Pondichéry et les Internautes !

En cette fin d’année scolaire, une manière de se préparer à l’épreuve du Bac est de se confronter à un sujet récent (d’où l’intérêt de suivre en avril la sortie du cru « Pondichéry 2017 »), d’en proposer un corrigé à nos élèves tout en en profitant pour rappeler quelques conseils plus généraux notamment sur l’analyse critique de carte et sur la cartographie. Voici le sujet d’analyse critique de document proposé à Pondichéry pour les L/ES en 2017 !

La proposition de corrigé apparaîtra en italiques et les conseils en police normale. Voici le sujet dans sa totalité tel qu’il a été proposé (les cartes y sont un peu plus grandes et un peu plus lisibles qu’à l’écran) :

Sujet Pondichéry Histoire-Géo L et ES avril 2017

Sujet : des cartes pour comprendre le monde

Pondichéry carte 1 2017

Pondichéry carte 2 2017

Consigne : « Montrez que les deux documents sont complémentaires pour identifier les inégalités d’accès à Internet dans le monde. Confrontez-les pour mettre en évidence l’organisation géoéconomique du monde. »

  1. Analyser la consigne !

La consigne (comme c’est souvent le cas au Bac) a oublié de préciser qu’il faut d’abord présenter ces documents avant de chercher à en tirer de l’information :

  • nature (et donc types de carte parmi les différents types rencontrés dans l’année)
  • source (qu’est-ce que la Banque Mondiale ? Qu’est-ce que l’UIT ? Qu’est-ce que Courrier International ? Qui sont McKinsey et Co ?)
  • date (dans le domaine de l’accès à Internet où les choses changent très vite, une carte qui a 10 ans est périmée alors qu’en géographie une carte qui a 10 ans et porte sur l’espérance de vie est encore très utilisable car un tel phénomène n’évolue pas aussi vite).

Personnellement je formule donc toujours la consigne de la manière suivante :

« Après avoir présenté les documents vous montrerez ce qu’ils peuvent apporter à… » suivi du thème ou du chapitre du programme étudié en classe.

Ainsi on pourrait reformuler la consigne de cette manière : « Après avoir présenté les deux documents vous montrerez ce qu’ils peuvent apporter à la connaissance de l’organisation géoéconomique du monde. »

2. Raccrocher ce sujet au programme !

Notre programme de Géographie de Terminale  s’intitule « Clés de lecture d’un monde complexe ».

Dans cet exercice proposé à Pondichéry, on se situe à la fois dans le thème I « Des cartes pour comprendre le monde »  (dont l’idée est de montrer que les cartes –à différentes échelles- sont en effet des clés de lectures parce qu’elles permettent de visualiser certains phénomènes qui ne sont pas forcément aussi évidents à comprendre dans un écrit) et le thème II « Les dynamiques de la mondialisation » (dont l’idée est de montrer que le phénomène de mondialisation est une clé de lecture importante qui permet de comprendre l’évolution de ce monde contemporain si complexe).

La première chose à faire avant même d’étudier ces documents c’est donc d’essayer d’abord de se souvenir des quelques éléments de connaissances qu’on a retenu de ces 2 thèmes :

  • L’idée qu’il existe différents types de représentations cartographiques (notamment les anamorphoses, dans lesquelles le fond de carte est remplacé soit par des quadrilatères dont la taille est proportionnelle au phénomène analysé (la population, le PIB), soit déformé de manière proportionnelle au phénomène analysé avec le souci, dans un cas comme dans l’autre, que les différents États soient reconnaissables –par l’agencement des quadrilatères ou des territoires-.
  • L’idée que, dans le phénomène de mondialisation, l’accès à Internet est un des critères cartographiables qui permet de montrer l’inégale intégration des différents territoires.

3. Les types de documents choisis par les concepteurs du sujet

Au Bac il n’y pas de piège, voilà pourquoi on n’a pas choisi de cartes du monde muettes et le cartographe a eu la bonne idée de mettre quelques noms de pays (comme autant d’exemples) notamment ceux sur lesquels on pourra faire porter l’analyse critique sans faire des confusions en mélangeant des territoires qu’on ne reconnaît pas ou qu’on peut difficilement reconnaître à cause de la déformation liée à l’anamorphose.

