L’agglomération de Poitiers : un bon exemple pour analyser l’organisation d’une ville moyenne française

Après 3 articles abordant Poitiers sous différents aspects (Le centre-ville de Poitiers : un casse-tête pour les aménageurs du XXI e siècle L’écoquartier des Montgorges à Poitiers ; Grand Poitiers : une nouvelle intercommunalité pour l’agglomération de Poitiers), nous essaierons, dans ce nouvel article, de donner quelques informations  sur les éléments  d’organisation qu’on peut identifier dans l’agglomération de Poitiers  et traduire sur un croquis de synthèse.

nuages mots Poitiers 2.jpeg

 

Nous chercherons pour chaque thématique abordée (risque naturels, quartiers de grands ensembles, quartiers pavillonnaires, zones industrielles, zones commerciales, campus…)  à  proposer un ou deux documents à exploiter avec des élèves (illustration, tableau, film…)

Comment s’organise une agglomération française de taille moyenne ?

Si on simplifie une agglomération française de taille moyenne s’organise autour d’un centre-ville historique, présente des quartiers résidentiels de grands ensembles et de lotissements pavillonnaires qui se sont développés à partir des années 1960 ainsi que des zones commerciales et d’activités.

Dans certaines villes, on a en plus des quartiers industriels et/ou des zones industrialo-portuaires importantes mais, dans un pays comme le nôtre où environ 80% de la population active travaille dans le secteur tertiaire, les agglomérations sont principalement des pôles d’activités et d’emplois tertiaires.

Parfois, et pour des raisons historiques, les militaires  ont découpé de vastes emprises dans la ville : c’est un peu le cas à Poitiers avec la présence de plusieurs casernes enkystées dans le tissu urbain.

Pour des raisons historiques ou naturelles (zones inondables non constructibles), une agglomération présente souvent des parcs et espaces verts non bâtis, notamment le long des rives d’un cours d’eau, ce qui constitue aujourd’hui un atout notable pour l’agrément des citadins.

De plus certaines villes disposent d’atouts particuliers pour attirer les touristes soit en raison de leur environnement naturel et des équipements qu’ils ont développé (littoral à vocation balnéaire, montagne…) ; soit pour des raisons historiques (présence de monuments et de musées) ; soit du fait d’un volontarisme récent qui a poussé à implanter un équipement touristique particulier. (C’est le cas du parc de loisirs du Futuroscope au nord de Poitiers).

Quand il s’agit d’une ville universitaire importante, le campus universitaire lié à un CHU (Centre hospitalier universitaire) y occupe une place majeure dans l’emploi (C’est le cas à Poitiers). Il faut en effet être conscient qu’aujourd’hui les nombreux emplois publics liés à la concentration dans les villes moyennes de services administratifs, d’hôpitaux, de collèges et lycées (et souvent d’Universités) dynamisent l’activité des villes.

Dans toutes les agglomérations on trouve également des zones qui concentrent les activités dont personne ne veut mais qui sont nécessaires au fonctionnement d’une ville et ont, de ce fait, tendance à se regrouper dans un ou plusieurs quartiers « repoussoirs » (usine d’incinération ou de traitement des ordures ménagères, station de traitement des eaux, déchetteries, stockage de matériel divers… voire nouveaux cimetières et aires d’accueil pour les gens du voyage…) On les trouve souvent à proximité d’une zone industrielle, d’une autoroute, d’un aéroport là où existent déjà des nuisances  qui ont empêché la construction de zones d’habitat.

Enfin une agglomération  ne vit pas comme une île déserte au milieu de l’océan mais est reliée à son environnement. Donc il est important de s’intéresser aux  principaux axes (autoroutiers et ferroviaires) qui la relient aux grandes villes dont elle peut dépendre et notamment à Paris. La présence d’un aéroport est également un élément qui permet de comprendre quels  liens directs elle peut entretenir avec des villes plus lointaines.

Comment traduire cela sur un croquis d’organisation ?

