L’utilisation de données statistiques (graphiques et tableaux) pour caractériser un espace géographique : l’exemple de Royan

courbe-population-royan

Suite aux deux précédents articles sur Royan (commentaire de photographies et présentation générale), poursuivons cette analyse en y intégrant des données démographiques. A l’époque d’Internet, de Wikipédia et des tableurs, il est assez facile pour le professeur d’Histoire-Géographie de récupérer des données et de produire des documents pédagogiques sur nos territoires de proximité. Il est également possible de faire travailler nos élèves sur ces compétences TICE.

Voici quelques pistes… et des fichiers complémentaires pour faire des travaux pratiques en fin d’article

L’évolution de la population de Royan

Voici donc un graphique représentant l’évolution démographique de la commune de Royan depuis la Révolution. Je l’ai réalisé avec Excel  et pour remplacer ce type de graphique en barres qu’on  trouve pour chaque commune française sur Wikipédia :

graphique-population-royan-wikipedia

Ce graphique de Wikipédia ne me semble en effet pas très lisible et donc difficile à analyser par un élève.

En quoi ma courbe est-elle plus performante ? Qu’est-ce qui lui permet un gain en lisibilité ?

– d’abord le quadrillage principal (tous les 50 ans) et secondaire (tous les 10 ans) de l’axe du temps qui permet visuellement de se repérer plus facilement que dans le schéma où il est absent.

– le quadrillage de l’axe des ordonnées (tous les 2 500 habitants) qui permet de lire aisément un arrondi du chiffre de population à la date qui nous intéresse.

– les marqueurs placés aux dates des recensements (pour le XIX e siècle et le début du XX e siècle il s’agit des années se terminant par 1 et par 6)

– enfin une courbe continue assez fine à la place d’une succession de barres.

Attention toutefois ! Cette courbe est très satisfaisante pour le XIX e siècle (où la croissance est continue) mais elle ne permet pas de rendre compte précisément de ce qui s’est passé pendant la Première Guerre mondiale (pas de Recensement en 1916) ni pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle donne même une image erronée de ce qui s’est passé entre le Recensement de 1936 et celui de 1946 où la courbe descend alors que la population de Royan a continué à croître jusqu’en 1939, elle a ensuite augmenté à cause de la présence d’une garnison de 3 000 à 5 000 hommes pendant la guerre mais la population s’est ensuite réduite et en 1946, la destruction du centre explique la chute temporaire de population.

Mais, l’histoire générale de la population de Royan est facilement lisible sur cette courbe avec ses 4 phases :

  • un essor démographique qui s’accélère à partir des années 1880 (lié à l’arrivée du chemin de fer (1875) et l’essor du tourisme consécutif
  • un choc extrêmement brutal pendant la Seconde Guerre mondiale
  • un essor touristique qui reprend avec la reconstruction et les « Trente Glorieuses »
  • et, aujourd’hui, une stagnation de la population communale, liée à l’extension de l’aire urbaine (qui regroupe près de 50 000 habitants).

Changer d’échelle pour une analyse plus pertinente : de la commune à l’aire urbaine et à la communauté d’agglomération

Notre cadre communal date de la Révolution française et a repris le cadre paroissial antérieur (sauf dans les villes, qui regroupaient plusieurs paroisses mais n’ont constitué qu’une seule commune).

Il en résulte aujourd’hui un maillage communal très dense : environ 36 000 communes, soit autant de mairies, de conseils municipaux, d’églises… et de monuments aux morts car ce sont les seuls attributs qui demeurent aujourd’hui dans nos plus petites communes, celles qui comptent moins de 100 habitants, n’ont plus ni école, ni commerce et parfois aucun service de proximité.

Mais, à partir du XIX e siècle, avec l’urbanisation croissante, l’exode rural particulièrement fort dans les régions les plus pauvres (notamment Massif Central, Alpes du Sud), la trame du peuplement s’est fortement modifiée en France: il y a aujourd’hui  environ de 75 % d’urbains. Pour l’INSEE, le seuil fixé est de 2 000 habitants pour qualifier une commune d’urbaine.

On trouve donc 4 principaux types de communes en France aujourd’hui :

  • des communes qui étaient déjà urbaines et ont généralement vu leur population grossir au XIXe et au XX e siècle et se retrouvent, le plus souvent, au cœur d’une agglomération : on peut parler de communes-centres.
  • des communes qui étaient rurales et se situaient à proximité des villes et sont aujourd’hui des communes périurbaines dont la population a également très fortement augmenté, à partir des années 1960. La vie de ces communes est intimement liée avec celle de la commune-centre de l’agglomération avec laquelle elles forment une unité urbaine.
  • des communes un peu plus éloignées d’une commune-centre, situées au cœur d’un espace rural qui ont vu la multiplication des lotissements et dont les habitants gravitent autour de l’unité urbaine voisine.  Avec les précédentes ces communes-dortoirs forment une aire urbaine.
  • des communes rurales, plus isolées qui, dans l’ensemble, se sont dépeuplées.

