La Rochelle et le 500e anniversaire de la Réforme

Le 31 octobre 1517, à Wittemberg (Saxe) le moine augustin Martin Luther (1483-1546) affiche 95 Thèses sur la porte de son évêque pour protester contre le trafic des indulgences. Cet épisode marque le début de la Réforme protestante qui s’étend ensuite dans une grande partie de l’Europe, et notamment en France à La Rochelle, qui fut, au XVI e siècle la capitale française du protestantisme.

A l’occasion du 500e anniversaire de cet épisode un certain nombre de manifestations ont été organisées à La Rochelle dans le courant de l’année 2017 .

Les afficheurs de Rémi Pollack

Les afficheurs, une installation (sur l’hôtel de ville, la grosse horloge et le temple protestant) de l’artiste rochelais Rémi Polack à l’occasion du 500e anniversaire des 95 thèses de Luther affichées à Wittemberg

La ville de La Rochelle a obtenu dès 2015 le label « cité européenne de la Réforme » qui a été accordé à 75 villes en Europe dont Lyon, Nantes, Pau, Orthez et Strasbourg pour la France dans le cadre de 500e anniversaire.

L’occasion ici de faire un petit point sur cette thématique que nous abordons au collège et au lycée, d’évoquer les expositions en cours et de mettre des liens vers des ressources pédagogiques plus pérennes (notamment celle du musée virtuel du Protestantisme).

Le pont Pierre Richer baptisé le 18 novembre 2017

Ce 500e anniversaire a été l’occasion de baptiser l’un des ponts de La Rochelle sur le canal Maubec du nom de Pierre Richer (1506-1580) qui fut le premier pasteur de La Rochelle en 1558.

Compte tenu de sa date de naissance (antérieure à 1517), il avait d’abord été catholique (c’était un frère Carme) avant d’adhérer à la religion réformée et d’émigrer à Genève auprès de Calvin. Il avait fait partie de l’expédition au Brésil de l’amiral de Villegagnon qui, en 1555, avait pour objectif de créer une colonie dans le Nouveau Monde où les protestants pourraient pratiquer librement leur religion. Mais l’opération avait été un échec et Pierre Richer était rentré en 1558.

La Confession de La Rochelle (ou Confessio Gallicana)

C’est la première confession de foi des  Églises réformées en France. Elle est adoptée au premier Synode national de ces Églises, à Paris en 1559, elle est ensuite ratifiée par celles du Béarn et de Genève lors du VIIe Synode national, tenu à La Rochelle en 1571 d’où le nom sous lequel elle est connue. Voici un lien vers la totalité du texte ( La Confession de La Rochelle) dont voici les 3 premiers articles :

ARTICLE 1. Nous croions et confessons qu’il y a un seul Dieu, qui est une seule et simple essence, spirituelle, éternelle, invisible, immuable, infinie, incompréhensible, ineffable, qui peut toutes choses, qui est toute sage, toute bonne, toute juste, et toute miséricordieuse.

- 2. Ce Dieu se manifeste tel aux hommes, premièrement par ses œuvres, tant par la création que par la conservation et conduite d’icelles. Secondement et plus clairement par sa Parole, laquelle au commencement révélée par Oracles, a été puis après rédigée par écrit aux Livres que nous appelons Écriture Sainte.

- 3. Toute cette Écriture Sainte est comprise aux Livres Canoniques du Vieux et Nouveau Testament, desquels le nombre s’ensuit.

Les cinq Livres de Moïse ; à savoir, Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.

Item Josué, Juges, Ruth, le premier et second livre de Samuel, le premier et second livre des Rois, le premier et second livre des Chroniques, autrement dits Paralipomenon, le premier livre d’Esdras.

Item, Néhémie, le livre d’Esther, Job, les Psaumes de David, les Proverbes ou Sentences de Salomon, le livre de l’Ecclésiaste dit le Prêcheur, le Cantique de Salomon.

Item, le livre d’Ésaïe, Jérémie, Lamentations de Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Abacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

Item, le Saint Évangile selon S. Matthieu, selon S. Marc, selon S. Luc, et selon S. Jean.

Item, le second livre de S. Luc, autrement dit les Actes des Apôtres.

Item, les Épîtres S. Paul aux Romains, une aux Corinthiens, deux aux Galates, aux Éphésiens une, aux Philippiens une, aux Colossiens une, aux Thessaloniciens deux, à Timothée deux, à Tite une, à Philémon une.

Item, l’Épître aux Hébreux, l’Épître S. Jacques, la première et seconde Épîtres de S. Pierre, la première, deuxième et troisième Épîtres S. Jean, l’Épître S. Jude.

Item, l’Apocalypse ou révélation S. Jean.

En tout cette confession comporte 40 articles. La confirmation de ce texte en 1571 se présente de cette manière avec seulement articles qui portent sur des points minimes et dont nous n’avons laissé que le dernier :

Tenu à la Rochelle le 2. d’Avril & les 9. jours suivans, l’an de Grâce M. D. LXXI. Et l’onzième Année du Règne de CHARLES IX. Roi de France.

VIII. Finalement après que la lecture de la Confession de foi a été achevée, on a resolu que, sans y rien ajouter, trois Copies en seront faites en Parchemin, dont l’une sera gardée en cette Ville de la Rochelle, l’autre en Bearn, la troisième à Genève, & qu’elles seront toutes trois signées par les Ministres & Anciens de ce Roiaume, au nom de toutes les Eglises ; comme aussi qu’on supliera la Reine de Navarre & Messieurs les Princes de Navarre & de Condé & les autres Seigneurs, de les signer.

