Le Centre minier de Faymoreau (Sud Vendée) : une sortie pédagogique à recommander

A l’occasion de la fin de l’année scolaire le bureau de l’APHG Poitou-Charentes avait choisi de délocaliser sa réunion hors de Niort, barycentre de l’académie de Poitiers et de notre régionale imaginant une incursion en Vendée.

Coron de Faymoreau haute terrasse.jpg

Les corons de Faymoreau (haute terrasse)

L’idée retenue a été d’en profiter pour visiter le Centre minier de Faymoreau (Vendée) qui justement rouvrait ses portes ce samedi 30 juin 2018 après avoir remis à neuf le musée consacré à l’exploitation du charbon, un site de visite pédagogique très pratique et très proche pour les collégiens des Deux-Sèvres sauf qu’il se situe de l’autre côté de la frontière… à 2 km seulement côté Vendée… et donc dans l’académie de Nantes (ce qui semble poser un problème administratif pour financer le déplacement en car !)

L’occasion d’un article pour présenter Faymoreau et plus largement offrir quelques documents (photo, cartes, graphique…) et ressources pédagogiques (liens vers d’autres sites et articles de vulgarisation) pour traiter de la thématique des mines en France, thématique  sur laquelle les ressources sont innombrables.

Qu’est-ce que Faymoreau ?

Un village du Sud-Vendée dont la vie a été totalement bouleversée à partir du début du XIX e siècle et jusqu’en 1958  par la mise en exploitation d’un gisement de charbon.

La courbe de l’évolution démographique peut-en témoigner.

population Faymoreau.jpg

L’évolution de la population de Faymoreau (Vendée) depuis la Révolution Source : Recensements de la population ; graphique CLG APHG 2018

La population actuelle est d’un peu plus de 200 habitants : c’était le cas également en 1800. Mais entre les deux, elle est montée jusqu’à près de 1200 habitants  en 1876, a été divisée par 2, retombant à environ 600 puis a connu un nouveau boom jusqu’à atteindre 900 habitants à la fin de la Seconde Guerre mondiale avant de décliner rapidement.

Pourquoi un gisement de charbon dans cette région ?

Rappelons que les gisements de charbon que nous trouvons en France correspondent à des roches primaires du carbonifère (un étage du Paléozoïque -ou ère primaire- qui est justement l’ère géologique des roches constituant le  Massif armoricain qui affleure au nord du marais poitevin dans cette région du Sud de la Vendée.

On observe une faille importante orientée Ouest-Nord Ouest/Sud-Est-Est sur 120 km depuis le lac de Grand Lieu (en Loire Atlantique), jusqu’à Faymoreau (Vendée) et Saint-Laurs (Deux-Sèvres)  et renferme du charbon.

Pour visualiser l’environnement régional cette carte ancienne (1979) m’a semblé pertinente (même si son échelle 1/1000 000 n’a de sens que quand la feuille de papier correspondante est du A4… d’où l’intérêt aujourd’hui de systématiquement remplacer une échelle numérique par une échelle sous forme de règle)

carte massif minier VEndée.jpg

Une carte tirée d’un rapport du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) de 1979 qui fait un long rapport  (149  p)sur les ressources en charbon de la région, revient sur leur exploitation et  s’interroge sur leur potentiel pour l’avenir. 

On se rend ainsi compte qu’il existe d’autres petits bassins miniers dans le Sud du Massif armoricain orientés également sur des failles de même direction.

Mais les gisements de charbon qui ont été les plus productifs depuis les débuts de la Révolution industrielle se trouvent davantage dans d’autres régions de France : Nord-Pas-de-Calais, Massif Central, Lorraine et Alpes.

Pourquoi la fermeture des mines de charbon à Faymoreau (1958) et en France (2004) ?

L’objectif de ce rapport du BRGM qui a été commandé dans un contexte de crise pétrolière était de s’interroger sur la possibilité éventuelle de réexploiter le charbon dans cette région, d’où l’importance de faire un inventaire des gisements et de leur possibilités actuelles et futures.

Voici comment se conclut l’étude sur le bassin de Faymoreau :

Les seuls gisements dont l’exploitation s’est avérée intéressante sont ceux de St-Laurs et surtout de Faymoreau dans le bassin de Vouvant, mais des profondeurs importantes ont été atteintes dans les deux concessions (325 m à Faymoreau, 425 à St-Laurs),  les réserves les plus faciles à prendre ont donc déjà été extraites. De plus il faut rappeler que l’exploitation de ces gisements s’est faite dans des conditions très difficiles, inacceptables pour la main-d’œuvre actuelle.

Avec des  veines de charbon d’épaisseur aussi faible (inférieure au mètre), la mécanisation n’est pas envisageable. On peut donc considérer que les gisements vendéens sont sans intérêt économique dans la conjoncture actuelle.

p 43 ressources en charbon de la région Pays de la Loire rapport BRGM 1979

La conclusion était donc sans appel. Ce gisement ne correspondait plus à ce qui peut être exploité dans un pays industrialisé développé à la fin du XX e siècle.