Le cartographe a aussi rajouté des chiffres (en millions et en %) ce qui n’est pas une manière très orthodoxe de cartographier, mais cela va aider le candidat qui n’a pas appris les chiffres de population des grandes puissances mais est capable de faire des additions pour les retrouver en confrontant les 2 cartes. (car si 119 millions de Brésiliens sont connectés à Internet et 97 ne le sont pas on retrouve facilement un ordre de grandeur qu’on était sensé avoir mémorisé : qu’il y a un peu plus de 200 millions de Brésiliens !)

4. La phrase d’introduction

Comment démarrer sa copie ? Voici ce qu’on pourrait écrire dans une phrase d’introduction abrupte :

« Les deux cartes que nous allons analyser présentent de manière complémentaire les inégalités d’accès au réseau Internet dans le monde, critère aujourd’hui fondamental pour visualiser à la fois les inégalités de développement et l’inégale intégration des territoires à la mondialisation, c’est-à-dire mettre en évidence l’organisation géoéconomique du monde ».

Voilà une phrase d’introduction générale qui rattache les documents au thème d’étude et montre leur intérêt. Il va ensuite falloir détailler cette présentation

5. La suite de la présentation des documents

Elle doit être précise sur la source, la date, le type de représentation cartographique.

« Le document 1 est une anamorphose présentant les effectifs d’internautes dans le monde en 2014. Cette carte tire ses données statistiques de l’Union Internationale des Télécommunications et de la Banque Mondiale (organisations spécialisées travaillant dans la mouvance de l’ONU). Elles datent de 2015. La carte est adaptée d’une carte de Thierry Gauthé parue dans le journal Courrier International en avril 2016 (la carte initiale était sans doute en couleurs). C’est donc une carte destinée à un grand public ce qui explique qu’un certain nombre de noms de pays et de données statistiques aient été rajoutées en surcharge ce qui n’est pas une manière conventionnelle de cartographier sur une carte destinée à des spécialistes ».

Cette dernière remarque est importante : elle montre qu’on a pris conscience qu’il y a plusieurs manières de faire des cartes selon le public auquel on s’adresse.

« Cette anamorphose combine deux informations : le nombre d’Internautes par pays (plus ce nombre est élevé plus la forme représentée occupe d’espace) et le % d’internautes par pays (plus on est un pays industrialisé développé plus il est proche de 100 %, à l’inverse les pays pauvres en voie de développement et sous équipés apparaissent en blanc « .

Je commence par décrire le procédé utilisé pour cette carte sans pour l’instant rien en tirer.

« Le document 2 est une carte analytique intitulée « les 20 États qui concentrent le plus de personnes non connectées à Internet en 2013 ». Elle est fournie par la Banque Mondiale, date de 2014, et tirée d’un rapport du cabinet conseil américain McKinsey&Co.

C’est à nouveau une carte qui n’est pas faite par des géographes ni destinée à des géographes et qui présente, de plus,  un mode de représentation considéré comme erroné par les géographes universitaires pour lesquels un effectif ne peut pas être représenté par une gamme de gris ! »

Dans la faculté de Géographie où j’assurais autrefois un TD de cartographie pour les Premières années, une telle carte, aurait  valu une très mauvaise note à un étudiant ! Pourtant de nombreuses cartes destinées au grand public tombent dans ce qui représente pour moi une grave erreur de conception car, derrière elle, il y a une erreur de logique et une méconnaissance de la « sémiologie graphique » (c’est-à-dire du langage visuel utilisé pour faire des cartes).

6. Petite parenthèse sur  la sémiologie graphique

Un élève de Terminale est sensé avoir un petit bagage en matière de sémiologie graphique acquis au collège et au lycée : il sait au moins qu’il existe 3 types de figurés sur les cartes : des figurés de surface (par exemple le territoire d’un État colorié d’une certaine couleur), des figurés linéaires (par exemple un trait représentant une route maritime) et des figurés ponctuels  (par exemple un disque qui représente une ville).