Ce texte a été signé par Jeanne d’Albret, par  Henri de Navarre son fils, le futur Henri IV et par Henri de Condé son fidèle compagnon, l’amiral de Coligny.

C’est un texte important dans la mesure où il définit ce qui distingue la foi protestante de la foi catholique (notamment l’importance des Écritures ; le fait qu’on soit sauvé par sa foi en Dieu et non par ses œuvres ; l’idée qu’il n’existe aucun intercesseur entre le fidèle et Jésus-Christ ; l’existence de 2 sacrements seulement -le baptême et la communion – et non 7 comme dans le catholicisme (qui y ajoute les sacrements suivants : confirmation, réconciliation, onction des malades, mariage et ordination des prêtre).

Les temples protestants de La Rochelle

A l’époque où La Rochelle était une capitale protestante, le grand temple se trouvait sur l’actuelle place de Verdun, à l’emplacement qu’occupe aujourd’hui la cathédrale Saint-Louis. Mais après le grand siège de 1627-1628, ce grand temple (dont la première pièce avait été posée en 1577) fut rendu au culte catholique et La Rochelle érigée en évêché. Cependant ce temple fut victime d’un incendie en 1687 d’où la construction tardive de la cathédrale Saint-Louis.

grand temple protestant

Gravure représentant le Grand Temple de La Rochelle (1577-1687) qui se trouvait à l’emplacement de l’actuelle cathédrale Saint-Louis (musée rochelais d’histoire protestante).

Après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 les protestants n’ont plus de lieu de culte et se réunissent dans des maisons amies.

Ce n’est qu’avec la Révolution française que les protestants rochelais vont pouvoir faire l’acquisition de leur temple  actuel qui est l’ancienne chapelle du Couvent des Récollets, vendue comme bien national. Les protestants rochelais peuvent y célébrer le culte à partir de 1793

temple de La Rochelle.jpg

L’actuel temple protestant de La Rochelle, ancienne église du couvent des Récollets construite dans les années 1690, qui avait brûlé et a été reconstruite en 1705 (on en a gardé la façade mais on a enlevé les statues)

Le Musée rochelais d’histoire protestante

Fondé en 1931 ce petit musée a été entièrement rénové en 1995. Il est installé autour d’un jardin intérieur dans des salles annexes du temple et présente une riche collection de documents, gravures et objets divers évoquant l’histoire du protestantisme en Aunis et en Saintonge : Musée rochelais d’histoire protestante

On y trouve trois salles :

  • « La Rochelle protestante » retrace le développement des idées protestantes ;
  • « Le temps du désert, 1685–1787 » évoque les conversions forcées, les abjurations et les départs à l’étranger ainsi que la pratique clandestine du culte  (avec notamment des « méreaux » ces  pièces utilisées en signe de reconnaissance lors d’assemblées clandestines).
  • « Hier et aujourd’hui », présente l’histoire moderne et contemporaine du protestantisme à La Rochelle

Un parcours huguenot à La Rochelle

De la même manière qu’existe déjà dans la vieille ville de La Rochelle un parcours balisé évoquant les liens entre La Rochelle et le Québec : Le chemins du Québec ), un parcours protestant vient d’être mis en place dont on peut retrouver le descriptif sous le lien suivant : Itinéraire protestant à La Rochelle

Il promène le visiteur à travers la ville depuis le temple, en passant par la maison de Jean Guiton rue des Merciers, l’hôtel de la Bourse, la maison de Nicolas Venette, la maison Henri II… Le cheminement est assez détaillé mettant en évidence l’importance du protestantisme dans l’histoire de La Rochelle aux Temps Modernes.

porte La Rochelle

Ancienne maison Gargoulleau (22 rue Gargoulleau)

Deux expositions à La Rochelle, une à la Médiathèque et une  aux Archives

« Impressions rochelaises » du 3 novembre 2017 au 3 février 2018 à la Médiathèque Michel Crépeau :

La commémoration des 500 ans de la Réforme donne à la médiathèque d’agglomération Michel-Crépeau l’occasion d’exposer des documents qui font partie du cœur de ses collections anciennes : le riche patrimoine écrit et graphique lié à la Réforme protestante. Et plus particulièrement, les livres imprimés à La Rochelle entre le début des Guerres de Religion en 1562 et le Grand Siège de 1628, époque où la ville est devenue une capitale huguenote.

Penser, imprimer, lire : les nombreuses œuvres originales présentées évoquent, à travers une approche historique et culturelle, une période où la ville a eu un rôle primordial dans la diffusion des idées en Europe.

le diable chassé de La Rochelle 1628.jpg

Une gravure rare de cette exposition : le diable chassé de La Rochelle

« Huguenots d’Aunis et de Saintonge, de la Réformation à la Révolution » aux Archives départementales de la Charente-Maritime du 13 novembre 2017 au 2 mars 2018 :

« Huguenots ! » : qui étaient-ils ? Quelles traces le protestantisme (et sa répression) a t-il laissé dans le paysage architectural, économique et intellectuel ? Du berceau à la tombe, dans l’ombre ou à la lumière, comment les huguenots de l’ouest ont-ils vécu leur foi dans cet enchaînement de contextes troublés ou apaisés ?

Archives départementales de Charente-Maritime

Pour aller plus loin :

 

  • Le site des villes européennes de la Réforme (mais ce site  -en français, anglais et allemand- qui a été créé en 2015 n’est pas totalement construit ) : Les villes de la Réforme

 

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