Faire la présentation de l’environnement et de l’histoire d’un espace géographique à étudier : l’exemple de Royan

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 Il est impossible de faire l’analyse géographique d’un espace sans une présentation de l’environnement ni une plongée dans le passé, plongée qui doit être parfois très profonde, car notre époque valorise considérablement le patrimoine et en fait de plus en plus un élément susceptible de générer une fréquentation touristique.

Et cette présentation nécessite de disposer d’une carte de localisation du type de celle que nous avons dessinée ci-dessous de manière à pouvoir visualiser les éléments de toponymie présents dans la présentation… et uniquement ces éléments.

(A la fin de l’article on retrouve les fichiers PDF et Word permettant de travailler avec des élèves sur cette carte de localisation)

Ce ne sont pas les informations qui manquent à l’époque d’Internet : très longs articles sur Wikipédia avec des liens qui se renvoient les uns aux autres ; sites des collectivités territoriales, des offices de tourisme, blogs personnels parfois très bien faits (ceux notamment de professeurs à la retraite qui écrivent bien, voyagent beaucoup et ont du temps).

Pourtant,  c’est  à mon sens, dans  la présentation synthétique d’un espace que nos élèves – collégiens et lycéens- rencontrent le plus de difficultés. C’est dans ce domaine que nous, professeurs d’Histoire-Géographie, avons acquis un véritable savoir-faire  grâce à notre formation universitaire initiale  (nos cours et nos livres ) qui nous a fait brasser beaucoup d’informations et à notre entraînement à la rédaction.

C’est en particulier en répétant l’exercice qui a été longtemps au cœur de nos examens universitaires : la dissertation que nous avons appris à trier efficacement de l’information puisque cet exercice nécessite de retrouver dans sa mémoire les éléments d’information pertinents pour construire une argumentation et par sa durée –longue mais néanmoins limitée- oblige à rester concentré et empêche de se noyer dans des détails.

Quand nous donnons à nos élèves à faire un tel type d’exercice de synthèse à partir d’une recherche documentaire, nous relevons trois défauts principaux :

  • ils multiplient les données chiffrées comme si cela permettait de « faire savant » et pour cela le côté encyclopédique de Wikipédia est leur grand allié…
  • ils se noient dans des détails anecdotiques et notamment en proposant de multiples dates
  • ils ont parfois du mal à distinguer le style neutre d’un article de Wikipédia (mais pas toujours très élégant) du style que je qualifierai de « jargon culturel » qu’on trouve parfois encore sur certains sites de collectivités territoriales, d’institutions économiques, d’offices de Tourisme et d’équipements touristiques. Mais cet aspect plutôt en cours d’amélioration ces dernières années car, pour rendre leurs sites plus visuels –notamment parce qu’on y accède de plus en plus avec son Smartphone et de moins en moins avec un grand écran d’ordinateur-, il y a davantage de photographies et moins de texte… donc un texte plus sobre.

Si, en plus, nous leur autorisons l’utilisation du traitement de texte et ne limitons pas la longueur imposée, nous avons beaucoup de mal à ne pas récupérer des bouts de texte obtenus par un simple « Ctrl-C/Ctrl-V » et sélectionnés un peu au petit bonheur… ce qui n’est pas un exercice très formateur.

Voilà pourquoi à mon avis c’est à nous, les professeurs,  de rédiger cette présentation générale (parfois longue) de manière à ce que, par mimétisme, ils s’imprègnent progressivement de notre manière :

  •  de synthétiser (avec peu de chiffres -des valeurs arrondies- et peu de dates mais des données qu’il faut mémoriser).
  • de localiser les choses avec juste les toponymes indispensables positionnés sur une carte de localisation, qu’on devra replacer sur un croquis de synthèse (Ces toponymes je les ai tous mis en gras la première fois qu’on les rencontre dans le texte qui suit)
  • de rédiger.

Une fois que cette présentation leur est fournie, nos élèves sont en effet beaucoup plus facilement opérationnels sur des exercices moins synthétiques et qui les valorisent davantage tels que :

  • le commentaire de photographie –comme dans l’article précédent-.
  • le traitement de données statistiques pour les transformer en tableaux et graphiques
  • la conception et la réalisation de croquis et schémas.

Nous évoquerons ces 2 dernières compétences dans les articles suivants, toujours à propos de l’exemple de Royan.

Dans cet esprit, quelle présentation synthétique pourrions-nous leur proposer sur Royan et son environnement régional ?