Mais cela ne suffit pas. Une représentation cartographique est pertinente si et seulement si :

  • Des phénomènes similaires sont représentés par des figurés similaires : par exemple
    • deux villes mondiales de même importance le sont par des disques de taille et de couleur semblable
    • deux pays ayant le même niveau de développement (ou le même rôle dans la mondialisation selon la typologie qu’on a choisie) sont coloriés avec la même couleur (ce qui permet de faire apparaître sur la carte du monde des régions concentrant ce type de pays)
  •  Les phénomènes sur lesquels on veut attirer l’attention parce qu’ils sont importants attirent l’œil parce qu’ils sont :
    • plus grands: c’est ce qui est ce qui est capté de manière très intuitive par le cerveau : ainsi un grand triangle représentant un port sera instantanément compris comme un grand port par rapport à un autre plus petit et de même couleur
    • d’une couleur ou valeur plus intense :
      • noir par rapport au gris ou au blanc quand on est en noir et blanc
      • rouge par rapport au orange, jaune  quand on est en couleur.

 

  • Soit la présence d’un nombre limité de couleurs permettant de « discriminer » (c’est-à-dire de distinguer) les différents territoires représentés  sur une carte : c’est ainsi que sont conçues les cartes politiques du monde.
carte politique du monde.jpg

Les  6 couleurs de cette carte politique n’ont autre rôle que de permettre de bien distinguer 2 États voisins,  par exemple de montrer comment bien distinguer Indonésie, Malaisie, Philippines et Papouasie-Nouvelle Guinée

  • Soit la présence d’un système de couleurs (une « gamme de couleurs ») ou de gris (une « gamme de gris ») permet de suggérer la hiérarchisation d’un phénomène de manière à ce que 2 couleurs proches représentent deux catégories proches et les 2 couleurs  de la « gamme » les plus éloignées (ou le noir par rapport au blanc) représentent 2 catégories opposées.
IDH 2003

Voici un type de représentation par « gamme de couleurs » : l’IDH (Indice de Développement Humain) en 2003 (il y a donc 15 ans mais contrairement à l’accès à Internet cet indicateur n’a pas beaucoup varié en 15 ans). Ce mode de représentation met bien en évidence l’opposition entre les pays les plus développés (en rouge) et ceux qui le sont le moins à l’autre bout de la gamme (jaune clair) et sont principalement localisés en Afrique subsaharienne. Le cartographe a voulu attirer l’œil sur les pays les plus développés. Il s’agit là d’une carte des nombreuses cartes réalisées par deux spécialistes de cartographie Roberto Gimeno et Patrice Mitrano réalisées dans les règles de l’art et qu’on retrouve dans des articles de la revue Questions internationales

Mais voici une autre manière de représenter l’IDH qui provient du Monde Diplomatique :

IDH 2005

L’IDH en 2005 : la gamme de couleurs choisie est très élégante mais pas très conventionnelle (il manque du vert entre le jaune et le bleu). L’œil est cette fois attiré par le retard de développement de l’Afrique Subsaharienne. Attention : le découpage des classes fait que cette fois-ci la Russie apparaît plus développée que la Chine alors que sur la carte précédente elle était dans la même couleur. La moyenne mondiale de l’IDH n’est pas présente. Cette carte ne présente que 2 toponymes (les océans) peu utiles par rapport à son thème.

On a donc bien compris que le cartographe avait la capacité d’attirer l’œil de son lecteur sur ce qu’il veut faire ressortir. C’est ce qu’on nous demande de faire quand nous dessinons un croquis de synthèse : faire ressortir ce qui est nous semble le plus important dans ce que nous avons compris de l’organisation d’un espace en utilisant ces règles de la sémiologie graphique.

Ainsi en est-il de cette ébauche de croquis de synthèse sur l’inégale intégration des territoires dans la mondialisation que j’ai essayé de construire avec mes élèves et où, de part et d’autre de la limite « Nord »/ »Sud », j’ai choisi  une gamme de couleurs chaudes d’un côté, une autre de couleurs froides de l’autre.