Si on résume, un croquis d’organisation d’une agglomération de taille moyenne doit donc réussir à faire apparaître ces différents éléments :

  • le site initial de la ville et ses caractéristiques physiques (présence d’un littoral, de cours d’eau, de reliefs, de zones inondables…)
  • l’espace non bâti (parcs, friches…) et l’espace agricole hors de l’agglomération
  • le centre-ville historique
  • les quartier résidentiels (quartiers de grands ensembles des années 1960,  quartiers pavillonnaires, quartiers au bâti plus hétérogène)
  • les zones d’activités (commerciales, industrielles, industrialo-portuaires, militaires, « repoussoir »…)
  • les grands équipements (CHU, Université…)
  • les infrastructures de transport (axes autoroutiers et échangeurs, rocade, ligne ferroviaire, gare, aéroport)
  • les fronts d’urbanisation, s’il en existe, qui « grignotent » l’espace agricole, comblent les interstices du tissu urbain ou changent l’affectation d’une zone (ex. un ancien terrain militaire transformé en zone d’activité ou en quartier d’habitation).

L’intérêt de travailler au lycée à l’échelle de ces agglomérations françaises de taille moyenne est que leur logique d’organisation demeure assez simple pour un lycéen (voire un collégien), permet de comprendre comment fonctionne une agglomération et quelles sont les questions auxquelles sont  confrontés les gestionnaires des villes.

C’est bien l’approche qui est en filigrane dans notre programme de Géographie de Première à travers la thématique « Comprendre les territoires du quotidien« .

A travers l’exemple d’une ville moyenne, il est ensuite plus facile de passer à la compréhension de l’organisation de villes plus grandes où la situation est plus complexe (comme Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Toulouse) et celle de l’agglomération parisienne.

Cela permet également de s’apercevoir que ce modèle d’organisation ne se retrouve pas exactement de la même manière dans les villes de nos voisins européens, ni dans les villes américaines, les villes des pays émergents ou les mégapoles des PMA mais que les questions rencontrées (logement ; circulation ; réseaux -eau potable, égouts, gaz, électricité, téléphone, Internet-,  équipements scolaires, médicaux, commerciaux, de loisirs ; pollution de l’air et des eaux, traitement des déchets ; emploi ; cohabitation de différentes activités et populations et nécessité d’un arbitrage… ) sont les mêmes partout et que, plus la population est nombreuse, plus les difficultés se retrouvent exacerbées.

Le site et le centre de l’agglomération de Poitiers

Son organisation a fait l’objet d’un article précédent : Le centre-ville de Poitiers

On y insistait sur les difficultés de réaménagement d’un site peu commode (un éperon rocheux entre Clain et Boivre) et l’étroitesse d’un centre-ville qui concentre beaucoup d’équipements tertiaires.

Un élément qui n’y était pas mentionné était le fait que le Clain est susceptible de connaître des crues majeures (la crue centennale de décembre 1982 est restée dans les mémoires : elle avait interrompu la circulation sur la N10 et la voie ferrée). Cela explique que la boucle du Clain en amont de Poitiers constitue un espace non urbanisé . On a ainsi un document intéressant susceptible d’être exploité : Plan de prévention crues du Clain 2014

Le reste de l’agglomération a donc dû « monter à l’assaut » du plateau où se sont développés les quartiers résidentiels de grands ensembles, le campus de l’Université, le CHU, les grands équipements, les zones commerciales et d’activités

Des quartiers de grands ensembles en restructuration : l’exemple de la ZUP des Couronneries

Ces quartiers se sont construits à partir des années 1960 au moment où l’exode rural lié à la modernisation de l’agriculture, au baby boom, à la décolonisation de l’Algérie et à la politique de décentralisation industrielle amènent un afflux massif de nouveaux habitants à loger. Les barres et tours vont se multiplier en périphérie des villes françaises offrant à leurs nouveaux habitants des appartements très confortables pour l’époque (salle de bain, eau chaude, chauffage central) et standardisés.

Le quartier  le plus emblématique de ce type d’urbanisation à Poitiers est la ZUP des Couronneries à l’est du centre-ville, sur le plateau en rive droite du Clain.

Elle a été construite à partir de 1967 et a donc 50 ans. Ce quartier de Poitiers compte actuellement 8 800 habitants. La genèse de ce quartier est décrite dans un article du géographe Jean Robert dans un numéro de la revue Norois de 1970 : Un grand ensemble : la ZUP des Couronneries de Poitiers (cet article ne présente aucune photographie).