Royan est une station balnéaire de Charente-Maritime, située à l’embouchure de la Gironde. Elle présente une double originalité : un site attractif pour le tourisme qui a permis le développement de la ville et des communes voisines à partir de l’arrivée du chemin de fer (1875)  et une histoire récente dramatique liée à sa situation de contrôle de l’estuaire de la Gironde qui lui vaut d’avoir eu son centre-ville totalement détruit à la Libération par un bombardement qui a fait de nombreuses victimes civiles puis reconstruit après la Seconde Guerre mondiale dans un style futuriste pour l’époque.

Royan : un port qui contrôle l’estuaire de la Gironde

La Gironde est le nom donné à l’estuaire commun de la Garonne et de la Dordogne dont le confluent se situe au bec d’Ambès. Cet estuaire orienté nord-ouest/sud-est a une longueur de 75 km et une largeur de 12 km à son embouchure. Il est  de ce fait le plus vaste estuaire d’Europe occidentale.

L’estuaire de la Gironde se termine entre la pointe de Grave (sur la rive sud dans le département de Gironde ) et la pointe de la Coubre qui se trouve à l’extrémité de la presqu’île d’Arvert (sur la rive nord, en Charente-Maritime). Un phare, construit à la fin du règne de Louis XIV : le phare de Cordouan en balise l’embouchure.

La ville de Royan se situe au sud de la presqu’île d’Arvert sur la rive nord de cet estuaire, face à la pointe de Grave.

Cet estuaire conduit au port de Bordeaux, aujourd’hui 7e port français, et qui, historiquement, a été un port de grande importance.

C’était vrai au Moyen Age, notamment à l’époque de la Guerre de Cent Ans quand l’Aquitaine était sous domination anglaise et entretenait des relations suivies avec Londres où elle exportait son vin. Mais c’était également vrai à l’époque moderne, avec l’essor du commerce triangulaire : Bordeaux est alors avec Nantes et La Rochelle un des grands ports négriers de la façade atlantique.

C’est encore vrai pendant la Seconde Guerre mondiale où Bordeaux abrite une base sous-marine.

Cela le reste aujourd’hui mais plus modestement : 7 terminaux portuaires spécialisés s’échelonnent de l’embouchure de l’estuaire (Le Verdon –terminal porte-conteneurs -) jusqu’à Bordeaux (terminal pour les croisières) en passant par Pauillac (-terminal pour les morceaux d’Airbus qui doivent être acheminés par barges jusqu’à Langon puis par camions jusqu’à Toulouse-, Blaye et le Bec d’Ambès (-terminal pétrolier-). Ces 7 terminaux formant l’entité appelée « Grand port maritime de Bordeaux ».

Les paysages de l’estuaire

Les paysages entre la rive gauche (située dans le département de la Gironde)  et la rive droite (en Charente-Maritime) sont assez différents. Sur la rive girondine, on trouve une plaine alluviale où domine un paysage viticole.

Sur la rive charentaise, les altitudes sont un peu plus élevées : on est sur un plateau calcaire autour de 30 m  sur lequel la vigne est moins présente et laisse place à de la polyculture. Le long de l’estuaire on trouve à la fois des falaises mortes et des falaises vives avec des habitations troglodytes. Mais la présence de marais est également importante à la fois le long de l’estuaire (vers Blaye où se trouve une centrale nucléaire) et au nord de la presqu’île d’Arvert (marais de la vallée de la Seudre).

La presqu’île d’Arvert

Cette longue presqu’île orientée nord-ouest/sud-est se situe entre les marais de la Seudre (au nord) et l’estuaire (au sud). Le littoral ouest est bordé par des dunes et on y trouve une vaste pinède de 8 000 hectares (forêt de la Coubre), qui est une forêt de reboisement plantée au début du XIX e siècle pour fixer la dune, forêt très semblable à la forêt des Landes au sud de l’estuaire.

Un peu d’histoire

La ville de Royan remonte sans doute au Ve siècle, elle occupe une situation stratégique à l’extrémité de l’estuaire qui explique qu’elle soit fortifiée au Moyen Age, devienne une place-forte anglaise pendant la guerre de Cent Ans puis, au XVI e siècle, une place de sûreté protestante. Elle est assiégée sous le règne de Louis XIII, ses fortifications rasées.

