La Charente-Maritime, ses intercommunalités et l’organisation de son territoire

Quelques données sur le département où j’enseigne (la Charente-Maritime) pour tenter de faire comprendre les enjeux des intercommunalités dans un département où le littoral attire une population de plus en plus nombreuse et mise sur le tourisme tandis que  l’intérieur est plus rural et se dépeuple. A partir de cela on a aussi de nombreux éléments pour construire un croquis de synthèse et comprendre la géographie électorale du département.

La Charente-Maritime : un département littoral à la configuration biscornue dont la préfecture, La Rochelle est très excentrée.

Voici la carte qu’en propose l’Encyclopédie Larousse :

carte-larousse-charente-maritime

La carte de Charente-Maritime de l’Encyclopédie Larousse (on trouve en ligne tous les départements français avec la même facture)

Cette  carte de facture classique (avec une échelle) présente le cadre naturel (littoral, cours d’eau,  topographie) ;  le département dans son environnement régional (départements limitrophes) ; le réseau de transports (autoroutes, routes, voies ferrées, aéroport) et les villes (avec leur taille et leur fonction administrative).

Mais elle ne permet pas d’imaginer la répartition de la population ni les principales activités économiques.

Un léger « dézoomage » aurait permis de localiser la ville de Bordeaux (au Sud) qui se trouve beaucoup plus proche que La Rochelle pour les habitants du Sud du département.

Une forme  curieuse pour la Charente-Inférieure et un chef-lieu introuvable ?

Ce département est né à La Révolution sous le nom de Charente-Inférieure en regroupant principalement deux « pays » : l’Aunis (autour de La Rochelle) et la Saintonge (autour de Saintes). Mais on constate qu’il incorpore également une partie du Marais Poitevin dont les autres parties se trouvent dans les Deux-Sèvres et en Vendée. La région d’Aulnay, au Nord-est était auparavant rattachée au Poitou.

Le département a d’abord été baptisé Aunis-et-Saintonge avant de recevoir le nom de Charente-Inférieure. Trois villes se disputaient le chef-lieu : La Rochelle, Saintes et Saint-Jean-d’Angely. On a commencé par imaginer une préfecture tournante avant de choisir Saintes… puis de transférer ce chef-lieu définitivement à La Rochelle en 1810.

Cette situation de chef-lieu de département excentré est assez rare en France et n’intervient que dans les départements littoraux. La plupart des départements de l’intérieur ont une forme ramassée et le choix du chef-lieu va de soi : c’est le cas de Poitiers au cœur de la Vienne.

Exceptionnellement, dans les départements littoraux dont l’activité est résolument liée à l’océan, le problème s’est posé et a été diversement résolu :

  • La Manche a pour préfecture Saint-Lô  (aire urbaine de 50 000 habitants) au cœur du Bocage alors que Cherbourg, dans le Nord-Cotentin, avec son port militaire et de commerce en est le pôle urbain le plus important et le plus actif (plus de 115 000 habitants pour l’aire urbaine).
  • Le Finistère a pour préfecture Quimper (aire urbaine de 125 000 habitants) alors même que le port militaire de Brest est un pôle démographique et  économique plus important (aire urbaine de 300 000 habitants) et justifie la présence  d’une Université et d’un CHU.
  • Le Var, lui, a transféré en 1974 sa minuscule préfecture de Draguignan (aire urbaine de moins de 110 000 habitants) à Toulon (aire urbaine de plus de 600 000 habitants) symbolisant le fait que l’activité économique du département est liée à l’activité autour de la base militaire de Toulon et au tourisme balnéaire sur cette côte d’Azur.

Pour la Charente-Maritime, on pourrait imaginer qu’administrer l’arrondissement de Jonzac depuis Bordeaux serait plus pratique. Mais ce serait toucher au découpage des départements, cette circonscription apparemment intouchable, depuis deux cents ans !

5 arrondissements et 6 villes principales

les 5 sous préfectures du 17.PNG

Cette petite carte de repérage place les 6 villes principales du département : la préfecture (La Rochelle), les sous-préfectures des 4 autres arrondissements (Saintes, Rochefort, Saint-Jean d’Angély et Jonzac) et la ville de Royan (station balnéaire plus peuplée que Jonzac)

Des densités très inégales à travers le département

densités Charente-Maritime.jpg

Capture écran sur un extrait de la carte des densités en Poitou-Charentes (site Sigena)

J’ai fini par trouver (difficilement) sur le portail Pégase une carte de densité à l’échelle du Poitou-Charentes : elle est parfaite !

Avec une source fiable, un titre, une orientation, une légende, une échelle,  (le fameux « TOLE » que nous répétons à nos collégiens et que nos lycéens font mine d’avoir oublié !), réalisée par un cartographe qui maîtrise la sémiologie graphique et maîtrise un outil performant

Bref tout ce qu’on attend nous les professeurs d’Histoire-Géographie d’une carte avec laquelle nous pouvons travailler avec des élèves… sauf qu’elle est fournie en PDf et ne peut donc s’afficher directement. En voici un extrait (où l’on n’a donc plus ni la légende, ni l’échelle).

Il y a 5 classes de densités (moins de 25 hab/km² (jaune) ; 25-45 (orangé) ; 45-80 (orange) ; 80-300 (magenta) ; plus de 300 (magenta intense)

Malheureusement ces cartes essentielles sont noyées parmi des centaines d’autres sur Internet et également sur ce site institutionnel de Pégase où elles sont rangées par rubrique.

Des intercommunalités récemment redécoupées

carte intercommunalité 17.PNG

Capture écran d’une carte des intercommunalités qu’on retrouve sur le site Sigena

tableau intercommunalités en Charente MaritimeLe tableau précédent présente les  4 communautés d’agglomération et 9 communautés de communes présentes en Charente-Maritime. Il porte sur des années de 2013 (ce qui explique le total de 472 communes à l’époque aujourd’hui il n’y en a plus que 469 aujourd’hui).

Elles sont classées par poids démographique décroissant en distinguant les 4 communautés d’agglomération (La Rochelle, Royan, Rochefort et Saintes) puis les 9 communautés de communes.

La colonne des densités fait clairement apparaitre le vide de l’intérieur (densités inférieures à 40 habitants au km²) qui a conduit 123 communes de Haute Saintonge (autour de Jonzac 3 500 habitants) et 131 communes des Vals de Saintonge (autour de Saint-Jean-d’Angély 7 300 habitants) à se regrouper dans une communauté de communes aussi importante qui leur confère un poids démographique dépassant 50 000 habitants.

A l’inverse la CC du Canton de Gemozac et de la Saintonge viticole (autour de Gémozac 2 800 habitants) ne regroupe que 16 communes et un peu moins de 14 000 habitants, celle de Charente-Arnoult-Cœur de Saintonge (autour de Saint Porchaire 1900 habitants) un peu plus de 16 000 habitants.

Cette faiblesse démographique explique le projet de fusion de ces deux CC pris par arrêté préfectoral en juin 2016 qui devait entre en vigueur au 1er juillet 2017 : comme elle ne sont pas limitrophes, il a été préconisé d’arracher à la CARA (Communauté d’Agglomération Royan Atlantique), la commune la Saint-Romain-de-Benet.

Cependant, à la fin de l’année 2016 le projet semblait remis aux calendes grecques, l’arrêté préfectoral ayant été suspendu par le tribunal administratif.

Intercommunalités en Charente Maritime.PNG

Pour aller plus loin :

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