Il en est de même ailleurs en France, même si dans les bassins où la mécanisation était davantage possible (par exemple en Lorraine) ou les conditions différentes (ex. exploitation de mines découvertes à Decazeville ou à Gardanne), la fermeture a été plus tardive) ce qui montre la carte suivante :

fermeture des principaux puits.jpg

Une carte sur la fermeture progressive des mines (tirée d’un panneau d’exposition du musée de la Mure) qui permet de localiser l’emplacement des différents musées de la mine

L’univers et le vocabulaire de la mine : une entrée dans le monde industriel du XIX e siècle qui débouche sur une réflexion sur le présent

L’un des intérêts pour nos élèves de visiter le Centre minier de Faymoreau est d’être concrètement confrontés à l’univers et au vocabulaire de la mine : « salle des pendus », « lampisterie », « recette du jour », « recette du fond », « porion », « boiseur »… (on trouvera ici une fiche de vocabulaire détaillée avec toutes les définitions) et de mieux appréhender à travers cet exemple la notion de révolution industrielle et les changements sociaux que cela peut entraîner.

Mais l’objectif est de replacer cela dans un cadre plus général, le cadre français et européen et de sortir du passé pour arriver au XXI e siècle où les mines de charbon (mais aussi de fer, cuivre, bauxite, or, nickel… ) existent toujours.

Car si le mineur-piqueur allongé dans la veine est une figure du passé en France, on n’oubliera pas de rappeler à nos élèves que les conditions d’exploitation minièresdans certains pays du monde (notamment dans les pays en développement mais tout particulièrement en Chine) demeurent aujourd’hui encore extrêmement dangereuses (éboulements, coups de grisous, maladies respiratoires…) ainsi que le rappelle l’actualité quand il y a des catastrophes.

La différence c’est qu’elle sont aujourd’hui couvertes en direct par une surmédiatisation sauf quand il s’agit de la Chine : 11 morts dans un coup de grisou en Ukraine en 2017 ; près de 300 morts dans la mine Soma en Turquie en 2014  mais on se souvient davantage de  33 mineurs restés prisonniers pendant 69 jours à près de 700 m de profondeur dans une mine de cuivre au Chili en 2010.

Ces catastrophes du présent font donc écho à celles du passé.

Le coup de grisou à Faymoreau causant 8 victimes en juillet 1945 est largement oublié : une maquette de chevalement rend hommage aux victimes à quelques mètres des corons.  Un article de 2018 est consacré à ce drame  le site Fragments d’histoire sociale en Pays-de-la-Loire :  Faymoreau-les-mines, une babel ouvrière.

Mais l’explosion survenue à Courrières dans le Nord en 1906  (1100 morts dont 1/3 de moins de 18 ans) reste encore gravée dans la mémoire locale  un siècle après. A l’occasion du 110 e anniversaire de cette catastrophe qui reste la plus meurtrière en Europe,  Le Figaro a remis en ligne l’article qu’il y avait consacré le 11 mars 1906 ce qui permet de découvrir le contexte de l’époque mais aussi la manière d’écrire dans les journaux à une époque où il y a peu d’images (parfois juste le supplément illustré du Petit Journal)

De nombreux musées de la mine en France

Les musées de la mine se sont multipliés ces dernières années un peu partout en France à la fois en raison d’une volonté d’entretenir la mémoire de cette aventure industrielle et à cause du développement d’un tourisme qui vise de plus en plus à « faire vivre » une expérience au visiteur et non simplement lui montrer des lieux et des objets (et de toute l’économie qui en découle avec la présence de boutiques de musée de plus en plus sophistiquées).

Pour nous  professeurs d’histoire, ces musées permettent aux élèves de mettre des images sur la notion de révolution industrielle, mais à partir du moment où l’on a visité l’un de ces sites, qu’il soit modeste comme Faymoreau ou beaucoup plus ambitieux (comme ceux de Lewarde ou Saint-Etienne), découvert une salle des pendus, expérimenté la descente (réelle ou fictive), parcouru une galerie (réelle ou fictive) et vécu une pseudo coup de grisou, le contenu pédagogique est très comparable.

Voici donc des liens vers d’autres sites où l’on peut trouver des ressources pédagogiques intéressantes :

 

Pour aller plus loin sur l’environnement local :

Pour aller plus loin sur la thématique des mines et de l’énergie :

Le blog personnel de Pierre Ratcliffe (ingénieur des mines né en 1935) qui s’intéresse à des tas de sujets de société mais qui a aussi le mérite de faire une veille documentaire sur les mines et l’énergie, sujet qu’il connaît très bien et depuis de longues années mais aussi de proposer des synthèses personnelles très accessibles par exemple sur le charbon ; un lien vers une émission récente (2017) du Dessous des cartes : la fin du charbon ?  avec Emilie Aubry.

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