 

Inégale intégration dans la mondialisation

Un croquis de synthèse qui tente d’attirer l’attention avec des couleurs chaudes (rouge) sur les pays industrialisés développés qui jouent le rôle le plus important dans la mondialisation et orange sur ceux qui sont moins peuplés mais tout aussi développés en les opposant (en vert foncé) aux pays les moins intégrés et le plus dominés). Hélas le scanner a quasiment gommé la distinction entre le jaune (Europe orientale et Russie -jaune avec points bleus-) et le vert clair des pays émergents. A la différence des 2 cartes précédentes qui étaient analytiques (elles ne représentaient qu’un seul phénomène, l’IDH), celle-ci est un croquis de synthèse dans la mesure où elle représente plusieurs éléments (une typologie des pays du monde selon leur niveau de développement et leur rôle dans la mondialisation ; les principales villes mondiales, les pays membres du G20, le groupe des BRICS, les principales organisations régionales).

7. Représentation cartographique et biais visuel…

Si on utilise une variation de couleur ou de valeur pour représenter un effectif réparti sur la surface d’un pays, on introduit un biais visuel : ainsi un très petit territoire avec un grand effectif va être quasiment invisible ; à l’inverse un très grand territoire avec un effectif pourtant identique va totalement capter l’attention. Notre perception visuelle est alors perturbée !

C’est le cas sur la carte 2 du sujet. Si on compare le Nigeria et le Brésil : les deux pays sont représentés par la même nuance de gris or le Brésil attire davantage l’œil parce que son territoire est plus vaste que celui du Nigeria. Pourtant les effectifs : 108 millions pour le Nigeria et 97 pour le Brésil ne correspondent pas avec cette impression visuelle qui attire notre regard sur le Brésil.

Donc le cartographe aurait dû agir autrement : sur chaque pays qu’il voulait représenter il aurait dû dessiner un disque dont la surface est proportionnelle au nombre d’internautes.

Ainsi nous aurions eu 2 disques sensiblement de la même taille sur le Brésil et sur le Nigeria qui auraient attiré notre regard autant l’un que l’autre.

7. Les experts et les cartes : simple illustration et interactivité ?

Mais ces réflexions, je n’oserais pas les écrire dans une copie de Bac car il est beaucoup trop long d’expliquer pourquoi un tel procédé introduit un biais visuel et nuit à la lecture de la carte. Et puis, qui oserait critiquer une carte de la Banque Mondiale ?

En fait les géographes ne sont pas très présents dans ces instances ni d’ailleurs dans la plupart des Grandes Écoles et Universités qui forment tous ces consultants internationaux et ces journalistes. Toutefois en France la cartographie a beaucoup progressé ces dernières années à Sciences Po et dans le Monde Diplomatique.

Car les géographes sont les seuls qui réfléchissent vraiment à la conception des cartes et au rôle qu’elles peuvent jouer pour argumenter.

Une journée d’étude organisée par l’APGH à Paris en novembre 2016 illustrait bien ce thème  on en trouve le compte-rendu  avec le lien suivant :

La carte un outil majeur pour expliquer le monde

Les autres font davantage des cartes parce que cela fait joli et sérieux dans un rapport d’expert ! Mais, globalement, ils ne s’en servent pas beaucoup pour réfléchir sur l’organisation d’un territoire ou la répartition dans l’espace d’un phénomène.

C’est pourtant souvent ce type de cartes que nous avons souvent à commenter et il est difficile pour un jeune de 17 ans d’oser avancer l’idée que ces cartes ne peuvent donc pas nous apporter grand-chose pour faire avancer notre réflexion surtout si, en plus, elles méconnaissent les règles de base de la sémiologie graphique !

Les experts aiment aussi beaucoup les cartes interactives par exemple cette carte de l’Organisation Internationale pour les migrations, fascinante à faire fonctionner, mais qui ne permet nullement de synthétiser ni d’expliquer les grands flux migratoires du monde (ce qui est pourtant ce qui nous intéresse en Terminale) :

Carte interactive de l’IOM sur les migrations dans le monde

8. Fin de la présentation des documents

Je me contenterai donc d’écrire de manière descriptive et neutre :

« Le document 2 est une carte du monde qui met en valeur les pays où le nombre d’habitants non reliés à Internet dépasse 40 millions : il met donc en évidence les pays qui sont à la fois les plus peuplés et pour lesquels une frange de plus de 40 millions d’habitants n’a pas accès à Internet.« 

9. Retour à l’exercice d’analyse de carte : il s’agit maintenant de retrouver sur les cartes ce qu’on sait déjà !

Ma présentation une fois faite il va falloir donc que j’essaie d’expliquer en quoi ces 2 cartes m’apportent des informations sur l’organisation géoéconomique du monde. En réalité ce qui me semble difficile pour un élève de Terminale c’est qu’il doit faire mine de retrouver sur la carte des choses dont il connaît déjà les grandes lignes (bref de montrer qu’il connaît son cours) !

