L’Île de Ré : petite étude de cas

L’Île de Ré  est cette autre « grande » île (84 km², 32 km de long et jusqu’à 5 km de large) avec un peu moins de 18 000 habitants qui borde le littoral charentais et qui est un peu la  « jumelle » de celle d’Oléron comme nous l’avons montré dans un article précédent (voir notamment le tableau comparatif)

L’idée de ce nouvel article est de nous interroger sur le fonctionnement d’une île qui n’en est plus vraiment une depuis que le pont existe (1988)  en proposant quelques documents utilisables en classe (croquis, graphique, tableau) qui permettent d’argumenter (voir en fin d’article les fichiers correspondants).

Croquis repérage Ré.jpg

Un croquis de repérage (voir fichier en fin d’article) CLG APHG 2018

Le pont à péage de l’Île de Ré : filtre socio-économique  ?

Il s’agit d’un ouvrage d’art important à l’échelle française : 2 962 m de long avec un tablier à 42 m.  Inauguré en 1988,  ce pont a remplacé le bac qui assurait antérieurement la navette depuis le port de La Rochelle  A l’origine il a été conçu comme un pont à péage, le temps de financer sa construction. A l’issue du remboursement en 2012, il a été décidé que le péage continuerait et serait désormais affecté à la protection de l’île.

pont de île de Ré.jpg

Le pont de l’Île de Ré inauguré en 1988 photographié en direction de La Rochelle. On voit à droite l’ancien embarcadère du  bac  qui desservait  l’île. A l’arrière-plan, le port de commerce de La Pallice et l’agglomération rochelaise. Sur la gauche l’espace non bâti correspond à l’aéroport de La Rochelle-Laleu.

Le coût du péage est conséquent (16 Euros en été pour une voiture, 8 Euros hors saison sans abonnement) avec la volonté d’éviter ainsi que les Rochelais modestes ne viennent en été encombrer les routes de l’île pour deux heures de baignade sur les plages de l’île… qui sont beaucoup plus attrayantes que les plages du littoral  autour de La Rochelle (inutilisables à marée basse à cause de la vase) .

Effectivement l’exiguïté de l’île et la pression foncière ces vingt dernières (justement depuis la construction du pont) liée à la fois aux résidents secondaires aisés et aux résidents permanents travaillant sur La Rochelle a conduit à une forme de « gentrification » de cette île, qui n’était, au moment de la massification du tourisme,  qu’une île modeste avec quelques ostréiculteurs et paysans et une destination balnéaire parmi d’autres sur le littoral atlantique avec quelques campings, quelques meublés. Une île où l’on pouvait acquérir une petite maison de pêcheurs sans débourser des millions compte tenu de la décroissance démographique.

La population actuelle

Carte Ré population.jpg

La répartition actuelle de la population permanente de l’Île de Ré fait apparaître une opposition entre les 5 communes peuplées du Sud-Est de l’Île (qui servent en partie de banlieue-dortoir aisée pour La Rochelle) et les 5 petites communes du Nord-Ouest de l’île trop éloignées du pont

 

Communauté de Communes Ré.jpg

Les 9 communes de l’Île-de-Ré (population INSEE 2015)

L’évolution de la population de l’Île de Ré

Le graphique qui suit permet d’analyser la situation en comparant l’évolution de 3 communes parmi les 10 de l’île :

  • celle de Saint-Martin qui historiquement a été la commune principale -et donc la plus peuplée- de l’Île (celle qui dans sa forteresse Vauban était sensée abriter les habitants de toute l’île en cas de menace de débarquement) et qui abrite les équipements principaux de l’île pour sa population résidente.
  • celle de Saint-Clément-des Baleines, à l’extrémité Ouest de l’île
  • celle de Sainte-Marie-Rivedoux (la commune de Rivedoux n’a été créée qu’en 1931 à partir d’un écart qui faisait partie de Sainte-Marie).