Sa renaissance n’intervient que sous la Restauration au XIX e siècle avec la mode des bains de mer puis l’essor s’accélère avec l’arrivée du chemin de fer en 1875. La station balnéaire accueille une clientèle huppée (notamment originaire de Bordeaux qui n’est qu’à une centaine de kilomètres), se dote de plusieurs casinos et de très belles villas avant et après la Première Guerre mondiale. La commune voisine, à l’est de Royan, Saint-Georges-de-Didonne connaît une évolution similaire. Les autres communes donnant sur l’estuaire voient s’installer un tourisme plus populaire avec de nombreuses colonies de vacances (La Palmyre-Les Mathes, Saint-Palais-sur Mer, Meschers-sur-Gironde). Il en est de même à La Tremblade-Ronce-les-Bains au nord de la presqu’île d’Arvert.

Royan pendant la Seconde Guerre mondiale

Le site portuaire de Royan  joue pendant la Seconde Guerre mondiale un rôle stratégique puisqu’une base sous-marine est installée à Bordeaux et que Royan, contrôle l’accès à l’estuaire.

Royan est occupée par les Allemands à partir du 24 juin 1940 : elle se trouve dans la zone occupée, ainsi que tout le littoral jusqu’à la frontière espagnole ; la ligne de démarcation passe à Libourne sur la Dordogne et Langon sur la Garonne.

On trouve à Royan pendant la guerre une importante garnison (entre 3 000 et 5 000 hommes). A partir de 1942 est lancée l’opération Todt de fortification du littoral depuis Dunkerque jusqu’à Biarritz et, compte tenu de l’importance de Royan, les blockhaus de ce mur de l’Atlantique y soient particulièrement nombreux : 250 autour de Royan ainsi que 400 autres ouvrages, surtout cachés dans la forêt de la Coubre.

Lors de la Libération du territoire français à partir du Débarquement de Normandie du 6 juin 1944, Royan se retrouve encerclée. Les Alliés sont pressés d’atteindre le territoire allemand et ne veulent pas consacrer des forces à réduire les « poches » de l’Atlantique : La Rochelle avec sa base sous-marine, Royan qui contrôle l’estuaire de la Gironde, Saint-Nazaire et Lorient.

La ville est cernée par les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) en septembre 1944 à une date où les Alliés sont encore bloqués en Lorraine sur la rive gauche de la Moselle face à Metz et Pont-à-Mousson. Une offensive est prévue (qui devait être précédée d’une évacuation des civils et d’un bombardement de la ville) mais la contre-attaque allemande dans les Ardennes pendant l’hiver amène à renvoyer des forces en Alsace et annuler l’opération.

Malheureusement, un effroyable cafouillage se produit le 5 janvier 1945 : des bombardiers britanniques et canadiens décollent pour une opération de bombardement en Allemagne. Ne pouvant atteindre leur objectif à cause du brouillard, ils se détournent de leur route et se dirigent vers Royan qui fait toujours partie de leur liste d’objectifs à frapper. Ils contactent la base de Cognac pour savoir s’ils ont le feu vert et si les civils ont bien été évacués. Aucune réponse. A 4 h puis à 5 h du matin ils déversent sur la ville leur cargaison de bombes…

85 % du centre-ville est totalement détruit, il y a plus de 500 morts et 1 000 blessés parmi les civils. A l’inverse, les beaux quartiers de villas, sont peu touchés. Il n’y a presque aucune perte chez les Allemands,  bien protégés dans leurs blockhaus. Le 14 avril, un deuxième bombardement a lieu : les bombes américaines au napalm brûlent les ruines de la ville et le 17 avril les Allemands se rendent.

Dans l’après-guerre la reconstruction de Royan est entreprise dans un style futuriste qui est dans l’air du temps et qu’on retrouve aussi bien au Havre qu’au Brésil (à Brasilia comme Belo Horizonte). Deux architectes ont laissé leur nom, Claude Ferret et Guillaume Gillet (Notre Dame de Royan)

Royan aujourd’hui

La commune de Royan compte aujourd’hui 18 000 habitants, elle se trouve au cœur d’une aire urbaine d’environ 50 000 habitants. La fréquentation touristique estivale est importante avec un tourisme surtout domestique (assez peu d’étrangers sur ces plages de Charente-Maritime), familial avec beaucoup de campings et d’anciennes colonies de vacances aujourd’hui souvent reconverties en villages de vacances. Cela n’exclut pas l’existence d’un tourisme d’un standing plus élevé (thermalisme, thalassothérapie…)

Royan forme avec 33 communes environnantes une communauté d’agglomération : la « CARA » :  Communauté d’Agglomération Royan Atlantique.

 

Pour en savoir plus :

  • Le site de la CARA :

Pour faire travailler des élèves sur l’estuaire de la Gironde

  • un fond de carte muet  :

fond-de-carte-estuaire-4

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