Et s’il ne connaît rien, il ne saura rien dire d’intéressant sur ces cartes ! Et le correcteur aura du mal à noter la copie…

Ainsi un enfant qui ne sait pas lire et a beaucoup d’imagination pourra dire à propos de la première carte qu’en bas à droite qu’il y voit un moustique noir la tête en bas en train de piquer sa victime et une goutte de sang   ! Alors qu’un bon élève de Terminale aura bien perçu qu’il s’agit de la représentation de l’Australie -et de sa petite île de Tasmanie-, pays industrialisé développé d’un peu plus de 20 millions d’habitants et donc sous peuplé par rapport à son immense territoire (7,6 millions de km²) ce qui explique la forme étriquée que ce pays prend dans l’anamorphose -alors que par exemple la Corée du Sud est également en noir mais beaucoup plus grosse (car il y a 50 millions de Sud-Coréens). La couleur de ces 2 territoires (noir) montre que la quasi totalité de la population est reliée à Internet ce qui lui semble une évidence puisqu’il sait que ces 2 pays sont des pays industrialisés développés

10. L’émiettement politique et les grandes puissances démographiques du monde

Donc notre élève de Terminale a besoin d’avoir mémorisé quelques idées-clés sur l’émiettement politique, les grandes puissances démographiques et l’organisation géoéconomique du monde d’aujourd’hui.

Le monde d’aujourd’hui compte environ 200 États qui sont de taille et de poids démographiques très disparates.  Voilà pourquoi j’ai mis plus haut une carte du découpage politique mondial avec les noms !

Il existe un réel émiettement de la planète et même s’il n’est pas question de connaître la totalité de la carte par cœur, il ne serait pas inutile de se rappeler :

  • que l’Europe (si on met à part le cas de la Russie) est un continent qui ne représente qu’environ 600 millions d’habitants comporte une quarantaine d’États qui sont dans l’ensemble de taille petite et moyenne (550 000 km² pour la France qui est l’un des plus grands)  dont le poids démographique ne dépasse pas 80 millions (Allemagne), qu’il s’agit d’un continent très développé, surtout pour les pays d’Europe occidentale qui appartiennent pour leur très grande majorité à l’Union Européenne mais que l’Europe orientale et balkanique est moins développée.

 

  • que la Russie est le plus grand État du monde (17 millions de km²) mais ne compte que 145 millions d’habitants (alors que l’URSS qui était encore plus grande -22,4 millions  de km²- et comptait 280 millions à la fin des années 1990, ce qui en faisait un pays plus peuplé que les États-Unis).

 

  • que l’Afrique est un vaste continent  de 30 millions de km² et aujourd’hui compte 1100 millions d’habitants car ce continent  a connu une très forte croissance démographique ce dernier demi-siècle (et va continuer à en connaître une très forte). Il est très émietté (54 pays) et compte désormais des États très peuplés à commencer par le Nigeria – 160 millions d’habitants- mais aussi l’Égypte, l’Éthiopie et le Congo (plus de 80 millions d’habitants) et l’Afrique du Sud (50 millions).

 

  • que l’Amérique est un continent un peu moins peuplé (950 millions) avec un émiettement particulier : une trentaine d’États dont trois très grands États (États-Unis, Canada et Brésil), deux grands (Mexique et Argentine) plus une trentaine de micro-territoires dépendants des États-Unis ou de puissances européennes (dont certains sont des paradis fiscaux).

 

  • que l’Asie est un continent particulièrement peuplé avec deux 2 géants démographiques (Chine et Inde plus de 1 300 millions chacun) et d’autres pays tous plus peuplés que la France (Indonésie, Pakistan, Bangladesh, Philippines,Vietnam, Thaïlande pour l’Asie Orientale ; Turquie et Iran pour l’Asie occidentale.

bref le candidat au Bac doit avoir ces ordres de grandeur en tête, si bien qu’il ne sera donc pas surpris de retrouver ces pays mentionnés dans le document 2.