Les autres communes n’ont pas été représentées pour ne pas alourdir le graphique.

graphique évolution population Ré.jpg

Trois communes, trois évolutions divergentes

De 1876 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la population de l’île de Ré décroit tendanciellement, ce qui est un phénomène général en France dans les régions rurales isolées et pauvres.

Puis, avec l’essor du tourisme de masse, la population permanente cesse de diminuer à partir des années 1950... mais n’augmente pour autant de manière nette sauf dans la commune de Saint-Martin. Mais attention cette commune présente la particularité d’abriter une « Maison Centrale » (c’est-à-dire une prison pour des condamnés à de longues peines qui sont donc comptés comme résidents permanents dans la population de la commune, soit environ 500 personnes et plus de 250 gardiens ; elle constitue le plus gros employeur de l’île). Pendant cette phase on a surtout un afflux de touristes en campings et la construction de résidences secondaires.

Troisième phase avec la construction du pont en 1988 la population permanente double presque dans les communes du Sud-Est de l’île à Rivedoux et Saint-Marie qui deviennent des banlieues-dortoir de La Rochelle  tandis qu’à Saint-Clément des Baleines l' »effet pont » est beaucoup plus limité du fait de l’éloignement (plus de 30 km).

Par contre la population permanente de Saint-Martin stagne voire régresse… ce qui semble paradoxal pour une commune qui n’est qu’à 30 mn de voiture de La Rochelle.

Effectivement la gentrification du centre historique de Saint-Martin y multiplie les résidences secondaires, les petits hôtels de luxe et autres maison d’hôtes y remplaçant l’habitat permanent. La plupart des habitants permanents habitent désormais dans les lotissements pavillonnaires en périphérie du centre historique mais la faible taille de la commune (5 km²) et les emprises considérables des fortifications Vauban (classées au patrimoine de l’UNESCO depuis 2008) y freinent de nouvelles constructions.

St MArtin vue du ciel.jpg

Saint-Martin-de-Ré vue du ciel : l’enceinte fortifiée de Vauban autour de son petit port (de plaisance aujourd’hui) et à gauche l’étoile correspondant à la citadelle (qui abrite une partie de la Maison Centrale, l’autre se trouvant au fond à gauche -long bâtiment dans une enceinte herbeuse). Les  lotissements récents de St-Martin apparaissent à l’arrière-plan sur la gauche. Au fond à gauche la commune de La Flotte. Sur la droite les lotissements du Bois-Plage. On distingue un parcellaire agricole mêlant cultures (notamment primeurs), vignoble et pinèdes.

 

Ré rue Aristide Briand.jpg

Une petite rue du cœur historique de Saint-Martin-de-Ré : un charme bucolique recherché par les résidents secondaires.

Les chassé-croisés sur le pont, marqueurs du  fonctionnement de l’île

Ce fonctionnement explique un chassé-croisé quotidien important sur le pont entre les actifs résidant dans la partie Sud-Est de l’île  qui viennent le matin travailler sur La Rochelle, leurs enfants (lycéens voire collégiens) qui viennent sur le continent et les actifs (notamment saisonniers) qui viennent travailler à l’île de Ré dans le BTP, le commerce mais aussi à la Maison Centrale de Saint-Martin (une partie importante du personnel de cette prison ne réside pas sur place compte-tenu du coût devenu très élevé du logement et réside soit sur l’agglomération de La Rochelle (où les logements sont chers), soit en Vendée.

En période estivale s’ajoutent à ses flux, les pics d’arrivée en début de week-end, les engorgements pour ressortir de l’île en fin de week-end et, de manière moins marquée, en fin de journée ensoleillée. Mais aussi des flux vers La Rochelle pour profiter de ses animations estivales et de ses équipements.

