En passant par la Lorraine le 25 mars 2017…

Comment  parler de la « construction européenne » à nos élèves depuis le Poitou-Charentes ?

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La statue de Robert Schuman (1886-1963) devant l’hôtel de ville de Thionville. Il a été élu et réélu député de la circonscription de Thionville de 1919 à 1940 puis de 1945 à 1962

Le 25 mars 2017, la régionale APHG de Lorraine organisait à Thionville une journée de conférences à l’occasion du 60e anniversaire de la signature des traités de Rome.

Une occasion pour évoquer les fondateurs, Jean Monnet et Robert Schuman, mais également pour des mises à jour importantes sur des questions plus complexes : la position du Royaume Uni depuis les débuts du projet européen, les difficultés de la Grèce, les complexités de la Turquie, les différentes formes d’euroscepticisme

Les différents intervenants français, allemands, luxembourgeois, grecque étaient tous des universitaires de Metz, Nancy, Strasbourg, du Luxembourg. Des régionaux de l’étape comme nous dirions dans le Tour de France !

Car parler d’Europe à Thionville a quelque chose de presque évident…

Mais parler de l’Europe communautaire depuis le Poitou-Charentes est chose plus délicate. Nos élèves ont parfois du mal à comprendre l’intérêt de cette construction si heurtée et si complexe. Et leurs parents encore davantage ?

Je pense donc qu’il faudrait, pour qu’ils soient plus sensibles à cette thématique, d’abord évoquer la Lorraine, ses paysages et son histoire et notamment cette Lorraine mosellane autour de Thionville. Et commencer par parler de ses habitants et leurs préoccupations quotidiennes… qui surprennent le géographe ou l’élève qui vit au bord de l’Atlantique. C’est ce que je tenterai de faire dans cet article.

La première chose à faire est peut-être d’avoir sous les yeux une carte permettant de visualiser la petite région dont nous allons parler. J’en ai trouvé une sur le site Géographica Dans la marge, site de Jean Michel Dauriac (professeur de Géographie en Khagne au lycée Montaigne) carte qui  est insérée dans un article de 2008 intitulé « Lorraine : étude géographique » (niveau d’un élève de Khâgne) :

Lorraine étude géographique

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Population du sillon lorrain. Il manque l’échelle : 35 km entre Luxembourg-ville et Thionville ; 30 km entre Thionville et Metz ; 55 km entre Metz et Nancy, 70 km entre Nancy et Epinal ; 

Un corridor pour transfrontaliers

Je suis arrivée à Thionville un vendredi en fin d’après-midi  par le « Métrolor »… qui n’est, à première vue, qu’un simple TER (transport express régional) , financé par le Conseil Régional de Lorraine comme le sont, dans toutes nos régions françaises, les transports de ce type !

Métrolor

Une rame du Métrolor aux couleurs de la région Lorraine : deux étages pour faire face à l’afflux des voyageurs

TER Poitou-Charentes.jpg

Une rame d’un TER Poitou-Charentes en rase campagne…

Le « Métrolor » est ce TER cadencé (4 par heure environ) qui monte et descend la vallée de la Moselle avec comme terminus Nancy au sud, Luxembourg au Nord. Les rames ont deux étages. C’est un élément essentiel pour le transport des travailleurs de cette région et notamment des très nombreux travailleurs frontaliers français qui vivent en Lorraine et travaillent au Luxembourg.

La concentration de population autour de Nancy (aire urbaine de plus de 400 000 habitants) et de Metz (aire urbaine du même ordre) et les très fortes densités entre Metz et la frontière luxembourgeoise expliquent cette importance des TER dans le corridor lorrain.