ZUP des Couonneries

La ZUP des Couronneries à Poitiers : un type d’urbanisation classique des années 1960 avec tours et barres

Ce quartier est actuellement en cours de restructuration et cumule les difficultés : un bâti qui a vieilli et qu’il faut réhabiliter ; une population très jeune (32% de moins de 15 ans) avec des difficultés scolaires ; un fort taux de chômage ; une grande concentration de population immigrée. D’où une image qui s’est dégradée même si le marché des Couronneries le dimanche est le marché le plus animé de la ville.

D’autres quartiers de grands ensembles existent à Poitiers mais de taille plus restreinte : c’est le cas de Beaulieu, au Sud-est, autour de l’hypermarché Géant. On y compte plus de 5 600 habitants. L’architecture y est un peu plus originale : pas de simples barres et tours mais des immeubles aux formes étagées.

quartier Beaulieu Poitiers

Quartier Beaulieu à Poitiers : des grands ensembles un peu plus originaux par leur forme et leur implantation

Des lotissements pavillonnaires en tache d’huile : les exemples de Buxerolles et Saint-Benoît

L’agglomération de Poitiers est marquée comme les agglomérations françaises de taille similaire par une urbanisation en tache d’huile avec des directions préférentielles à proximité d’axes ou d’équipements particuliers et marquée par la prolifération de lotissements pavillonnaires de différents âges.

La commune de Buxerolles, à l’est de Poitiers, a connu une évolution caractéristique des communes de première couronne : une très forte progression de la population qui a été multipliée par 8. Après guerre c’était encore une commune rurale de 1200 habitants. Face au manque de logements un certain nombre d’ouvriers et d’employés y ont acheté des terrains et fondé une société d’HBM (habitations à bon marché) pour créer la cité des Castors : 150 maisons en pierre de Lavoux (une commune à une vingtaine de km de Poitiers où se trouve une carrrière de pierre calcaire) construite entre 1950 et 1954 avec des emplacements prévus pour installer des équipements collectifs.

maison Castor Buxerolles

Une des maisons de la cité des Castors à Buxerolles datant des années 1950

Aujourd’hui la commune se présente comme un tissu urbain pavillonnaire assez lâche avec quelques équipements sportifs, 2 supermarchés (Leclerc, Intermarché), le complexe de cinémas du CGR. La moitié de l’espace n’est pour autant pas urbanisée (champs,  prairies, bois). La population de Buxerolles est de près de 10 000 habitants ce qui en fait la 2e commune de la communauté urbaine par son poids démographique.

Concernant la commune de Saint Benoît (7 700 habitants), l’inventaire de Poitou-Charentes donne des informations précises sur les vagues de construction des pavillons : Inventaire Poitou-Charentes sur l’agglomération de Poitiers

« Sans compter les logements de cité de Passelourdain (qui a été construite dans les années 1920 à côté de l’usine), 86 maisons sont construites entre 1956 et 1971, 56 entre 1970 et 1980, 29 entre 1980 et 1990 et 103 entre 1990 et 2000, auxquelles il faut ajouter 20 barres d’immeubles sur cette dernière période. »

 

lotissement Saint Benoït 1960

Saint-Benoît (commune limitrophe de Poitiers) : lotissement pavillonnaire à la Guilloterie datant des années 1960

Cet inventaire date de 2005 et n’évoque donc pas les constructions les plus récentes. Actuellement on construit du « petit collectif », tel cet immeuble de 2 étages avec un design moderne proposé par un promoteur privé dans le quartier de la Gibauderie (c’est-à-dire proche de la Faculté de médecine et du CHU) :

programme neuf Saint Benoït Gibauderie

Type d’immeuble  livrable à Saint Benoit (commune limitrophe de Poitiers) fin 2017. Attention il ne s’agit pas d’une photo mais d’un dessin d’architecte en 3D (ce qu’on peut identifier grâce à plusieurs indices : le beau temps, les arbres au printemps, l’éclairage en plein jour mais surtout les habitants fictifs. Deux se promènent, une est assise sur un banc, deux sont au balcon…  tout cela suggérant qu’on y vit paisiblement sans enfants qui piaillent,  sans clôture et sans voiture au milieu de la nature. Un monde idéal en somme ! Derrière cette image on comprend la cible visée par les promoteurs (des célibataires ou de jeunes couples sans enfants relativement aisés )

 

Dans le programme de la « Vallée Mouton » à Saint-Benoît, on trouve des maisons individuelles de différents types (qui ressemblent beaucoup à celles que nous avons décrites dans l’article sur l’écoquartier des Montgorges ) et de petits collectifs.

