Construire une légende de croquis de synthèse pour réfléchir et mémoriser un sujet : l’exemple du continent africain

A l’approche du Bac et alors que mes élèves de Terminale commencent à être un peu mieux débrouillés en cartographie, voici un essai de construction de légende pour réaliser un croquis de synthèse sur « le Continent africain face au développement et à la mondialisation« .

L’idée est de faire comprendre la démarche de l’organisation de la légende, l’existence de « beaucoup de blabla » dans la légende (et non d’un seul mot) et notamment dans le choix des titres de parties et dans le descriptif de chaque figuré.

Les commentaires sont en italiques en bleu et le croquis n’a pas été réalisé… car il est intéressant d’essayer de voir ce que cela donne et d’ensuite le simplifier en acceptant d’enlever certains éléments… c’est-à-dire exactement ce que nos élèves n’ont pas envie de faire ! Ils aimeraient du prêt-à-l’emploi… mais cela n’existe pas avec le croquis de synthèse. L‘intérêt n’est pas tant dans le résultat que dans la démarche.

Cette manière de faire permet aussi d’apprendre efficacement son cours. Car ce plan de croquis est quasiment le même qu’on pourrait faire dans une composition… sauf qu’on rajoutera dans la composition une sous-partie sur l’histoire récente du continent (colonisation, décolonisation et fragmentation politique).

Voir aussi l’article Du Liban à l’Afrique le sujet qu’on n’attendait pas

Proposition de légende de croquis commentée

Le continent africain face au développement et à la mondialisation

I. Un continent de 30 millions de km² aux milieux d’une grande diversité et présentant des ressources convoitées

A. Une gamme diverse de milieux et de potentiels agricoles

Il semble impossible d’évoquer le développement d’un continent encore essentiellement rural sans parler de la diversité des milieux qui doivent apparaître en arrière-plan en coloriage au crayon

  • milieux méditerranéens (favorables à une agriculture intensive irriguée) (orange sur la frange littorale du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie + pointe de l’Afrique du Sud)
  • déserts (traditionnellement territoires de nomadisme) (jaune : Sahara et déserts du Namib et du Kalahari)
  • savanes (agriculture traditionnelle peu productive, élevage) (reste de la carte sauf le golfe de Guinée)
  • forêts tropicales (agriculture traditionnelle peu productive + cultures commerciales exportatrices –café, cacao, hévéa, palmier à huile) (golfe de Guinée)

On simplifie ainsi la carte des milieux du livre en supprimant les régions de haute montagne, marginales en Afrique et en ne s’occupant pas des « steppes » milieux semi-désertiques

B. Des ressources minières et énergétiques très inégalement réparties

On va mettre des figurés ponctuels (trait fin noir pour le contour, coloriage feutre vif losange qui évoque la forme d’un cristal)

  • hydrocarbures (violet Algérie, Libye, Soudan et Soudan du Sud ; en off-shore :Nigeria Gabon, Congo, Angola))
  • minerais (fer, cuivre, uranium) (rose Uranium du Niger ; Cuivre et autres Zambie, Namibie, Congo ; Fer Mauritanie)
  • métaux précieux (rouge Afrique du Sud)

En faisant cela on a simplifié et l’on n’a mis ni le charbon d’Afrique du Sud , ni les phosphates du Maroc qu’on pourrait rajouter.

 II. Un continent globalement pauvre, sous-urbanisé en très forte croissance démographique et marqué par l’instabilité politique

A. Une région du « Sud » marquée par le sous-développement mais cependant différenciée

Je me suis appuyée sur une carte de l’IDH mais en présentant les choses un peu différemment : aux 3 catégories de pays se distinguant en fonction de leur IDH je préfère 4 catégories :

  • régions les plus pauvres, les moins alphabétisées, où le niveau sanitaire est catastrophique (IDH faible) tout le continent sauf les pays cités dans les autres catégories)
  • régions encore pauvres, plus alphabétisées, niveau sanitaire meilleur (Maroc, Égypte)
  • régions où la situation est globalement meilleure (Libye, Algérie, Tunisie)
  • régions où une partie de la population a un niveau de développement de pays industrialisé mais où la grande majorité reste touchée par le sous-développement. (Afrique du Sud).

B. De grandes villes en forte croissance démographique principalement en position littorale à la fois pôles de modernité et lieux où la population s’entasse souvent dans d’immenses bidonvilles

J’indique par un cercle au feutre rouge (contour trait noir fin) les plus grandes villes suivantes : Casablanca, Alger, Tunis, Le Caire, Dakar, Abidjan, Lagos, Kinshasa, Khartoum, Addis Abeba, Luanda, Johannesburg, le Cap et Durban.

J’aurai aussi à indiquer le nom des pays correspondant : Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Sénégal, Côte d’Ivoire, Nigeria, Soudan, Éthiopie, Angola, Afrique du Sud.

