L’île de Ré, Vauban et l’UNESCO

Après ces articles géographiques sur l’île de Ré et sur un comparatif entre les 2 grandes îles de Charente-Maritime (Ré et Oléron), voici un petit zoom historique sur le « patrimoine Vauban » présent à l’Île de Ré.

Plan St Martin.jpg

Plan datant du début XVIII e siècle  présent au musée Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-Ré : à gauche la Citadelle qui sert aujourd’hui de prison, toute la ville est enserrée dans une vaste enceinte qui permet à toute la population de l’île 16000 personnes (et les troupeaux)  de s’y abriter en cas de siège) ; tiré du site les fortifications de Vauban patrimoine UNESCO

Vauban vous avez dit Vauban ?

(Sébastien Le Prestre de) Vauban (1633-1707) est ce grand architecte de Louis XIV spécialisé dans la construction de places-fortes et la « poliorcétique » (l’art de mener des sièges).

Il est  contemporain du « Roi Soleil » (Louis XIV est né en 1638, monte sur le trône en 1643 et décède en 1715) ce qui permet de pouvoir le situer chronologiquement dans ce XVIIe siècle où nos élèves rencontrent également Lully, Molière, Corneille, Racine et La Fontaine, où l’on construit Versailles mais aussi un certain nombre de places fortes,  à une époque où la France multiplie les guerres avec ses voisins.

La poliorcétique : l’art du siège aux Temps modernes

Au collège et au lycée, nous n’étudions plus du tout l’histoire militaire depuis au moins deux générations  :  nos programmes sont davantage centrés sur une histoire politique, économique et sociale. Les deux seules tactiques militaires encore connues de nos élèves sont la guerre de tranchées pendant la Première Guerre mondiale… et l’attaque du château-fort au Moyen Age !

Mais entre le Moyen Age et le XX e siècle (puissance de l’artillerie et bombardements aériens), se situent les Temps Modernes avec leurs places-fortes et leur art de mener des sièges. Et Vauban est, dans ce domaine, quelqu’un de novateur et de particulièrement actif : un as de la poliorcétique !

Le Cheval de Troie  ou la ruse comme seul moyen de prendre une ville (même mythique) avant l’invention de l’artillerie

Le seul siège que nos élèves connaissent tous est le siège que les Grecs mènent devant Troie et qui est rapporté dans l’Iliade d’Homère. Pour simplifier, la ville de Troie est imprenable à cause de sa situation sur une éminence et de ses épaisses murailles. Les Grecs sont là depuis dix ans  quand, Ulysse utilise la ruse pour pénétrer à l’intérieur avec son fameux cheval de Troie. (d’où la métaphore actuelle de « cheval de Troie » pour désigner ce petit programme insidieusement implanté dans un  ordinateur dans un but malveillant)

La puissance des armes antiques : les flèches des archers, les coups de javelots ou d’épée des vaillants guerriers ne sont d’aucune efficacité face à une ville retranchée derrière ses murailles ! Il faudra des siècles pour que les progrès de l’armement changent la donne. C’est ce que nos élèves de Première comprennent à travers le thème sur la Guerre au XX e siècle. Depuis la Première Guerre mondiale nulle place n’est imprenable dès lors qu’on y met le temps et les moyens technologiques et qu’on entre dans une guerre totale.

Mais, avec l’invention de l’artillerie à la fin du Moyen Age, on entre déjà dans une ère où les places fortes sont susceptibles d’être prises autrement qu’en les affamant et les obligeant à se rendre ou en y pénétrant par ruse. Et cela Vauban le sait pertinemment. Mais un autre élément est à prendre en compte qui permet de comprendre pourquoi néanmoins les places-fortes jouent un rôle majeur

Assiégeants ou assiégés : qui sont les mieux lotis ?

Vauban se situe dans un temps intermédiaire : à une période où l’artillerie née à la fin du Moyen Age ( canons à poudre noire capables de fracasser les murailles des forteresses médiévales) oblige à revoir l’architecture des places-fortes et inventer un système qui éloigne les assaillants, ne leur offre aucune muraille de pierre a attaquer de face… d’où ces systèmes de glacis et de forteresses en étoile qui rendent l’approche des forteresses très difficiles pour les assaillants.

Vauban sait pertinemment que ce  type de forteresse n’est pas invincible pour autant mais qu’elle a le pouvoir de mobiliser beaucoup d’assiégeants -qui se trouvent dans une position inconfortable-

Car il est beaucoup plus confortable d’être un assiégé qu’un assiégeant… à condition d’avoir assez d’eau et de nourriture… et que cela ne dure pas trop longtemps. Car on dort dans des maisons, dans son lit, on peut cuisiner, faire du feu dans la cheminée.