Le Métrolor est en effet  l’une des premières dessertes cadencées mises en place en province dès le début des années 1970 (auparavant seule l’agglomération parisienne avait des trains de banlieues puis des RER (1972). Nos confortables TER de Poitou-Charentes sont une innovation beaucoup plus récente… une quinzaine d’années  à peine et la desserte est forcément  modeste compte-tenu d’une population beaucoup moins importante à transporter (15 liaisons par jour par exemple sur le tronçon le plus emprunté : La Rochelle-Rochefort)

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La Maison du Luxembourg de Thionville s’occupe de toutes les questions pratiques auxquelles sont confrontés les transfrontaliers. Sur l’affiche de la façade, un Métrolor qui arrive à Luxembourg-ville

La question des transfrontaliers est présente partout dans ce corridor mosellan. L’une des premières maisons qu’on rencontre lorsqu’on quitte la gare de Thionville et qu’on traverse le pont sur la Moselle pour entrer dans la vieille ville est la « Maison du Luxembourg », qui renseigne sur les différentes démarches nécessaires pour un Mosellan qui travaillerait dans le Grand Duché voisin de seulement quelques kilomètres.

Et le journal gratuit qu’on trouve devant la gare est L’essentiel, un « gratuit » qui donne l’actualité du Luxembourg, évoque les problèmes quotidiens (travaux en cours, programmes immobiliers, embouteillages…) et présente des offres d’emplois.

Et c’est là pour moi une nouvelle surprise. Je savais que le Luxembourg avait trois langues officielles : l’allemand, le français et le luxembourgeois, ce  parler germanique très proche du « patois lorrain » autrefois parlé dans les campagnes mosellane côté français).

J’imaginais que dans ce petit État, le plus riche de nos partenaires européens avec un RNB/hab estimé à  58 000 Euros  (contre  40 000 pour la France  -données INED 2014-), un frontalier lorrain pourrait se contenter de parler allemand et français, anglais s’il travaille à l’international.

Or beaucoup d’annonces demandent la connaissance du luxembourgeois (en réalité tous les emplois de service où l’on est en contact avec des Luxembourgeois  dont c’est la langue du quotidien !) Et cette langue que leurs grands parents parlaient, nos Lorrains de Moselle ne la connaissent plus ! Elle n’a pas été transmise comme la très grande majorité des langues régionales françaises, considérées comme des patois, sans intérêt pour entrer dans la modernité et trouver un emploi.

Aujourd’hui un certain nombre de frontaliers réapprennent cette langue pour pouvoir mettre cela sur leur CV et avoir plus de chances d’être embauchés au Luxembourg.

dialectes de Moselle

Carte tirée de Wikipédia qui présente la limite entre les différents parlers germaniques et romans. Le francique mosellan et le luxembourgeois se prolongent au delà de la frontière au Luxembourg et en Allemagne

On s’aperçoit donc que le Grand Duché avec ses 400 000 habitants et ses près de 90 000 travailleurs français frontaliers fait en partie vivre cette vallée de la Moselle grâce à ses salaires élevés.

La Moselle, une région germanique ?

Autre  remarque : la proximité de l’Allemagne et du Luxembourg mais aussi l’histoire expliquent que l’apprentissage de l’allemand comme langue vivante reste important dans cette région… plus important qu’ailleurs en France. Quoique…

L’Universitaire allemand, professeur à l’Université de Metz qui parle un français irréprochable et nous a fait un exposé sur le parcours de Jean Monnet (Andreas Wilkens) m’expliquait qu’un nombre important de ses étudiants de  Metz ont pris… espagnol  ou italien en 2e langue et ne connaissent pas du tout l’allemand  !

Impossible alors pour un tel étudiant en histoire d’aller fourrer son nez dans les Archives de la Moselle entre 1871 et 1919 ce qui nécessite à la fois de connaître l’allemand et la graphie gothique imprimée comme manuscrite.

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Exemple d’acte notarial de 1910 rédigé à Dieuze (Moselle, arrondissement de Château-Salins) concernant la propriété de parcelles agricoles. On trouve 3 polices de caractères : gothique imprimé (formulaire), gothique manuscrit (le texte et les prénoms), écriture latine (nom des parcelles et noms de famille). Un bel exemple des difficultés à travailler sur l’histoire de la Lorraine si, même sur des documents qui n’ont qu’un siècle, on a déjà de pareilles difficultés à lire avant même de comprendre ce qu’ils signifient !