On signalera pour nos collègues un très joli film de promotion à décrypter avec les élèves sur ce projet d’aménagement : Film de 5 mn 47 sur la Vallée Mouton

Indépendamment de son caractère promotionnel (avec en fond musical la balade des gens heureux de Gérard Lenormand !), ce film montre sur une carte l’implantation du projet dans un interstice du tissu urbain et sa logique d’organisation.

Pour aller plus on peut avoir une vision plus conceptualisée sur le phénomène de périurbanisation dans un article de 2009 de la revue Économie Régionale et Urbaine d’Alain Sallez (professeur à l’ESSEC) et Bernard Courtrot (de l’Université de Bretagne Sud) intitulé « Considérations sur les densités urbaines et Poitiers » qui commence ainsi :

« Le phénomène de périurbanisation, largement associé au choix de la maison individuelle en matière d’habitat, est considéré comme une plaie depuis des générations par les urbanistes« 

L’analyse est très intéressante. Les auteurs concluent sur la pertinence qu’il y a, de la part des pouvoirs publics, à vouloir ainsi augmenter la densité dans les villes pour des raisons écologiques et économiques (coût inférieur des équipements publics) mais doutent du résultat vu les choix des ménages et l’engouement constant pour la maison individuelle avec jardin.

Poitiers, une ville sans vocation industrielle : l’exemple des entreprises Michelin et SAFT

Jusqu’aux années 1960 Poitiers était une ville de province qui vivait principalement grâce à sa bourgeoisie et son commerce de centre-ville. L’arrivée dans les années 1960 comme dans beaucoup de villes de province de l’Ouest français qui n’avaient pas connu d’industrialisation notable au XIX e et dans le première partie du XX e siècle d’entreprises industrielles décentralisées a bouleversé la donne.

Une grosse usine de pneumatiques Michelin s’est installée en 1972 au nord-ouest de Poitiers sur un site de 34 hectares (l’actuelle zone industrielle de la République). A Joué-les-Tours (en périphérie de Tours, à une centaine de km) existait déjà une usine Michelin du même type créée en 1961 pour la fabrication de pneus de camions.

L’usine Michelin de Poitiers a employé jusqu’à 1200 salariés en 1982. Elle n’en plus avait plus que 432 quand l’entreprise a annoncé la fermeture du site de Poitiers en 2005,  lequel a définitivement fermé en 2006. 133 salariés ont alors été embauchés dans l’usine de Joué-les-Tours où ils étaient amenés en navette tous les jours (les autres sont partis en retraite, ont été licenciés sauf une cinquantaine restés sur place).

Puis la direction de Michelin a annoncé en 2013 la fermeture du site de Joué-les-Tours, la production de pneumatiques poids-lourds étant délocalisée à La Roche-sur-Yon en Vendée (dans usine créée en 1972 qui actuellement emploie 800 salariés et annonce une centaine d’embauches pour 2017-2018).

A Poitiers sont restés sur le site de l’usine (qui a été détruite) une cinquantaine de salariés qui s’occupent de montage de pneumatiques. A l’emplacement de l’ancienne usine se trouve une plateforme logistique flambant neuve comme on en voit de plus en plus dans nos paysages périubains à proximité des nœuds autoroutiers, dont une partie est louée par Michelin pour le montage de pneumatiques.

La zone industrielle sur laquelle se trouve cette ancienne usine Michelin abrite aujourd’hui  un certain nombre d’activités où viennent se fournir des professionnels (marché de gros, outillage professionnel -COFAQ-, peintures, bois, panneaux, métal -KDI-, location d’outillage et de matériels…

Le plus gros employeur industriel de l’agglomération est aujourd’hui l’usine SAFT qui fabrique des batteries pour l’aéronautique et la marine et emploie 570 salariés sur un site qui se trouve au sud de l’agglomération  à l’intérieur de la rocade sud, non loin d’une boucle du Clain.

