentes localisations NXP occupe un site à Caen (Normandie) installé sur un technopôle construit en 2007 (EffiScience qui  occupe l’ancien site des hauts fourneaux de la Société Métallurgique de Normandie). Ce site de Caen emploie un peu plus de 300 personnes. Il est consacré à la « R&D » (la Recherche-Développement) et au « support » pour l’Europe (ce terme désigne les activités tertiaires qui permettent aux spécialistes d’une entreprise de se consacrer à leur cœur de métier -ici inventer, fabriquer et vendre des micro-processeurs performants- en les déchargeant de tâches néanmoins nécessaire : gérer les achats, les salaires, les impôts, la comptabilité…).

La comptabilité d’NXP Europe était en partie confiée à des entreprises de BPO à Chennai... jusqu’au moment où les inondations catastrophiques de novembre-décembre  2015 ont fait prendre conscience de l’apparente vulnérabilité d’un tel modèle. Plus moyen de communiquer pendant quelques jours… en réalité, les interlocuteurs de Chennai avaient surtout un problème pour recharger leur téléphone portable faute d’électricité et appeler l’Europe. Car finalement, dans le monde d’Internet, les données ne sont pas coincées dans les terminaux d’ordinateurs situés à un endroit précis du monde (Chennai potentiellement sous les eaux) mais dans un réseau avec de multiples lieux de stockages dans les grands data-centers.

aéroport de Chennai submergé en 2015.jpg

L’aéroport de Chennai après les  inondations exceptionnelles de novembre-décembre 2015 liées aux pluies de mousson sur cette côte du Sud-est de l’Inde

En conclusion, ce petit article qui était juste parti du lycée de Pondichéry, nous a entraîné vers de nombreux thèmes que brassent nos programmes d’histoire-géographie : la mondialisation et ses débuts (avec ces grandes compagnies des Indes -anglaise, hollandaise, française- du XVIIe, le commerce international des étoffes) et jusqu’au capitalisme financier du XXIe siècle avec ses termes anglo-saxons (BPO/ITO, spin-off, data-centers) qu’on n’a pas pris le temps de traduire en français sans oublier les aspects climatiques et agricoles qui sont trop souvent sous-estimés.

Nous aurions donc bien tort d’oublier l’existence de Pondichéry qui, pour des Français et francophones, reste notre petit point privilégié d’entrée vers la découverte des réalités indiennes d’aujourd’hui.

 

Pour travailler avec des TICE :

Fichiers utilisables (graphiques, cartes) : Pondichéry et Inde graphique tableau carte CLG 2019 (word) et fichiers Excel pour travailler sur des graphiques : Inde Etats et territoires et Pondichery climat

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