Étonnant dans une ville où l’on ne parlait presque plus qu’allemand en 1918… et à nouveau en 1944. Il m’avait semblé que plus de 50 ans après la signature d’un traité d’amitié franco-allemand (le traité de l’Élysée du 26 janvier 1963) , apprendre l’allemand au collège et au lycée pour pouvoir plus tard, étudier ou travailler en Allemagne serait une évidence en Lorraine !

Certes l’enseignement de l’allemand y est plus développé qu’ailleurs en France  (où c’est une langue qui n’est étudiée que par 16 % des collégiens) mais finalement d’une manière pas aussi flagrante.

La région a été très fortement marquée par les deux périodes où elles s’est retrouvée allemande de 1871 à 1919 et à nouveau de 1940 à 1944.

Vu des bords de l’Atlantique, nous avons souvent juste retenu que les 3 départements du Bas-Rhin (Strasbourg), du Haut-Rhin (Colmar et Mulhouse) et de Moselle (Metz) avaient été annexés par l’Empire allemand suite au traité de Francfort/Main de 1871, que nos compatriotes français annexés avaient dû apprendre l’allemand à l’école, qu’ils avaient combattu dans l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale et qu’ils avaient été bien contents de redevenir français en 1919…

La situation sur le terrain est plus complexe. Première chose,  très peu d’Alsaciens-Mosellans ont quitté leur région d’origine après l’annexion de 1871 quand bien même ils avaient jusqu’à 1872 pour faire une déclaration pouvoir rester français et quitter les départements annexés. Aucun paysan, quelques ouvriers… mais un certain nombre d’industriels qui ont pu vendre leurs usines et en reconstruire d’autres côté français ont fait ce choix.

D’autre part de 1871 à 1919 la Lorraine a été marquée par un très grand essor urbain et industriel mais aussi socio-culturel dont les traces sont encore présentes dans les constructions qu’on trouve notamment à Metz (comme le quartier de la gare) ou Thionville.

bâtiment Thill Thionville

Un immeuble dans le centre de Thionville, dans un style caractéristique de l’époque de l’annexion allemande (il date de 1904)

L’Alsace et la Lorraine profitent au passage des lois sociales mises en place par Bismarck pour neutraliser les socialistes allemands. L’immigration allemande est importante à cette époque dans les villes des départements annexées.

La germanisation du système scolaire ne pose pas de problème particulier. Il faut aussi prendre conscience de la longue durée de cette annexion à l’échelle d’une vie individuelle : 48 ans… soit 2 générations complètes et de la situation linguistique particulière à ces 3 départements.

Le français y était la langue des villes, de l’administration, de l’école avant 1871 mais la vie quotidienne en milieu rural utilisait beaucoup deux parlers germaniques, l’alsacien en Alsace et les parlers lorrains en Moselle. Globalement il n’y a plus beaucoup d’occasion d’utiliser le français pendant ces 48 ans…

Donc les Alsaciens-Mosellans qui se battent sous l’uniforme allemand pendant la Première Guerre mondiale accomplissent leur devoir sans se poser davantage de questions que leur compatriotes français qui le font sous uniforme français et meurent dans des proportions similaires…

Et, en 1919, on se contente, sur les monuments aux morts, des départements annexés et récupérés par la France de la sobre mention « A nos morts… »  contrairement à  la France de l’intérieur où l’on trouve plutôt la mention « A nos morts pour la France ».

Quand la Lorraine redevient française en 1919, Robert Schuman est élu député : il est jeune (33 ans) et défend ses compatriotes lorrains contre l’ignorance des « Français de l’intérieur » concernant  les préoccupations des Lorrains en matière linguistique, en matière religieuse (le Concordat de 1801 est toujours en vigueur en Alsace-Moselle où la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ne s’applique pas) et en matière sociale (les lois sociales allemandes sont en avance sur celle de la France à cette date).

A l’époque l’Alsace et la Moselle manquent de francophones dans l’administration. On est même obligé de faire des aménagements pour les concours de recrutement de fonctionnaires afin que les candidats puissent passer les écrits en allemand et ne subir qu’une épreuve orale de français (avec une note inférieure à 10/20 comme note éliminatoire).