10. L’organisation géoéconomique de la planète

Sur le croquis de synthèse précédent, en distinguant les  « Nords  et les « Suds » on a, d’une manière certes imparfaite, tenté de réduire la complexité de la planète à un nombre limité de catégories : 4 pour les « Nords » et 4 pour les « Suds »

Une remarque : je mets toujours des guillemets à « Nord » et « Sud », c’est une manière typographique d’attirer l’attention du lecteur sur cette expression métaphorique popularisée par les journalistes (et de bien la différencier du Nord géographique, celui que donne l’aiguille d’une boussole).

Cette expression est apparue en 1980  dans un rapport commandé par la Banque Mondiale sur le sous-développement de la planète (écrit par une commission d’experts internationaux sous la direction du  Chancelier allemand Willy Brandt) et dont voici la couverture, très intéressante par rapport à notre sujet de Pondichéry.

rapport nord sud

Rapport nord-sud, 1980

La couverture de ce rapport utilise la projection de Peters (et non celle de Mercator), une projection qui redonne visuellement à l’Afrique sa taille réelle (30 millions de km²) par rapport aux latitudes tempérées, met donc bien en évidence que le problème du sous-développement, présent dans les États en bleu sur la carte, concerne des territoires extrêmement vastes à l’échelle de la planète.

Deuxièmement cette limite « Nord »/ »Sud » telle qu’elle est représentée aujourd’hui n’a foncièrement pas bougé et reste un marqueur des écarts de développement extrêmement pertinent. Les seuls territoires qui sont passés du « Sud » au « Nord » depuis cette période sont les 4 « Dragons » d’Asie du Sud-Est (Corée du Sud, Taïwan, Hong-Kong et Singapour).

Par contre ce qui a changé, c’est, avec la fin de la Guerre Froide, la restructuration économique des anciennes démocraties populaires d’Europe orientale entrées dans l’Union Européenne, l’explosion de la Yougoslavie et celle de l’URSS.

Par ailleurs certaines régions du « Sud », qu’on qualifiait de « Tiers Monde » à cette époque sont, dans le cadre du processus de mondialisation, devenues plus riches et développées et peuvent être qualifies de pays émergents : le monde de 2017 est donc, sur le plan économique, beaucoup plus complexe qu’il ne l’était en 1980.

Tiers Monde USA URSS.png

Le monde en 2008 vu par le dessinateur Chalvin, dessin présent dans M. Foucher, « les nouveaux (dés)équilibres mondiaux », la Documentation Française n°8072, nov-déc 2009 (document donné au Brevet à Pondichéry en histoire)

Par contre ce qui a changé dans ces pays émergents du Sud et qu’il n’est pas possible de représenter sur un planisphère c’est que les inégalités se sont creusées d’une part entre les habitants de ces pays et d’autre part entre régions littorales et urbanisées et campagnes de l’intérieur. C’est le cas notamment en Chine où l’on a vu émerger très rapidement une bourgeoisie extrêmement aisée.

Voici comment on pourrait commenter ces documents :

« L’accès des habitants à Internet de la planète est un critère indirect qui permet de saisir le niveau de développement et d’intégration à la mondialisation des différents territoires.

Cet accès à Internet nécessite d’avoir de l’électricité et, de préférence un réseau électrique et pas seulement des installations isolées (groupes électrogènes, panneaux photovoltaïques). Si on utilise un téléphone portable pour accéder à l’Internet (ce qui est de plus en plus fréquent y compris dans les pays émergents) il faut des antennes relais et  s’il n’y en a pas, il faut avoir recours à un système satellitaire. »

ou, par exemple, à ce nouveau système (sans doute coûteux) inventé en 2014 par une start-up kenyane pour faire face à l’absence de réseau électrique et l’absence d’antennes quand on est dans des coins isolés :

Une brique pour se connecter à Internet ?