Des infrastructures pour un tourisme qui monte en gamme

camping luxe île de Ré Bois plage.jpg

Camping 5 étoiles (Sunêlia Interlude) au Bois Plage :  même s’il se situe tout près de la plage, on se rend compte que ce très grand camping est organisé autour de sa piscine (chauffée) et de son restaurant et de toutes les animations que peuvent offrir cet espace central. Une part importante de l’hébergement est constitué de bungalows confortables et non simplement d’emplacements pour  tentes, caravanes ou camping-cars.

Ce camping de luxe symbolise une des évolutions actuelles de ce que les professionnels du tourisme  appellent « l’hébergement de plein-air » et qui est pleinement observable à l’Île de Ré mais qu’on retrouve sur tous les littoraux français.

Les tentes et caravanes sont de plus en plus remplacées par des mobil-homes  avec des prestations haut de gamme, éparpillés dans un parc soigné et des équipements piscine (« espace aquatique chauffé »), restaurant, salle de remise en forme…

On  y trouve donc les mêmes éléments que dans les villages de vacances qui sont également présents sur l’île (à l’exception de la restauration collective qui n’est pas incluse dans le prix) avec des activités (piscine, animations, accueil des enfants) comprises dans le tarif.

L’offre touristique s’adapte ainsi à une clientèle qui souhaite aujourd’hui qu’on « l’anime » et ne se contente plus comme il y a une trentaine d’années d’aller de venir dans un camping pour se rendre à la plage, déambuler dans les rues commerçantes pour acheter des babioles ou des glaces, s’arrêter à une terrasse pour boire un verre…

Néanmoins compte-tenu du nombre de campings présents sur l’île (une quarantaine dont une quinzaine au Bois-Plage), on trouve encore un certain nombre de campings aux prestations plus modestes, même si la piscine (souvent chauffée) est quasiment devenue un équipement incontournable, vu la forte concurrence qui s’exerce sur le secteur.

Parallèlement, on voit se développer des centres de thalassothérapie, soit en véritables complexes comme celui d’Atalante à Sainte-Marie (5 hectares), soit de manière plus discrète avec des prestations de « spas »  qui se sont multipliées  dans les hôtels hauts de gamme.

Thalasso Ile de Ré.jpg

Centre de thalassothérapie Atalante à Sainte-Marie-de Ré au bord de l’océan (on aperçoit l’essentiel du bâti de Sainte-Marie  à l’arrière-plan

On pourrait également évoquer la présence d’un golf 9 trous (à Trousse-Chemise à l’extrémité Ouest de l’île ) mais un golf de 18 trous se trouve de l’autre côté du pont (golf de la Prée à Marsilly), plusieurs ports de plaisance (le plus important est celui d’Ars-en-Ré, mais il y a également Saint-Martin, La Flotte, quelques mouillages à Rivedoux… ) sans oublier le port de plaisance de La Rochelle avec ses 5000 anneaux (voir article sur le port des Minimes).

 

L’idée d’un pont à péage qui sert de filtre socio-économique me semble pouvoir se comprendre  ainsi.  Pour les gens modestes, le franchissement du pont est un obstacle qu’ils franchissent rarement (une fois pour venir sur l’île passer une semaine dans un camping et éventuellement une 2e fois s’il pleut pour venir passer une journée à La Rochelle) ; pour les gens relativement modestes qui habitent autour de La Rochelle, le pont est un obstacle qu’on hésite à franchir en voiture (on fait du covoiturage, on y va à vélo, un grand parking est prévu à cet usage près du pont).

Mais  pour les résidents -qui ont la gratuité du pont-, les résidents secondaires -qui ont des abonnements- et les touristes aisés, le franchissement du pont est si régulier que c’est pratiquement comme s’il n’existait pas.  Bel exemple qui montre à quel point la perception d’une distance dépend la capacité qu’on a à pouvoir la franchir régulièrement.

Un autre article sera consacré au patrimoine historique de l’Île de Ré et notamment à ses fortifications Vauban.

Pour aller plus loin :

Pour utiliser et transformer ces documents :

Publicités
Cet article a été publié dans Géographie, Région, Ressources pédagogiques. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s