De la carte au croquis : l’exemple de Royan (II)

J’ai   élaboré une autre carte toujours sur la Communauté d’Agglomération Royan Atlantique  et qui me semble illustrer de manière plus précise l’organisation de cette communauté d’agglomération. Son objectif est également de faire comprendre la notion d’aire urbaine.

croquis-rempli-colorie-cara-6-11-16

 

Cette fois-ci j’ai dessiné sur le fond de carte les limites des 34 communes de la CARA.

On s’aperçoit d’abord que la taille de ces communes est extrêmement disparate ce qui est fréquent en France et est une conséquence à la fois des conditions naturelles (souvent les communes sont plus vastes quand elles intègrent des espaces difficiles à exploiter -marais, landes devenues forêts de reboisement…- )  et historiques (dans les régions fertiles et précocement défrichées les villages sont souvent très proches les uns des autres). Ainsi la commune de La Tremblade est la plus grande (69 km²) alors que celle de Talmont-sur-Gironde, ancienne bastide coincée au bord de l’estuaire est la plus petite (4 km²).

J’ai colorié les espaces forestiers (la forêt de la Coubre qui occupe une part importante de la commune de La Tremblade, de celle des Mathes et de St-Palais sur-Mer) et celle de Suzac (entre St-Georges-de Didonne et Meschers-sur-Gironde).

Puis j’ai choisi une « gamme de couleur » (rouge, orange, jaune, vert clair) pour synthétiser ce tableau sur la CARA

 

population superficie densité
1 commune-centre : Royan 18 138 19,3 940
5 autres  communes de l’unité urbaine 17 195 67,1 256
8 autres communes de l’aire urbaine 13 649 133,9 102
20 autres communes 32 054 383,6 84
= 34 communes de la CARA 81 036 603,9 134

 

Là encore je n’ai pas mis de légende organisée et définitive. Elle est donc à construire !

On remarque que Talmont-sur-Gironde (en vert-clair) n’est pas dans l’aire urbaine de Royan (qui apparait en jaune) alors que la commune voisine, Barzan, qui est pourtant  un peu plus éloignée de Royan, en fait partie. Ce n’est pas une erreur !

En fait Talmont-sur-Gironde  ne remplit pas les critères que l’INSEE exige pour faire partie de l’ aire urbaine de Royan alors que Barzan  peut y satisfaire.

Voici à quoi ressemble Talmont, vue d’avion : un petit village touristique sur un promontoire étroit. Les résidences secondaires y représentent près de 60 % des maisons ; il y a peu d’actifs et encore moins d’enfants. Le niveau de revenu est supérieur à la moyenne nationale.

bastide-de-talmont

Talmont-sur-Gironde (cliché Pierre Mairé )

Et voici l’environnement de Barzan où l’on voit à la fois l’espace cultivé (champs et vignes) et des lotissements récents. La commune compte 469 habitants mais pas d’école (elle se trouve à Arces-sur-Gironde). Le niveau de revenu est inférieur à la moyenne nationale mais le pourcentage d’habitants  propriétaires de leur logement y est supérieur. Il s’agit typiquement d’une ces communes rurales éloignées des centres urbains (22 km de Royan) où les actifs modestes peuvent espérer accéder à la propriété. Dans l’environnement de Royan qui est onéreux (à cause du tourisme et de l’importance des résidences secondaires) il faut souvent aller loin pour cela.

On trouve exactement le même phénomène dans l’aire urbaine de La Rochelle au nord du département.

lotissement-concerte-barzan

lotissement concerté de Barzan-plage, à l’arrière-plan Meschers-sur-Gironde

 source : Inventaire du patrimoine culturel Poitou-Charentes

Utiliser la carte pour comprendre la notion d’aire urbaine

L’exemple  de la CARA permet de bien comprendre la définition d’aire urbaine donnée l’INSEE, définition que j’avais volontairement omise dans l’article précédent en me contentant de dire qu’une aire urbaine représente un ensemble de communes gravitant autour d’une ville où l’on vient travailler le matin... bref une définition intuitive mais c’est à partir de cela qu’un élève (surtout au collège) peut vraiment comprendre le territoire de proximité où il vit.

Pour l’INSEE la définition n’est pas intuitive mais statistiquement très précise  :

 Une aire urbaine ou « grande aire urbaine » est un ensemble de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain (unité urbaine) de plus de 10000 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne périurbaine) dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci.