Parallèlement à cette évolution à la fois démographique et économique, plusieurs lois depuis les années 1990 portant sur la réforme territoriale, ont abouti à la généralisation des Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI) qui couvrent désormais la totalité de territoire : principalement des communautés de communes (2062 en France) et des communautés d’agglomération (il y en a 196) lesquelles permettent de trouver des moyens d’organiser les aires urbaines qui se sont développées ainsi que l’espace rural qui les environne. (Nous ne parlerons pas ici des « métropoles » nouveau type d’EPCI créé en 2015 et qui concerne 13  grandes villes françaises, ni des communautés urbaines, structures de coopération créées en 1966 -bien avant que ces structures de coopération intercommunale ne se généralisent- et qui sont en voie de disparition –il n’y en plus que 11 à l’échelle française-). (voir l’article : Comprendre les territoires de proximité)

Voici comment se présente la situation à Royan :

tableau-recapitulatif-cara

Ce tableau tente de mettre en évidence deux réalités géographiques différentes et complémentaires :

  •  la structure administrative avec :
    • le maillage communal (car c’est la circonscription la plus fine de notre territoire pour laquelle nous pouvons disposer de données statistiques notamment démographiques et sur un temps long)
    • la structure de coopération intercommunale en l’occurrence la « CARA »  communauté d’agglomération Royan Atlantique  créée en 2001 et regroupant 34 communes.
  • Le fonctionnement de cet espace polarisé par la ville de Royan (qui représente 22 % de sa population). En classant ces communes, non par ordre alphabétique comme elles le sont sur le site de la CARA, mais en fonction de leur rôle dans le fonctionnement de cet espace.

Le tableau permet de percevoir :

  • la notion d’unité urbaine qui regroupe des communes limitrophes formant un tissu urbain continu. Pour Royan on a ainsi 6 communes regroupant environ 35 000 habitants avec une densité moyenne de 410 hab/km².
  • celle d’aire urbaine qui, pour l’INSEE représente les communes gravitant autour d’une ville : l’aire urbaine de Royan regroupe près de 50 000 habitants avec une densité moyenne de seulement 100 hab./km² pour les communes de la 2e couronne ce qui signifie qu’on est dans un espace rural mais dont les habitants travaillent principalement dans l’unité urbaine de Royan qui concentre le plus d’emplois.
  • Les 20 autres communes de la CARA regroupant un peu plus de 30 000 personnes ont un fonctionnement un peu différent au quotidien, parce qu’elles sont plus éloignés de Royan, que les plus peuplées ont des services de proximité notamment celles de Saujon (7 000 habitants) et de La Tremblade (4 700 habitants) avec leur collège, leurs  petites surfaces, leurs petites surfaces spécialisées –bricolage, jardinage-, leurs services de proximité).

Un petit tableau permet de comprendre l’évolution démographique différenciée de ces communes :

comparaison 4 communes CARA.jpeg

On y a comparé l’évolution démographique de la commune-centre de Royan et celle de 3 communes (l’une qui est dans l’unité urbaine : Saint-Augustin-sur-Mer à 10 km de Royan), l’autre dans l’aire urbaine (Arces-sur-Gironde à 23 km de Royan), la troisième dans le reste de la CARA (Boutenac-Touvent à 33 km de Royan).

Si Royan voit sa population multipliée par 8,5 depuis le début du XIX e siècle, la population de Saint-Augustin-sur-Mer n’a été multipliée que par 3. Quant à  Arces-sur-Gironde et Boutenac-Touvent, elles n’ont jamais retrouvé le maximum qu’elles avaient atteint au XIX e siècle et seule Arces-sur-Gironde, qui se trouve dans l’aire urbaine de Royan, a vu sa population à nouveau commencer à augmenter.

Ce phénomène se lit plus aisément sur des courbes mais il est impossible, compte-tenu de l’écart de population entre Royan et Boutenac-Touvent (qui est 80 fois moins peuplée), de pouvoir les comparer sur un seul graphique (ou alors il faudrait utiliser une échelle semi-logarithmique ce qui est trop compliqué à expliquer à un élève de collège ou de lycée) d’où la proposition suivante : juxtaposer 2 graphiques avec 2 échelles différentes, celui de Royan étant plus haut de manière à suggérer que sa croissance (une population multipliée par 8,5) est plus importante que celle des petites communes périphériques)

courbes-comparaison-royan

Sur le graphique de droite on voit bien les 3 évolutions contemporaines que nous avons analysées plus haut : un triplement de la population pour la commune de 1ère couronne, une croissance récente pour celle de 2e couronne qui ne permet pas de retrouver son maximum, une décroissance pour la commune en rural profond.

Boutenac-Touvent est à 30 mn d’une agglomération où l’on peut trouver un lycée et un hôpital (Royan et Jonzac), qui représentent aujourd’hui les 2 équipements sans doute les plus importants pour des familles qui pourraient vouloir s’installer en milieu rural, notamment pour accéder à la propriété à un coût moins important qu’en ville.

***

On peut aisément transposer ce type d’analyse de l’évolution de nos espaces urbains, périurbains à toutes les régions de France en produisant les graphiques correspondant.

Toutefois il est évident qu’il manque quelque chose à notre analyse : la « Rolls » de la Géographie, une carte sur laquelle nous pourrions visualiser le fonctionnement de cette aire urbaine et de son environnement immédiat.

C’est ce que nous montrerons dans le prochain article.

Pour retravailler sur ces données démographiques, construire d’autres courbes, d’autres tableaux… mais aussi travailler sur d’autres espaces de proximité un fichier Excel avec plusieurs feuilles de calcul :

royan-cara

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