A l’inverse les assiégeants bivouaquent dans la boue en hiver, dans des marécages avec en été des moustiques et tout le lot de maladies qu’on peut récolter quand on entasse des hommes sous la tente dans de telles conditions : paludisme, typhoïde, dysenterie,  typhus… (et encore, le choléra n’est pas encore arrivé en Europe à cette époque… on verra ses ravages pendant la guerre de Crimée -1854-1855 et le siège se Sébastopol- ; la peste n’est pas très présente en France au XVI et XVIIe siècle).

D’où l’idée qu’une place forte bien protégée est susceptible de tenir suffisamment longtemps pour que l’assiégeant se lasse ou préfère négocier. Mais fortifier une ville coûte cher et l’on ne peut pas faire cela partout.

Voilà pourquoi le réseau des forteresses mises en place par Vauban est très élaboré : il va choisir les places à fortifier et démanteler les autres (qui de ce fait si elles sont attaquées devront capituler sans combat puisqu’elles n’ont pas de moyens de défense). Progressivement la frontière nord-est de la France qui était jusqu’à présent un enchevêtrement assez inextricable va devenir la frontière linéaire que nous connaissons aujourd’hui et certaines places-fortes y sont favorisées, tandis que celles qui sont en retrait sont démantelées. Le littoral va également être fortifié.

Il en résulte la carte ci-dessous.

Carte Vauban

Carte des forteresses de Vauban tiré du site Association Vauban

Les plan- reliefs : les SIG d’autrefois ?

Les plans-reliefs sont des maquettes de places fortes, créées à partir de 1668 à l’initiative de Louvois, ministre de la Guerre de Louis XIV. Elles représentaient les villes et la campagnes environnante jusqu’aux limites des portées d’artillerie. et permettaient ainsi de programmer la modification d’ouvrages militaires ou de simuler des sièges. On en trouve une belle collection à Paris au musée de la guerre (situé aux Invalides ) dont celle-ci de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré qui est antérieure à la date où la totalité de l’enceinte est terminée (1685)

plan relief 1681 St MArtin.jpg

Plan-relief de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré en 1681 (Musée des Invalides)

Le classement sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008 de 12 sites majeurs fortifiés par Vauban.

Saint-Martin-de-Ré figure dans cette liste des 12 sites majeurs classés dont l’UNESCO décrit ainsi l’originalité :

L’œuvre de Vauban comprend 12 groupes de bâtiments fortifiés et de constructions le long des frontières nord, est et ouest de la France. Ils constituent les meilleurs exemples du travail de Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707), l’architecte militaire de Louis XIV. Cette série comprend des villes neuves créées ex-nihilo, des citadelles, des enceintes urbaines à bastions et des tours bastionnées. Y figurent aussi des forts de montagne, des forts de côte, une batterie de montagne et deux structures de communication en montagne. Ces sites sont inscrits en tant que témoins de l’apogée de la fortification bastionnée classique, typique de l’architecture militaire occidentale. Vauban a joué un rôle majeur dans l’histoire des fortifications en influençant l’architecture militaire en Europe, mais aussi sur les autres continents jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Pour aller plus loin :

Le site officiel de l’UNESCO sur les 12 sites majeurs Vauban classés en 2008

Les infromations du sites-Vauban.org sur Saint-Martin-de-Ré

Un site article plutôt bien fait sur le Marquis de Vauban (pas trop long, illustré accessible à des collégiens -car tous les sites très officiels sont trop détaillés)

Le site officiel du Musée Ernest Cognacq à Saint-Martin-de-Ré  qui présente d’intéressantes ressources pédagogiques. (Ce musée est installé dans le centre-ville de Saint-Martin dans l’hôtel de Clergotte (avec une aile moderne inaugurée en 2006). Le musée tire son nom d’un illustre natif de Saint-Martin-de-Ré, fondateur au XIX avec sa femme (née Jay) du grand magasin parisien La Samaritaine (les gens de plus de 50 ans connaissent tous la rue Cognacq-Jay à Paris où se trouvaient les studios de télévision d’où la fameuse expression « A vous  Cognac-Jay » quand le reporter rendait l’antenne au présentateur du JT). Ernest Cognacq qui n’avait pas d’héritier a cédé une de ses propriétés à Saint-Martin (l’hôtel des Cadets Gentilhommes qui est devenu la mairie et le premier musée de la ville). Logiquement lors du transfert transfert de ce musée à l’hôtel de Clerjotte en 1969, il est baptisé Ernest Cognacq).

 

 

 

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