Cette définition est difficile à décortiquer mais on parvient à  la comprendre en regardant les couleurs de la carte. Les communes  éloignées de Royan mais qui sont quand même en jaune (comme Barzan) ont plus de 40 % de leurs actifs qui travaillent à Royan (rouge) ou dans des communes en orange ou en jaune. A Talmont-sur-Gironde  l’effectif des habitants et donc des actifs est trop faible pour que ce critère soit rempli.

A l’inverse à Saujon, qui est pourtant moins éloignée de Royan que ne l’est Barzan (13 km), la population est assez importante (plus de 7 000 habitants) et fait de Saujon un petit centre actif avec des emplois sur place si bien qu’il y a moins de 40 % d’actifs qui travaillent à Royan et dans ses communes périphériques.

Le même phénomène se reproduit au nord de la presqu’île d’Avert avec les communes de La Tremblade (et sa station balnéaire de Ronce-les-Bains), Arvert, Etaules et Chavaillette qui, à elles 4, cumulent environ 12 000 habitants : ce chiffre est suffisant pour y voir se développer des services de proximité et les emplois qui vont avec (surtout qu’il s’agit d’une zone où l’économie est tournée vers le tourisme qui, par essence, crée des emplois de proximité) ;  ces communes ne font plus partie de l’aire urbaine de Royan. Ce n’est donc pas une question de distance mais bien d’emplois : La Tremblade est à 22 km de Royan tout comme l’était Barzan.

Une cartographie provisoire au collège et au lycée…

Cependant, le  résultat de nos 2 cartes reste un peu insatisfaisant car avec notre petit outillage (crayons de couleur, feutres, normographe) nous n’avons qu’un croquis manuel, qui n’est pas perçu à l’époque de l’informatique comme assez élaboré… et pourtant, il est assez rapide à réaliser et permet de passer l’essentiel de son temps à l’analyser et et le critiquer… pour en faire un autre  plus pertinent.

Pour le rendre plus présentable, j’ai toutefois utilisé le traitement de texte pour les toponymes afin d’éviter qu’ils ne puissent être lus (puis retenus) de manière erronée par un élève… C’est un peu plus long mais faisable.

Mais pour avoir réellement un travail abouti, il nous faudrait l’aide d’un cartographe professionnel et d’un vrai logiciel professionnel de cartographie (et non simplement de dessin assisté par ordinateur). C’est grâce à un tel outil que nous pourrions  numériser un fond de carte et y créer des plages de couleur. Nous ne disposons pas de tels types de moyens dans le Secondaire : seules les Universités mettent ce genre de service à disposition de leurs chercheurs en Géographie.

… car la démarche d’apprentissage est plus importante que le résultat final

Si nous n’avons pas, dans l’enseignement secondaire, à utiliser de logiciel professionnel pour faire des cartes définitives, c’est que nous ne sommes encore que des apprentis cartographes, c’est la démarche qui nous intéresse et non le résultat final qui est forcément encore très imparfait.

A la différence des chercheurs qui sont souvent focalisés sur un même espace dont ils sont des spécialistes, nous passons notre temps, avec nos élèves, au collège et au lycée, à changer d’espace et d’échelle… bref à changer  sans arrêt de fond de carte !

Nos cartes « bricolées » sont en même temps symboliques de notre démarche d’apprentissage  : le croquis de synthèse que nous construisons avec nos élèves (ou qui est présent dans nos manuels) n’est pas la Vérité révélée sur un espace géographique qu’il faudrait ensuite recopier et apprendre par cœur  sans parfois comprendre les intitulés de la légende.

Un croquis de synthèse n’est que l’aboutissement provisoire d’une réflexion qui vise à en faire l’argument final d’une dissertation de géographie régionale (autre exercice également provisoire).

Ce n’est pas non plus une simple illustration « pour faire joli » et participer ainsi au  monde de l’image qui est devenu tellement plus important que celui de l’écrit aujourd’hui.

La cartographie des Universitaires et des collectivités territoriales

Le géographe-chercheur lui, est dans une autre démarche  : il est là pour faire avancer la connaissance géographique, produire de nouvelles cartes, faire de nouvelles analyses et pour cela a besoin des outils performants d’aujourd’hui.

Mais aujourd’hui, paradoxalement, beaucoup de cartes sont produites dans les collectivités territoriales qui disposent de puissants logiciels de  SIG (Systèmes d’Informations Géographiques) par des personnes qui maîtrisent bien les fonctionnalités de leur logiciel mais semblent oublier que les habitants d’un territoire ont peut-être besoin de visualiser  sur une carte synthétique leurs « territoires de proximité » pour se sentir en faire partie, en saisir les enjeux et en devenir des acteurs impliqués dans la vie politique et associative locale.

 

 

 

 

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