A Poitiers sur les traces d’Aliénor d’Aquitaine

Notre excursion du 30 septembre dernier nous a entraînés dans le vieux centre de Poitiers sur les traces d’Aliénor d’Aquitaine. Quelques petits jalons historiques à se (re)mettre en tête sur cette thématique qui a repris de l’actualité maintenant que Poitiers se trouve en Nouvelle-Aquitaine.

vitrail Poitiers Aliénor

Le vitrail de l’hôtel de ville de Poitiers (1875 Steinhel) : Aliénor d’Aquitaine confirme en 1199 la charte de libertés octroyée par son grand-père Guillaume IX (le Troubadour) à la ville de Poitiers

Aliénor d’Aquitaine : une grande figure du XII e siècle

Aliénor d’Aquitaine est née vers 1122 et morte en 1204. Elle a donc une grande longévité pour l’époque : plus de 80 ans et une vie pleine de péripéties.

Aliénor a successivement été reine de France (par son premier mariage avec Louis VII) puis reine d’Angleterre (par son deuxième mariage avec Henri II Plantagenêt). Elle est aussi la mère de deux rois d’Angleterre (« Richard Cœur de Lion » et « Jean Sans Terre »).

Elle est enterrée dans l’abbaye royale de Fontevraud (située près de Saumur, à une petite centaine de km au nord de Poitiers) aux côtés de son mari, Henri II Plantagenêt et auprès de son fils, Richard Coeur de Lion.

gisant d'Aliénor et Henri II Fontevraud.jpg

Les gisants d’Aliénor d’Aquitaine (morte en 1204) et de son mari le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt (mort en 1189) dans l’abbaye royale de Fontevraud (près de Saumur)

L’héritière du duché d’Aquitaine

Aliénor d’Aquitaine est la fille aînée de Guillaume X (1095-1137), duc d’Aquitaine  et comte de Poitou (qui est vassal du roi de France). Elle est la petite-fille de Guillaume IX d’Aquitaine (1071-1127) -celui qui est surnommé « Guillaume le Troubadour » depuis le XIX e siècle .

Elle reçoit une éducation soignée (latin, littérature, musique, équitation, chasse). Elle est élevée dans l’esprit des troubadours et de l’amour courtois.

A la mort de son père en avril 1137, Aliénor devient duchesse d’Aquitaine et comtesse du Poitou puis, en juillet, épouse l’héritier du trône de France,  Louis  (né en 1120), fils du roi Louis VI (dit le Gros) qui meurt en août de la même année.

Aliénor devient alors reine de France, épouse de Louis VII. Tous les deux sont très jeunes (moins de vingt ans). Ils auront deux filles. Ils ne s’entendront jamais, étant de caractère très différents : Louis VII est très pieux et ne s’intéresse pas beaucoup à son épouse

 

duché d'Aquitaine et Nouvelle Aquitaine.jpg

Voici une carte pratique pour visualiser le duché d’Aquitaine à l’époque d’Aliénor et notre actuelle région Nouvelle-Aquitaine carte que j’ai trouvée sur le Site Bouzic en Périgord 

L’échec de la Deuxième Croisade et du mariage avec Louis VII

Aliénor et Louis VII participent à la Deuxième Croisade (1147-1149) dont l’objectif est de reprendre Édesse (l’un des 4 « États latins d’Orient » mis en place à l’issue de la Première Croisade (1095-1099) avec Antioche, Tripoli et Jérusalem). Édesse est tombée aux mains des Turcs en 1144. Mais cette expédition se révèle un cuisant échec.

Là-dessus, des dissensions entre les époux ajouté à une accusation d’adultère envers Aliénor aboutissent en 1152 à l’annulation par l’Église du mariage d’Aliénor et de Louis VII… pour cause de consanguinité. Aliénor récupère alors son duché d’Aquitaine.