Cette usine a été créée en 1965 et appartient à un groupe racheté par Total en 2016 dont le fondateur est, en 1913 un ingénieur suisse installé en région parisienne.  L’activité a été tournée  depuis l’origine vers les batteries et les piles. .Actuellement l’usine de Poitiers travaille sur les batteries qui équiperont en 2020 les robots de la mission d’exploration ExoMars. C’est donc une entreprise de très haute technologie.

Pour rendre cela plus concret un petit film de FR3 d’octobre 2017 :

Un petit film sur le projet Exomars et les batteries SAFT

Une autre usine du groupe datant de 1975 existe à Nersac près d’Angoulême (à 125 km) avec un peu moins d’emplois (350) et elle a été rachetée en 2013. Le groupe SAFT s’est mondialisé ouvrant en effet en 2006 une usine à Zhuzhai (dans le sud de la Chine à 60 km de Hong-Kong dont la capacité a été doublée en 2016.

Ces deux exemples montrent à quel point le maintien d’une grosse unité de production industrielle dans une région de province française, y compris quand le produit est technologiquement de haute qualité et la main-d’œuvre très qualifiée s’est compliqué ces vingt dernières années avec la mondialisation et les multiples achats, rachats d’entreprises consécutifs à la mutation d’un capitalisme industriel en capitalisme financier, ce encore plus depuis la crise financière de 2007-2008.

Un campus universitaire  au milieu des champs  !

Avec l’inflation des effectifs d’étudiants en France à partir des années 1950, un certain nombre de villes de province françaises qui possédaient déjà des Universités ont été obligées de construire des bâtiments hors du centre-ville : c’est le cas à Bordeaux (avec le campus de Talence), c’est le cas à Poitiers avec la construction d’un campus au sud de la ville sur la route de Chauvigny dont la construction a été annoncée par le recteur Loyen dès 1957.

maison des étudiants Campus Poitiers.jpg

La maison des étudiants sur le campus de l’Université de Poitiers : un bâtiment caractéristique de l’architecture des premiers bâtiments du campus

A cette époque ce campus est vraiment à l’écart de la ville : on ne trouve à cet emplacement qu’un stade (le stade Rébeilleau) construit en 1953-1954.

La Bibliothèque Universitaire des sciences ouvre en 1963. Son architecture a été confiée aux architectes qui ont dessiné celle du campus de l’Université de Caen, qui est, en la matière, le modèle de référence. (La destruction totale de la ville de Caen en juin-juillet 1944 a permis à cette ville de choisir, au moment de sa reconstruction, le site de sa nouvelle université contrairement aux autres villes -comme Bordeaux ou Poitiers- qui ont attendu l’inflation des effectifs étudiants pour être obligées de  choisir de nouveaux sites  hors du centre-historique).

La Faculté des Sciences de Poitiers a ouvert sur le nouveau campus en 1967 puis c’est la Faculté de Droit et celles de Lettres et Langues qui sont aménagées en 1970, la BU de Lettres et  en 1971.

Un article pointu (18 pages) d’une doctorante en histoire de l’art, Julie Huet (datant de juin 2017), permet d’avoir une vision un peu plus précise et conceptualisée sur cette thématique des campus  universitaires :  : L’architecture des campus universitaires en France (Cet article se trouve sur le site de la Fondation « Bordeaux Université » qui présente une « Chaire Gilles Deleuze métropole- nature -démocratie » ; cette chaire existe depuis 2013 et entend contribuer à une réflexion pluridisciplinaire sur la ville).

Le campus de Poitiers présente donc, dans un environnement paysagé,  différentes facultés, deux restaurants universitaires (Rabelais et Champlain), des installations sportives, plusieurs résidences universitaires du CROUS. L’ensemble est très aéré mais les distances à pied sont conséquentes et l’on observe aujourd’hui une saturation des parkings… Plus récemment de nouveaux bâtiments y ont rajoutés notamment l’ENSIP (1996) et la nouvelle Faculté de Médecine (2007).