La situation est compliquée : en n’affectant comme instituteurs que des Français de l’intérieur qui ne connaissent pas un mot d’allemand on ne peut pas réduire l’écart de la meilleure manière.

En fait les Alsaciens et Mosellans n’ont pas été malheureux quand ils étaient allemands (sauf pendant la Première Guerre mondiale notamment dans les zones les plus proches du front)… Ils veulent bien (re)devenir Français mais à condition qu’on ne commence pas à leur inventer des chicaneries inutiles.

De l’annexion de fait de 1940 à 1944, le souvenir reste beaucoup plus proche et beaucoup plus douloureux à cause de l’incorporation de ceux qu’on appelle les « Malgré Nous ».

Il s’agit des 130 000 Alsaciens-Mosellans enrôlés dans la Wehrmacht  sur le front russe dont 40 000 ne sont jamais rentrés : morts sur le front ou dans les camps de prisonniers soviétiques (Ce phénomène s’est également produit au Luxembourg voisin où l’on parle « d’enrôlés de force »).

Le problème de la réintégration des Alsaciens-Mosellans se pose à nouveau à la fin de la Seconde Guerre mondiale sauf que cette fois la perception de cette annexion est bien différente. Les « Malgré nous »  avaient entre vingt et quarante ans, ils étaient nés français pour la plupart et en tout cas tous avaient été scolarisés en français (contrairement  à leurs parents nés et scolarisés en allemand). Se battre sur le Front de l’Est pour le régime nazi n’allait pas de soi, même s’il était très difficile de s’y soustraire sous peine de représailles envers sa famille.

Mais en même temps la germanisation de la vie quotidienne a été rapide, d’autant plus rapide que les générations les plus âgées (celles qui avaient fini leur scolarité avant 1919 parlaient toujours allemand).

Après la guerre des échanges scolaires sont organisés entre jeunes « Français de l’intérieur » et petits Alsaciens-Mosellans pour que la réintégration se passe bien : mon père se souvient en 1946 de son correspondant de Colmar qui vient jusqu’à Bayeux et du retour conjoint des petits Normands et Alsaciens jusqu’au Haut-Rhin, département où l’on ne parle vraiment pas beaucoup français dans les cours de récréation !

En 1945 en Alsace-Moselle, on est face à une population libérée avec difficulté par les Américains qui ont rencontré une forte résistance militaire d’abord sur la Moselle puis sur le Rhin et occupent une région où les habitants parlent allemand mais se considèrent français et sont heureux d’être enfin libérés plusieurs mois après Paris malgré les destructions subies.

La vallée de la Moselle : un grand axe de circulation intra-européen

Autre sujet d’intérêt pour un géographe des rives de l’Atlantique : la Moselle canalisée où circulent un certain nombre de péniches à grand gabarit transportant des pondéreux.

Là encore la présence d’un axe fluvial majeur qui relie la région à l’Europe rhénane n’est pas pour rien dans l’ouverture commerciale de cette région et son rôle dans la construction du « Marché Commun » mis en place en 1957.

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Le pont sur la Moselle à Thionville reconstruit après la Libération, seul pont de la ville (qui se situe essentiellement sur la rive gauche sauf la gare et l’IUT)

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La Moselle est désormais canalisée depuis les années 1950 d’où des crues qui demeurent importantes (comme celle de 1983) mais à un niveau beaucoup moins catastrophique que la crue centennale de 1947 restée dans les mémoires si peu de temps après la Libération

Voici ce que titrait le Républicain lorrain (le quotidien de Metz) de 1964 :

Mardi 26 mai 1964, 13h30… L’accès à la mer par voie d’eau est ouverte à l’industrie lorraine

La Moselle canalisée ouverte solennellement au trafic

La date du 26 mai 1964 marquera à jamais ce qui est un véritable tournant pour l’économie européenne en général et l’économie lorraine tout particulièrement. Depuis hier, la Moselle, rivière devenue canal, est, en effet, ouverte officiellement à la navigation commerciale, sur 270 kilomètres depuis le port de Thionville-Illange jusqu’à Coblence, où ses eaux se mêlent à celles du Rhin.