(Il est difficile de comprendre cette histoire si l’on ignore que le mariage est, dans l’église catholique, un sacrement et que par conséquent le divorce ne peut exister ; pour sortir des cas compliqués, l’évêque peut prononcer la nullité d’un mariage pour cause de non-consommation, de stérilité -ce n’est pas le cas ici- ou de consanguinité ; or la consanguinité est très fréquente dans la noblesse en raison des stratégies pour arranger des mariages politiquement et territorialement intéressants).

Aliénor reine d’Angleterre en 1153

Deux mois plus tard Aliénor épouse le jeune Henri Plantagenêt, duc de Normandie et comte d’Anjou dans la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers. De dix ans son cadet (il est né en 1133),  Henri a le même degré de consanguinité avec Aliénor que Louis VII… (il tentera lui aussi de faire annuler son mariage pour le même motif quand  il se trouvera en conflit avec Aliénor mais le Pape refusera !)

Henri  devient roi d’Angleterre en 1153 si bien que le couple se retrouve à la tête d’un territoire plus vaste que le royaume de France (Angleterre, Normandie, Anjou, Aquitaine). Le couple aura 8 enfants dont « Richard Cœur de Lion » et « Jean Sans Terre » qui deviendront rois d’Angleterre.

Des années de captivité pour Aliénor (1173-1189)

Le règne d’Henri II Plantagenêt  se révèle compliqué : Aliénor et trois de leurs fils -Geoffroy, Richard et Henri le Jeune- tentent de monter en 1173 un complot contre le roi. Aliénor est arrêtée et passe quinze ans en captivité en France puis en Angleterre jusqu’à la mort d’Henri II en 1189. Son fils Richard Ier (dit Coeur de Lion) lui succède : Aliénor est alors libérée. Elle a environ 65 ans.

Les déboires de Richard Coeur de Lion à la Troisième Croisade (1191-1194)

Richard part à la Croisade (la Troisième) en 1191 pour tenter de reprendre Jérusalem (qui a été pris par Saladin en 1187). Il laisse un régent en Angleterre ce qui mécontente son frère cadet Jean qui commence à comploter contre lui.

Participent également à cette Troisième Croisade  le roi de France Philippe-Auguste (qui part par la mer avec Richard) ainsi l’Empereur du Saint Empire Romain Germanique Frédéric Barberousse (qui part par la voie terrestre). A nouveau cette Troisième Croisade est un échec (Jérusalem n’est pas reprise). Richard repart en 1192 par voie terrestre et se fait capturer sur le chemin du retour. Il est livré à l’Empereur qui négocie sa libération contre une très importante rançon qu’Aliénor d’Aquitaine a du mal à rassembler. Il est finalement libéré en 1194, rentre en Angleterre et retrouve son trône.

Une retraite à l’abbaye de Fontevraud à partir de 1194

Les péripéties ne sont pas encore terminées même si Aliénor a désormais envie de repos. Elle se retire en 1194  à l’abbaye de Fontevraud (un ordre fondé en 1101).

Elle a  près de 80 ans quand en 1199 le roi Richard Coeur de Lion meurt au combat sans héritier. Elle ramène sa dépouille qui est enterrée dans l’abbaye de Fontevraud. Aliénor se démène alors pour que son dernier fils vivant Jean (dit Sans Terre) soit reconnu roi d’Angleterre.

Puis les conflits entre Jean (qui, s’il est roi d’Angleterre, est également le vassal du roi de France pour ses possessions en Normandie et en Aquitaine) et Philippe Auguste s’enveniment. Aliénor est dépêchée pour aller en Espagne tenter de trouver une épouse (Blanche de Castille, l’une de ses petites filles) pour l’héritier du trône de France, Louis de manière à apaiser les querelles.

La mort d’Aliénor en 1204

Aliénor meurt en 1204 quelques jours avant la prise de Château-Gaillard par Philippe-Auguste. (Ce château fort que Richard avait édifié aux Andelys sur une boucle de la Seine à son retour de la Croisade pour empêcher que le roi de France ne s’empare de la Normandie).