ENSIP Campus de Poitiers.jpg

Le bâtiment de l’ENSIP (école d’ingénieurs du groupe ENSI) situé à Poitiers sur le campus Il date de 1996s. ENSIP est spécialisée dans l’énergie, le génie des eaux et le génie civil et accueille des promotions de l’ordre de 140 étudiants

fac de medecine

Le nouveau bâtiment de la  Faculté de Médecine et de Pharmacie ouvert en 2007 à proximité du CHU

Le CHU Milétrie, un élément essentiel pour l’agglomération de Poitiers

 Rappelons qu’en France, si on excepte le cas de l’agglomération parisienne (qui par son poids démographique et la concentration des structures de soins est un cas complètement particulier), le système de santé est organisé en Province autour des CHU, ces gros hôpitaux couplés à leur Faculté de Médecine et de Pharmacie où sont formés les étudiants en médecine mais aussi beaucoup des autres personnels dont les hôpitaux ont besoin. Ces CHU sont également des pôles de recherche et ils offrent à leur bassin de population  une offre de soins de haut niveau par rapport à un simple hôpital où l’on ne trouve pas de PUPH (professeurs d’Universités praticiens hospitaliers) ni de laboratoires de recherche.

Si la Faculté de Médecine de Poitiers est l’une des plus anciennes de France (1431), elle n’est pas très importante en terme d’effectifs et  le numérus clausus ouvert à la fin de la première année est assez modeste à l’échelle française (205 en médecine en 2017) car la région Poitou-Charente qu’il dessert n’est pas très peu peuplée (1,8 million d’habitants) et entourée d’autres facultés de médecine-CHU assez proches (Tours et  Angers).

CHU Milétrie

Le CHU Milétrie qui domine la ville et marque le front d’urbanisation : un très gros pôle d’emploi pour l’agglomération.

Le CHU de Poitiers gère 3 sites : le site de la Milétrie qui est le principal (avec 1465 lits) et 2 petits hôpitaux : Lusignan (272 lits) (situé à 25 km)  et Montmorillon (229  lits) (situé à 50 km de Poitiers) d’où un chiffre total de 1966 lits : Chiffres-clés 2016 du CHU de Poitiers

Les médecins toutes catégories confondues sont 1846 (dont 705 étudiants – jusqu’à la 6e année- et 547 internes – à partir de la 7e année-). Les autres personnels (infirmiers, aide-soignants, techniques, généraux, administratifs) représentent 5 376 personnes auxquels s’ajoutent 1 194 personnes en formation (infirmiers, aides-soignants, kinés, sage-femmes…) d’où un total de près de 8 500 personnels, dont une très grande partie se trouvent à Poitiers (mais ces chiffres ne sont pas ventilés par site, ils concernent les 3 sites de Poitiers, Lusignan et Montmorillon et englobent tous les établissements qui dépendent du CHU : EHPAD, établissements de soin de suite…

Le CHU de Poitiers a dépensé en 2016 un peu plus de 530 millions d’euros dont 57 % de charges de personnel.

Si on y ajoute les patients (ce qui sont hospitalisés, ceux qui viennent en consultation) et leurs proches, on a concentré à la Milétrie une collectivité de plus de 10 000 personnes pour laquelle il faut chaque jour, en plus des activités médicales, gérer des repas, de l’entretien,  des va-et-vient considérables expliquant la saturation des parkings.

Cet exemple très concret permet de prendre conscience de l’importance du secteur hospitalier dans l’emploi régional (Et si pour comparer on cherche les chiffres de celui de Tours on tombe sur des ordres de grandeur du même ordre : 1670 lits, un peu plus d’étudiants ( 907 étudiants et 521 internes ; près de 9000 emplois soit 400 millions de dépenses de personnels ce qui correspond à 60 % des dépenses : le CHU de Tours est le premier employeur de la région Centre-val de Loire   Chiffres clés CHU Tours 2016)

Des zones commerciales périphériques caractéristiques d’une agglomération de taille moyenne

On trouve à Poitiers une disposition assez classique avec d’abord deux grandes zones commerciales situées à proximité des deux échangeurs de l’autoroute A10.