Cette réalisation – la plus importante encore jamais accomplie en commun par trois nations européennes et qui a nécessité 7 ans de travaux représentant une dépense de près de un milliard de nos francs – donne à notre province un accès, par voie d’eau, à la mer du Nord.

Historiquement les voies navigables ont joué un rôle majeur dans les flux commerciaux en Europe et tout particulièrement dans le bassin-versant du Rhin. Leur aménagement récent a grandement amélioré les échanges.

Dans la deuxième moitié du XIX e les chemins de fer ont permis d’améliorer encore les liaisons puis dans la deuxième moitié du XX e siècle les grands axes autoroutiers ont encore facilité la circulation.

Un chapelet de villes commerciales dans l’Europe rhénane prospères depuis le Moyen Age.

On est frappé de la parenté de toutes ces villes du Rhin : par son aspect et son organisation la ville de Thionville ressemble beaucoup aux petites villes commerçantes qui s’égrènent le long du Rhin et de ses affluents – Moselle, Neckar, Main-

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Le beffroi de Thionville qui servit d’hôtel de ville aux XVIe et XVIIe s. Une plaque rappelle que Thionville a obtenu une charte de libertés dès le XIII e siècle (1239) à une époque où cette ville dépend du seigneur du Luxembourg.

Ainsi quand on met en parallèle ces deux photographies du centre-ville de Thionville et de celui de Spire (en Allemagne sur le Rhin) on ne peut être que frappé des similitudes :

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Le centre-ville de Thionville (40 000 habitants pour la commune) avec ses rues piétonnières, ses arcades, des terrasses. A l’arrière-plan un immeuble datant de la reconstruction

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Le centre de Spire petite ville d’Allemagne de 50 000 habitants au bord du Rhin avec ses rues piétonnières, ses terrasses

De plus dans toute cette région rhénane les communautés juives de ces villes commerçantes ont joué un rôle important dans le commerce du Moyen Age  à l’époque contemporaine.

Le nazisme a porté un coup terrible à ces communautés mais  les synagogues détruites ont été reconstruites après guerre, plus précocement en France qu’en Allemagne (la synagogue de Spire détruite dans les années 1930 a été récemment reconstruite -2011-).

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La synagogue de Thionville inaugurée en 1957 (l’ancienne avait été détruite en 1940)

Une vallée industrielle

Troisième  remarque : la présence quasiment continue entre Metz et Thionville de grosses entreprises industrielles. Un peu comme s’il y avait une usine comme celle d’Alstom à Aytré (qui est avec ses environ 1 000 salariés la plus grosse entreprise industrielle de Poitou-Charentes !)  tous les 5 km !

On est dans une véritable « rue industrielle » même si certaines installations sont en friche, même si le parc Walygator a remplacé certaines installations  sidérurgiques fermées.

L’industrie a ici envahi les paysages et la vie sociale.

Le Républicain lorrain du 25 mars 2017 évoquait les expérimentations menées dans les laboratoires de R&D d’Arcelor-Mittal à Maizières-les-Metz pour tester les aciers de demain plus durs et  donc susceptibles d’être usinés en tôles plus fines.

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Le site d’Arcelor-Mittal à Maizières-les-Metz entre Metz et Nancy, un site tourné vers la recherche sur les aciers de demain

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ArcelorMital est la première entreprise transnationale mondiale dans le secteur de la sidérurgie. Elle résulte de la fusion en 2006 du groupe luxembourgeois Arcelor et de l’entreprise indienne du milliardaire Laskhmi Mittal. Elle produit près de 100 millions de tonnes d’acier et emploie plus de 200 000 salariés à travers le monde. Son principal centre de Recherche & Développement en Europe se trouve à Maizières-les-Metz et emploie plus de 500 personnes

Cet article montre à quel point la sidérurgie perçue encore comme une vieille industrie de la Première Révolution industrielle est toujours une industrie à la pointe de la technologie. Certes son caractère dévoreur d’espace, ses installations rouillées et sans charme n’ont pas totalement changé mais on fabrique dans nos hauts-fourneaux du XXI e siècle des aciers de plus en plus spéciaux et d’une qualité de plus en plus grande (en tout cas pour les aciers nécessaires dans la métallurgie et notamment l’automobile).