Cette longue biographie d’Aliénor d’Aquitaine me semble déjà très compliquée pour les élèves de collège. Car rien dans la psychologie de ces grands personnages du XII e siècle ne nous est familier ni ne correspond aux valeurs de notre époque : ni ces mariages arrangés de jeunes princesses, ni cette foi guerrière des Croisés, ni cette hypocrisie de mariages religieux qu’on annule quand même quand cela arrange, ni cette manière de se retirer à la fin de sa vie dans une abbaye, ni le goût pour la chasse et la guerre, ni cette énergie à construire ou renouveler des édifices religieux…

Les autres biographies sur Internet insistent beaucoup sur la figure « féministe » que représente Aliénor et les libertés qu’une femme de son rang pouvait avoir à l’époque et qui seront plus tard réduites.

Personnellement j’ai du mal à trouver un réel point de convergence entre Aliénor et  le féminisme du XX e siècle, qui est pour moi cette possibilité de mener une vie professionnelle sans être sous la tutelle d’un mari, d’entretenir, dans le monde du travail, des rapports d’égalité, de camaraderie et non de séduction avec ses collègues de l’autre sexe et également de pouvoir choisir ses amants et de ne pas se marier.

Je ne vois dans Aliénor qu’une figure royale et calculatrice qui traverse et incarne le XII e siècle dans l’Ouest de la France. Pour nos élèves ce personnage permet de servir de  bon repère chronologique car Aliénor est contemporaine :

  • de la Deuxième Croisade (1147-1149) à laquelle elle participe et de la Troisième Croisade (1189-1192) à laquelle participent son fils le roi d’Angleterre Richard Coeur de Lion et le roi de France Philippe-Auguste
  • de l’essor des ordres religieux tel celui de Cîteaux (fondé en 1098) mais aussi de celui de Fontevraud (fondé en 1101)
  • de la construction des cathédrales gothiques (telle Saint-Pierre de Poitiers commencée vers 1155 ou Notre Dame de Paris commencée en 1163)
  • de celle des châteaux-forts les plus sophistiqués (tel Château-Gaillard commencé en 1197)
  • du développement et de la confirmation des franchises et chartes de libertés dans les villes (1175 pour la charte de commune de La Rochelle, 1199 pour la confirmation de celle de la ville de Poitiers ).

La postérité d’Aliénor d’Aquitaine ?

En 2004, à l’occasion du 800e anniversaire de sa mort, un timbre a été émis. Le voici : le dessin s’appuie sur une miniature représentant une scène en 1147 où Aliénor (reine de France et encore très jeune -25 ans-) s’entretient avec un poète puisque c’est là l’image qu’on aime rappeler.

image Aliénor timbre

Le timbre émis pour le 800e anniversaire de la mort d’Aliénor d’Aquitaine

Peu d’établissements scolaires de Nouvelle-Aquitaine (et aucun ailleurs semble-t-il) portent le nom d’Aliénor d’Aquitaine : c’est le cas d’un lycée général et technologique de Poitiers créé en 1975. La petite histoire prétend qu’au XIX e siècle, quand il s’était agit de baptiser le lycée de jeunes filles situé au centre de Poitiers, le nom d’Aliénor avait circulé mais on avait trouvé plus sage de le baptiser Victor Hugo…

Quatre collèges Aliénor d’Aquitaine existent dans le département de la Gironde (l’un à Bordeaux,  un  autre à Castillon-la-Bataille, un troisième à Martignas-sur-Jalle, un quatrième à Salles dans la forêt des Landes pas très loin d’Arcachon) ; un autre en Dordogne (à Brantôme), un dernier se trouve  au Château d’Oléron, sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime).

C’est également sur l’île d’Oléron qu’on peut avoir l’étonnement de trouver dans l’église de Saint-Pierre d’Oléron, une reproduction du gisant d’Aliénor, une manière de rappeler qu’en 1199 elle octroya une charte de libertés et divers privilèges aux insulaires.

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