La plus ancienne se situe à Chasseneuil-du-Poitou à proximité du Futuroscope. Elle date des années 1970 et se trouve sur la N10 et s’étend entre l’hypermarché Auchan (Mammouth avant 1998) et la grande surface de bricolage Leroy-Merlin. Historiquement c’était pour les habitants de Poitiers le « boulevard du meuble » avec un certain nombre d’enseignes dans l’ameublement progressivement rejointes à des enseignes d’habillement, alimentaires et de bricolage. C’était une zone qui était vieillissante et de plus en plus concurrencée d’où un nouveau nom récent et plus ronflant de « Portes du Futur« .

La plus récente des zones commerciales est située à la sortie Sud du Poitiers. Elle  a été inaugurée en 2007 et baptisée « Poitiers Porte Sud » comptant 25 000m² de surfaces commerciales autour de son hypermarché Auchan.

Auchan porte Sud Poitiers.jpg

Une partie de la zone commerciale « Porte Sud » de Poitiers créée en 2007 autour d’un hypermarché Auchan. A l’arrière-plan (près du champ de colza) le péage d’accès à l’autoroute A10 ; la voie qui passe devant est la N10

D’autres zones commerciales plus modestes (par la superficie de leur hypermarché, la taille des galeries commerciales ou le nombre d’enseignes spécialisées présentes) existent également :

  • celle de Beaulieu au Sud-est sur le plateau (aujourd’hui enkystée dans le tissu urbain) autour de son hypermarché Géant et ne progresse plus.

 

  • celle du Leclerc au Sud récemment rebaptisée « Grand Large« , qui se trouve à la limite entre Poitiers et Saint-Benoît.

On a là un exemple ce qu’on observe actuellement dans les villes moyennes françaises avec une surenchère qui aboutit parfois au remplacement des magasins bas de style entrepôt à des centres commerciaux à l’architecture plus sophistiquées et à étage et qui nécessitent des fondations et qu’on va alors parfois qualifier de « Malls » pour les rendre plus attractifs (voir un futur article sur le réaménagement de la zone commerciale de Beaulieu à La Rochelle).

La technopole du Futuroscope : l’originalité de l’agglomération de Poitiers

La technopole du Futuroscope se situe à 6 km au Nord de Poitiers, sur les communes de Chasseneuil-du-Poitou et de Jaunay-Marigny. Créée ex-nihilo à partir de 1987, elle regroupe un parc de loisirs, des infrastructures d’hébergement et de restauration ainsi que des organismes d’enseignement, de formation, de recherche et diverses activités tertiaires.

Elle est reliée à la ville par bus et accessible facilement grâce à la sortie Poitiers-Nord de l’autoroute A 10 et une gare TGV (desservie seulement par 2 ou 3 TGV par jour, les autres filant directement sur Poitiers).

  • Le parc de loisirs du Futuroscope, 3e parc français

Le parc de loisirs du Futuroscope a été créé en 1987 par le conseil général de la Vienne. Il est dédié aux technologies de l’image (cinéma en 3D, projections dans des sièges en mouvement sur des thèmes scientifiques ou ludiques). Le parc est dominé par une tour (Gyrotour de 45 m) dont la cabine s’élève en tournant et qui offre un observatoire remarquable pour repérer l’environnement de cette technopole.

parc Futuroscope

Les différentes attractions du parc de loisirs du Futuroscope notamment la Gyrotour. A l’arrière-plan le lycée pilote innovant international (LP2I)

Le Futuroscope est actuellement le 3e parc de loisirs français avec une fréquentation annuelle d’1,8 million de visiteurs (derrière Dysneyland Paris et le Parc Astérix  mais devant le Puy-du-Fou en Vendée. Il est à l’origine de plus de 400 emplois en CDI et d’environ 1 500 emplois saisonniers. Son modèle économique a été difficile à trouver : au bord de la faillite après une dizaine d’années de fonctionnement,  il a été revendu par le Conseil général en 2002 à une société privée et, apparemment, a retrouvé depuis une  fréquentation plus forte en renouvelant régulièrement ses attractions.

