Bonne année 2019 et bonne réforme du Bac ?

En ce lundi 7 janvier où nous nous retrouvons en pleine forme devant nos élèves, je vous adresse, au nom du bureau de l’APHG Poitou-Charentes mes meilleurs vœux pour l’année 2019.

Je vous invite aussi à suivre notre blog et notamment les onglets Actualités et événements et Ressources pédagogiques.

Mais je me permets également de partager ces quelques réflexions personnelles sur l’évolution de notre métier et la future réforme du Bac. 

D’un côté les plus âgés d’entre nous (dont je fais partie) en ont vu défiler des réformes !… En fonctionnaires consciencieux nous les avons appliquées dans la mesure de nos moyens. En quoi celle qui s’annonce serait-elle si différente ?

Pourtant, ce qui me préoccupe est complexe : je suis très consciente des nombreuses difficultés du système scolaire actuel dans lequel nous travaillons mais non de son « dysfonctionnement ».

Car, dans l’ensemble, vu de l’extérieur, notre système scolaire fonctionne !

Les professeurs sont qualifiés, payés en temps et en heure ; les élèves sont en classe, ont des emplois du temps organisés, leurs absences et retards sont contrôlés, leurs manquements graves à la discipline sanctionnés, ils font des « évaluations », ont des notes ; les professeurs reçoivent les parents, les examens sont organisés et se déroulent d’une manière extraordinairement fluide, l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur fonctionne… bref toute la gestion administrative de notre système scolaire est remarquable pour un système qui gère autant d’élèves, de professeurs et d’autres personnels.

Certes les médias ne parlent uniquement de ce qui ne va pas et ne se parlent jamais des plus de 12 millions d’élèves et des plus de 800 000 professeurs qui, chaque jour de classe, sont en train de vaquer, relativement tranquillement, à leurs occupations.

Sauf que… L’on a peut-être un peu perdu le sens de tout cela. Cette énorme logistique, qui fonctionne de la même manière d’un bout à l’autre du pays, gère pourtant des réalités humaines extrêmement disparates : élèves, professeurs, environnements géographiques.

Elle peut donner l’illusion que deux établissements qui préparent les mêmes examens, deux professeurs qui ont été reçus au même concours, deux élèves qui ont le même diplôme peuvent être équivalents… ce qui est totalement faux… Nous le savons nous qui travaillons à l’intérieur du système. Mais, au moins, l’illusion est en partie entretenue avec nos concours nationaux, nos programmes nationaux, notre examen national du Bac.

Or la réforme du Bac telle qu’elle est annoncée rendra à mon sens le fonctionnement beaucoup plus compliqué qu’il n’est déjà, sans forcément améliorer sensiblement la formation de nos lycéens. Elle va mettre davantage en concurrence les établissements scolaires, les collègues des différentes disciplines et les élèves… c’est-à-dire générer une compétition à l’intérieur de nos établissements qui, à mon sens, devraient justement être des cocons protecteurs où l’on s’entraîne à survivre et à réfléchir à la compétition du monde mondialisé.

Je dis « y survivre » et non « y briller » car, personnellement, les éphémères vedettes du monde mondialisé ne me semblent pas des exemples pour notre jeunesse : mettre en avant des gens excessivement payés dans des domaines excessivement spéculatifs, peu durables et ultra médiatisés n’est pas forcément une bonne manière de mettre notre jeunesse en mouvement !

L’essentiel de notre système économique et social fonctionne avec des gens qui gagnent relativement peu, acceptent de remplir des tâches relativement ingrates et répétitives (car il n’y pas moyen de faire autrement dans n’importe quelle société) mais souvent les font correctement, dans des domaines dont la rentabilité n’est pas spéculative mais qui sont plus durables et sans qu’ils ne soient médiatisés. C’est vers ces domaines que devront s’orienter nos élèves et ils ne le pourront que s’ils sont bien outillés pour.

Dans le système actuel et à venir ce qui me chagrine est le saupoudrage de matières dès le collège et celui de nombreuses matières et options  au lycée sous prétexte « d’égalité des chances » et  « choix ». Un tel système est si compliqué qu’il est incompréhensible pour de nombreuses familles.