C. Certaines zones particulièrement instables depuis les Indépendances ou après la fin de la Guerre Froide

principales régions destabilisées

J’entoure avec peut-être des étoiles noires la Somalie (zone de piraterie, l’intérieur du Sahara –zone de terrorisme-, l’Est du Congo –guerre civile larvée-)

III. Un continent encore peu inséré dans la mondialisation

A. Une limite « Nord »/ »Sud » qui passe au nord de l’Afrique et à l’origine de migrations importantes

  • limite « Nord »/ »Sud » (trait feutre rouge au niveau du détroit de Gibraltar et passant près de Malte -île italienne de Lampedusa-)
  • flux migratoires (notamment clandestins) vers l’Union Européenne (flèches vers l’Espagne et dans la Méditerranée)
  • flux migratoires vers les régions les plus actives du continent (flèches vers l’Afrique du Sud, le Nigeria depuis les pays voisins)

B. Des régions convoitées par les investisseurs étrangers et des ports importants

  • Présence d’investissements étrangers notamment chinois et indiens

Je propose d’entourer en rouge les endroits où l’on a placé des figurés représentant les hydrocarbures et minerais sauf ceux d’Afrique du Sud qui sont exploités par le pays lui-même (ce qui est un des éléments qui fonde sa qualité de « pays émergent ») et en pointillé des régions où l’on observe du « land-grabing » et de nouveaux projets d’investissements chinois.

  • Des ports qui prennent de l’importance dans les flux mondiaux

Placer des triangles bleus sur Durban et Le Cap en Afrique du Sud (situés sur une route maritime majeure), un port au débouché du canal de Suez (Port Saïd), un autre au niveau du détroit de Gibraltar (Tanger) et éventuellement en plus (mais moins importants Dakar, Abidjan, Lagos)

B. Une inégale intégration du continent à la mondialisation

Je propose pour cette partie d’entourer les régions correspondantes par un trait épais au feutre

  • pays marginalisés par leur situation géopolitique (un trait noir avec des crochets à l’intérieur suggérant leur enfermement)
  • des PMA en difficulté mais potentiellement engagés dans la voie du développement (entourer de vert foncé le continent Madagascar compris sauf les pays cités dans les autres catégories)
  • des régions intermédiaires intimement liées à l’Europe (toute l’Afrique du Nord à entourer de vert clair)
  • une nouvelle puissance régionale émergente (l’Afrique du Sud à entourer d’orange)

Au final ce croquis de synthèse présente une vision relativement optimiste  sur l’évolution à venir du continent africain. S’il montre l’ampleur du sous développement et il insiste aussi sur l’intégration à la mondialisation et les progrès en cours davantage que sur l’instabilité politique. Si l’on veut présenter une vision moins optimiste des choses on peut cartographier les choses en attirant l’œil de manière plus forte sur les zones d’instabilité.

La carte n’est donc jamais un document NEUTRE. C’est pour cela qu’un des exercices qui peut vous être proposé au Bac est l’analyse critique de carte qui nous pose une double question :

  • Quel était le message que voulait faire passer le cartographe ?
  • Comment a-t-il utilisé les moyens techniques à sa disposition pour le faire ?

 

Est-ce trop compliqué ?

Le vrai problème de logique que pose cette proposition de légende est qu’il faut utiliser un figuré de surface à la fois pour le :

  • I A (les milieux)
  • le II A (l’inégal développement)
  • le III B (typologie du niveau d’intégration dans la mondialisation).

Or je n’ai encore rien suggéré comme figuré pour le II A. Or l’on ne plus colorier au crayon (cela a été fait pour les milieux -orange, jaune, vert clair et vert foncée), l’on ne peut plus entourer au feutre (c’est ce qu’on fait dans le III B)…

Il  ne nous reste plus que ce que j’appelle les  « trames » (semis de points, de croix, de traits… rapides à réaliser parmi lesquelles on a a les hachures que je déconseille d’habitude (nos élèves ne sont pas assez rapides et soigneux pour que ces hachures aient l’effet visuel escompté).

Mais, sur ce croquis précis, il me semble que l’on pourrait choisir des hachures verticales au feutre fin du même écartement sur toute la carte (à peu près un centimètre ) :

  • vert foncé pour les PMA,
  • vert foncé pointillé
  • vert clair
  • vert clair alterné avec orange (pour l’Afrique du Sud).

Quel résultat ?

Ainsi si l’on tente de réaliser ce croquis en suivant ces idées, on devrait découvrir que les coloris qui occupent le plus d’espace sur cette carte d’Afrique sont dans les verts…sauf les lieux particuliers où la mondialisation est active où l’on va retrouver des couleurs chaudes

C’est fait exprès ! Dans ma typologie sur l’inégale intégration des territoires dans la mondialisation (voir l’article Pondichéry et les Internautes, j’avais déjà choisi de mettre les pays du « Nord » dans des couleurs chaudes et ceux du « Sud » dans des couleurs froides.

Conclusion provisoire

Une fois qu’on a réalisé un tel croquis, on n’est jamais satisfait du résultat… mais, au moins, on est capable de se décider quels figurés l’on ne voudra pas sacrifier si l’on est amené à simplifier encore.

Personnellement il me semble qu’il n’est pas possible, quand on évoque l’évolution du continent africain, de faire comme si les problèmes de développement se posaient de la même manière dans le désert du Sahara, dans la forêt congolaise ou dans les savanes du Kenya… qui sont certes toutes les trois des régions de l’intérieur du continent, loin des grands flux maritimes de la mondialisation.

Faire une géographie de l’Afrique sans placer les grandes limites climatiques sur le fond de carte (l’équateur et les deux tropiques) et sans mettre en arrière-plan les milieux me semble absurde. C’est faire une géographie abstraite qui ne permet pas de comprendre le fond des problèmes.

 

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