A proximité du parc de loisirs se regroupent un certain nombre de bâtiments dédiés à l’enseignement et la formation en plus de structures d’hébergement et de restauration (hôtels, restaurants, résidences…) :

  • L’ENSMA (École nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique) est une école d’ingénieurs créée en 1948 et qui occupe ses locaux depuis 1993. Elle appartient au groupe des ENSI (Écoles Nationales Supérieures d’Ingénieurs) et accueille des promotions de l’ordre de 150 élèves par an, recrutés après une classe préparatoire (auxquels s’ajoutent différents élèves recrutés par d’autres procédures). C’est donc une école publique (comme les autres ENSI) dépendant de l’Université de Poitiers.

 

technopole Futuroscope

La technopole du Futuroscope avec au premier plan le bâtiment du CNED avec ses panneaux vitrés inclinés, à gauche l’ENSMA, à l’arrière-plan le bâtiment en triangle est la Faculté des Sciences Fondamentales et Appliquées de l’Université de Poitiers

  • La Faculté des Sciences Fondamentales et Appliquées (SP2MI) de l’Université de Poitiers qui accueille 2500 étudiants dans un grand bâtiment en forme de triangle. On trouve à  proximité une bibliothèque universitaire scientifique.

 

  • L’école supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESENESR)

    Cette école a ouvert en 1997 sur le site du Futoroscope avec pour mission la formation initiale et continue  des personnels d’encadrement pédagogiques et administratifs (c’est-à-dire proviseurs, principaux de collège, inspecteurs…), des personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé (ATOSS) et des personnels des bibliothèques du ministère de l’éducation nationale et du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Baptisée ESEN en 2003, elle a été rebaptisée ESENESR en 2011. Elle accueille chaque année plus de 9 000 stagiaires venus de toute la France (et parfois de l’étranger), pour des stages de durées variables.

     

  • La direction nationale du Réseau CANOPÉ

« Réseau CANOPÉ » est le nouveau nom donné à l’ex CNDP (Centre national de documentation pédagogique) et ses déclinaisons dans les départements ex-CRDP (Centres régionaux de documentation pédagogique). Le contexte économique et social a contraint le CNDP qui offrait des ressources pédagogiques aux enseignants et était à l’origine un éditeur classique à s’adapter aux nouvelles technologies du numérique et proposer des supports « transmédias » d’où le changement de nom.

Le site du Futuroscope abrite également la direction de  ce réseau CANOPÉ pour les 3 académies de Poitiers, Limoges et Bordeaux).

  • Le siège du CNED ( Centre national d’enseignement à distance) qui offre tous la logistique pour l’organisation des cours à distance à la fois pour des élèves qui ne peuvent être scolarisés dans les établissements et en préparation de certains concours.

 

  • Une antenne du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers),  structure de formation continue qui notamment offre un parcours d’ingénieur en alternance et en partenariat avec l’ENSMA.

 

Un article de la Nouvelle République de juin 2015 explique bien la problématique de ce regroupement et les synergies qui sont attendues de cette proximité géographiqueCanopé un réseau au cœur du système éducatif

  • Le lycée pilote innovant international (LP2I)

Il a été ouvert en 1987 et accueille environ 500 élèves (dont 150 internes). Il met en œuvre des pédagogies plus originales et dispose d’un bâtiment futuriste  en forme de delta doté d’un toit coulissant ellipsoïdal, conçu et réalisé par l’agence Architecture-studio (un très gros cabinet d’architectes basé à Paris mais déployé à l’internation al qui a parmi ses réalisations l’Institut du monde arabe et le Parlement européen) et François-Xavier Désert, un architecte poitevin.

lycée pilote innovant de Jaunay-Clan

Le LP2I (lycée pilote innovant international) de Jaunay-Clan datant de 1987 : une architecture conçue par le cabinet parisien Architecture studio

L’agglomération de Poitiers permet donc à travers ces exemples très concrets de pouvoir réfléchir avec nos élèves sur l’organisation d’un espace urbain. Nous chercherons dans un autre article à représenter cela sur un croquis de synthèse et sur un schéma.

Le Wordart du début est fabriqué à l’aide d’un petit logiciel très facile à utiliser Wordart qui permet de construire un nuage de mots pour mémoriser les éléments-clés d’une leçon.

Publicités
Cet article a été publié dans Géographie, Lycée. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s