« En fait cette technologie est donc coûteuse, voire extrêmement coûteuse et ne pouvait être rentabilisée il y a encore quelques années que s’il y avait un marché suffisamment important avec une forte densité et un niveau de vie élevé (donc une population urbanisée) ce qui n’était le cas que dans les pays du « Nord »

Par ailleurs cette technologie est extrêmement attractive du fait des multiples applications qu’elle permet (courrier, transfert de données, commerce en ligne, démarches administratives, jeux…) ce qui explique son succès extrêmement rapide (en l’espace de moins de 15 ans) dans les pays les plus développés et son essor considérable dans les pays émergents.

Cela explique donc que les taches noires du document 1, dont la surface est proportionnelle au nombre d’Internautes correspondent à tous les pays industrialisés développés (que nous avions colorié en rouge et orange dans notre carte sur la mondialisation)  : Canada et États-Unis auquel s’ajoute la Guyane française (pour le continent américain) ; une grande partie de l’Europe, Israël, les Émirats Arabes Unis, le Koweït et le Qatar, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong Singapour, Australie et Nouvelle-Zélande.

On observe encore un retard d’équipement en Europe du Sud et de l’Est (plus particulièrement en Ukraine et en Moldavie dont la situation économique reste difficile).

A l’inverse la part des Internautes est très faible (moins de 25 %)  en Afrique subsaharienne -à l’exception des États où la population est plus concentrée et donc les réseaux électriques déjà présents -Nigeria, Afrique du Sud, Kenya, Égypte- . La part est également faible en Inde (18 % d’internautes seulement) et dans les deux grands États musulmans  voisins du Pakistan et du Bangladesh.

En Indonésie elle est également faible mais le document 1 ne montre pas  le fait que l’île principale de Java où se trouve la capitale Jakarta et qui compte 1000 hab/km² présente la très grande majorité des 40 millions d’Internautes indonésiens et que les autres îles sont dans l’ensemble beaucoup moins équipées.

Sur cette anamorphose, le cartographe, en indiquant le nom des 10 États où le % d’Internautes était le plus faible, a surtout voulu mettre en évidence qu’il s’agissait le plus souvent de petits États, enclavés et  déstabilisés sur le plan politique (ce qui a empêché tout investissement dans un tel secteur) par exemple l’Érythrée, la Somalie. 8 d’entre eux se situent en Afrique subsaharienne.

Ces disparités des pays selon le pourcentage de personnes ayant accès à Internet sont complétées par le document 2 qui veut montrer le chemin qui reste à parcourir dans les pays les plus peuplés (donc ceux qui, a priori, ont un marché suffisamment porteur pour qu’il soit intéressant d’y investir) pour imaginer un meilleur accès à Internet.

On voit donc ici à quel point l’Asie orientale avec sa population de près de 4 milliards demeure la région du monde où il reste d’énormes marchés à conquérir : plus d’1 milliard d’Indiens, plus de 700 millions de Chinois, plus de 200 millions d’Indonésiens, plus de 150 millions de Pakistanais et de Bangladeshis n’ont pas accès à Internet du fait de leur isolement et/ou de leur pauvreté.

Mais ce non-accès à Internet concerne également des pays plus riches où la population est extrêmement dispersée sur un vaste territoire comme les États-Unis ou la Russie : dans ces 2 États 50 millions de personnes ne sont pas reliées à Internet.

Enfin l’Afrique subsaharienne représente donc un continent pour l’instant très peu équipé cumulant tous les handicaps du sous-développement : instabilité politique, pauvreté, infrastructures insuffisantes et notamment indigence des réseaux électriques et téléphoniques. »

On pourrait terminer sa copie ainsi en parlant de changement d’échelle (ce qui est une démarche très géographique) :

« Ainsi l’accès à Internet constitue bien l’un des marqueurs  de l’inégal développement et de l’inégale intégration des territoires dans la mondialisation mais il serait très intéressant de pouvoir observer cet accès sur des cartes à d’autres échelles plus fines, celles d’un pays et celle d’une ville. »

Pour finir une petite photo qui montre  que tout cela évolue très vite, par exemple au Vietnam, un marché de 90 millions d’habitants avec une très forte concentration de la population :

4 G Hanoï avril 2017

Brigade de publicité pour la 4G de l’opérateur Viettel (1er opérateur mobile dans le pays) : centre-ville d’Hanoï (Vietnam), avril 2017 (cliché C. Porquet)

 

 

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