Vu de l’autre bout de la France l’emballement médiatique à propos de la fermeture des 2 hauts-fourneaux de Florange (qui ne sont effectivement plus en production depuis 2011), donnait l’impression qu’on avait fermé le site ce qui est faux : il reste la cokerie et le laminoir ainsi que les installations à froid soit apparemment plus de 2000 emplois.

Par contre il est certain que cette toute petite région a vu, depuis les années 1970, une restructuration considérables de ses installations sidérurgiques avec de nombreuses fermetures totales et de grosses pertes d’emploi.

Ainsi le site sur lequel est installé le parc Walygator, anciennement parc Schtroumpf (puis Walibi) créée en 1989.

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Le parc Walygator avec son grand huit se trouve également à Maizières-les-Metz. Il offre une autre facette des paysages d’aujourd’hui quand des friches industrielles sont réutilisées pour des installations de loisir (le phénomène se retrouve aussi au Japon)

Cet excellent couloir de circulation et la présence très forte de la sidérurgie  dans les paysages et dans les esprits explique pourquoi la signature  du traité sur la CECA (Communauté Économique du Charbon et de l’Acier) en 1951 a été perçue comme un élément si important dans cette région et pourquoi nous n’y voyons souvent qu’une étape oubliée dans le processus de construction de l’Europe communautaire.

Une région traumatisée par les guerres

Un autre élément qui frappe le visiteur à Thionville concerne, les traces de l’annexion et des guerres. On ne peut pas non plus passer à côté de l’importance des casernes : le 40e régiment de transmissions y occupe un immense pâté de maison en plein centre-ville ; d’anciennes casemates y sont en cours  de restauration ; des bastions dominent  la Moselle.

Mais aussi les traces de la difficile Libération sont présentes : à côté des quartiers vestiges de l’annexion allemande on trouve des pâtés d’immeubles caractéristiques de la reconstruction après-guerre. Une plaque près du pont (reconstruit après guerre), rappelle la Libération de la ville par les Américains le 11 novembre 1944 (d’où une place du double 11 novembre -1918 et 1944- !) La Moselle a été un obstacle majeur sur lequel l‘armée américaine est restée bloquée, à la fin de la guerre. Ce n’est que le 5 septembre qu’ils attaquent au Sud à Pont-à-Mousson, ils ne prennent Thionville qu’en novembre.

Plusieurs plaques rappellent aussi le fait que les habitants de la région ont été des « malgré nous » (notamment  à la gare), qu’ils ont été incorporés dans l’armée allemande entre 1940 et 1944.

Schuman un personnage emblématique de Thionville : 38 ans  comme député de la circonscription

Né en 1886 à la frontière luxembourgeoise d’un père lorrain et d’une mère luxembourgeoise, il commence par faire ses études au Luxembourg. Il veut devenir juriste. S’il avait continué là-bas il aurait dû faire ses études supérieures en France ou en Belgique en français.

Mais en fait il préfère passer son Bac… ou plutôt son Abitur au lycée impérial de Metz (actuel lycée Fabert) pour pouvoir aller faire des études supérieures en Allemagne et ainsi s’installer comme juriste en Lorraine.

Après la guerre il devient Français. Il est élu député de Thionville en 1919 et sera constamment réélu jusqu’en 1962. Il connaît extrêmement bien les problèmes de la Lorraine et ses partenaires allemands et luxembourgeois.

Il sera un éphémère Président du Conseil de la IV e République de novembre 1947 à septembre 1948 mais son rôle le plus marquant est celui  de Ministre des Affaires Étrangères de 1948 à 1952, et c’est à cette période qu’il lance son « plan Schuman » (le 9 mai 1050) qui aboutit à la CECA.

Ainsi, dans ce couloir mosellan, la CECA (1952), la réalisation du « Marché Commun » (1957) et la libre-circulation des hommes, ont, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale considérablement transformé la vie quotidienne des Mosellans mais aussi celle de tous ces Européens qui vivent dans une région-frontière qui avait été antérieurement frappée par les guerres de manière récurrente.

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