Cette offre aux multiples menus contribue à faire miroiter à certains élèves des études longues et coûteuses pour leurs parents, études dans lesquelles ils seront en échec rapidement à force de leur demander des choses trop ambitieuses, trop abstraites sur des matières pointues sans avoir suffisamment insisté en amont sur les fondamentaux, ceux qui permettent ensuite à un adulte en formation continue d’évoluer tout au long de sa vie à la fois dans son parcours professionnel mais aussi dans son ouverture culturelle.

C’est là que doit être notre ambition : qu’un adulte quadra-, quinqua- voire sexagénaire puisse retourner en formation avec profit et ne pas devoir moisir à cet âge dans des métiers qui esquintent son corps et lui font perdre toute envie d’aller de l’avant.

Pour cela il est nécessaire d’avoir appris à l’école, au collège puis au lycée à « faire les choses proprement » si je peux m’exprimer ainsi : bien écrire, bien dessiner, c’est-à-dire en s’appliquant, en répétant ces gestes de motricité fine qui serviront aussi dans de nombreuses activités manuelles voire dans de nombreux métiers manuels.

Il est aussi nécessaire de savoir manier des chiffres, de faire des calculs simples et de savoir résoudre des problèmes nécessitant d’utiliser des raisonnements rationnels, car de nombreuses activités dans un pays industrialisé développé comme le nôtre ne fonctionnent qu’en appliquant de manière logique et rigoureuse des procédures rationnelles et non en faisant appel à des formules magiques incantatoires, des opinions ou convictions personnelles.

Il est également nécessaire de bien s’approprier sa langue maternelle qui est le sésame  permettant ensuite d’accéder à une connaissance plus vaste. Savoir la parler, la lire et l’écrire. Tant pis si,  à l’école et au collège, on ne fait ni « physique », ni « technologie », ni « SVT », ni aucune matière spécifique… et si on se contente de lire et d’écrire des textes divers, d’aborder des thématiques diverses qui apprennent du vocabulaire et des tournures de phrases. Il sera bien temps de se mettre vraiment à la chimie, à l’électronique, à l’économie ou n’importe quoi d’autres quand on sera lycéen, étudiant voire beaucoup plus tard.

Quant aux langues étrangères, elles me semblent davantage devoir être utilisées comme un outil d’ouverture culturelle et un outil pour mieux s’approprier sa propre langue que comme un moyen de communiquer avec autrui, ce qu’elle ne pourront être que bien plus tard et moyennant de considérables efforts, efforts que peu d’élèves et d’adultes sont prêts à faire s’ils n’en ont pas une utilité dans leur vie courante ou professionnelle.

Mais notre matière (l’histoire-géographie) est pour moi différente : elle n’est pas un outil pour accéder à d’autres contenus, son contenu représente une fin en soi : un futur citoyen de démocratie doit comprendre dans quel monde il vit (c’est l’objet de la géographie) et de quel monde il vient (c’est celui de l’histoire). Il a besoin dans ce domaine d’avoir en tête un cadre général, assez simple peut-être, mais répété et mémorisé, un cadre à partir duquel il pourra réfléchir sur la manière de vivre dans le monde d’aujourd’hui et d’inventer le monde de demain.

C’est pourquoi notre mission comme professeurs d’histoire-géographie dans cette nouvelle réforme du Bac risque d’être difficile : les adolescents qui sont face à nous maîtrisent insuffisamment leur langue maternelle ;  ils imaginent que la profusion d’informations disponibles sur leurs téléphones portables rend inutiles nos apprentissages « à l’ancienne » comme celui d’apprendre à vérifier et trier cette information pour pouvoir la rendre compréhensible, l’utiliser et la transmettre par oral ou par écrit. Ils imaginent aussi qu’aucune mémorisation n’est plus nécessaire puisqu’en tout lieu et en tout temps, on peut avoir accès à cette information.

C. Le Guillou-Porquet Agrégée de Géographie, Présidente APHG Poitou-Charentes

 

 

 

 

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