De l’observation à l’analyse géographique : l’exemple de Royan

Suite à notre sortie annuelle à Royan, un premier petit article sur cette cité balnéaire au bord de l’estuaire de la Gironde.

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Le centre de Royan vu depuis l’estuaire (cliché G. Brangier, APHG 2016

Partir de la description d’une photographie pour découvrir un espace géographique, compléter ce commentaire par des informations supplémentaires en faisant un lien avec d’autres espaces plus connus : une démarche géographique intuitive à développer chez nos élèves.

La photographie ci-contre représente le centre de la ville de Royan, reconstruit après la Seconde Guerre mondiale, vu depuis l’estuaire de la Gironde.

La silhouette de l’église Notre-Dame ressort à l’arrière-plan. Cette église construite en béton armé après guerre a été inaugurée en 1958. Elle a été imaginée par l’architecte Guillaume Gillet (1912-1987) (dont la tombe se trouve à l’intérieur). Elle représente un des témoins de cette architecture ayant le label « Patrimoine du XX e siècle ». 

Elle est actuellement fermée pour travaux : le sable de plage utilisé pour le béton n’a pas été suffisamment rincé et érode la structure métallique d’où des fuites dans la toiture. Son clocher culmine à 60 m.

Au premier plan sur la gauche on distingue le palais des Congrès (inauguré en 1957) avec sa façade vitrée, copie du palais des Congrès de Belo Horizonte au Brésil. Il a été imaginé par l’architecte Claude Ferret (1907-1993) qui est l’un des principaux architectes de la reconstruction de Royan. A l’arrière plan on distingue aussi un certain nombre de ces immeubles datant de la reconstruction.

Parmi les autres bâtiments caractéristiques de la reconstruction de Royan qu’on ne voit pas sur la photographie, on peut signaler le  temple protestant, le marché couvert. Le casino municipal (également dessiné par Claude Ferret) a été détruit en 1985 pour cause de vétusté ce qui montre que la perception de cette architecture des années 1950 n’est plus la même aujourd’hui (où elle est valorisée).

La même évolution de perception s’est produite au Havre, ville entièrement reconstruite en béton armé après la guerre par Auguste Perret (1874-1954) et dont l’architecture a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005 alors qu’elle n’intéressait plus personne il y a une trentaine d’années.

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Au premier plan de la photographie, on distingue la digue qui protège le port de pêche de Royan, derrière l’embarcadère du Bac qui rejoint Le Verdon sur l’autre rive de l’estuaire et, à droite, le port de plaisance.

Le port de pêche de Royan a un tonnage modeste (moins de 1 000 tonnes de poisson commercialisé à la criée en 2014) ce qui le positionne au 35 e rang français très loin derrière les grands ports de pêche comme Boulogne (34 000 t) ou Lorient (26 000 t). La flottille de pêche est composée de 4 « filayeurs » (16 à 24 m) qui partent pour des campagnes de 6 jours et sont spécialisés dans la sole ; le reste de la flottille (6 à 12 m) effectue des sorties journalières avec différentes techniques (lignes pour les poissons carnassiers tels le bar, le maigre ; filets pour la crevette grise). Il s’agit principalement d’une pêche aux « espèces nobles » (notamment soles, bars et maigres de ligne, crevette grise) ce qui explique que le prix moyen au kilo négocié à la criée de Royan soit le plus important en France (de l’ordre de 8 € le kilo alors qu’il n’est que de 2 €/kg  à la criée de Boulogne/mer, la plus importante de France).

Un Bac amphidrome (c’est-à-dire qui se charge et se décharge des deux côtés et n’a donc pas besoin de manœuvrer dans l’estuaire) relie le port du Verdon en 30 mn. Il a une capacité de 600 passagers et environ 140 véhicules. En été il fonctionne en continu tandis qu’il n’y a qu’environ 7 rotations en saison creuse.

Le port de plaisance de Royan compte 1 000 anneaux (à titre de comparaison celui de La Rochelle a une capacité de 5 000 anneaux). Sa création remonte à 1965 et il a été réaménagé en 2008. Face à lui, à proximité du Verdon, se trouve un autre port de plaisance, Port Médoc (950 anneaux), beaucoup plus récent (2004) et qui vient d’être agrandi.

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plage Royan.jpg

Plage de la Granche Conche à Royan (cliché G. Brangier APHG 2016)

Cette deuxième photographie nous montre la plage de la Grande Conche au sud de la ville et le quartier résidentiel du Parc qui a été beaucoup moins touché par le bombardement du 5 janvier 1945. On voit ainsi le style des villas construites au début du XX e siècle avec leurs tourelles, leur façade travaillée à l’exception de celle du centre de la photographie, sorte de cube, caractéristique de cette architecture futuriste des années 1950 (la villa Ombre Blanche, familièrement appelée « le magnétoscope »).

La Grande Conche est la plus grande plage de Royan, une très belle plage de sable fin, bien orientée plein sud, ce qui, à l’échelle du littoral atlantique entre Loire et Gironde, présente un grand intérêt touristique.

De l’anse de l’Aiguillon, au nord de la Charente-Maritime jusqu’au sud de l’île d’Oléron, le littoral charentais, s’il est plus ensoleillé que le littoral vendéen, a en effet l’inconvénient de présenter peu de plages et des plages vaseuses à marée basse sauf si des travaux ont été engagés pour amener du sable (plage des Minimes à La Rochelle, plage de Châtelaillon) à l’exception des deux îles (Oléron et Ré) qui présentent de belles plages ainsi qu’un micro-climat plus doux et plus ensoleillé.

On peut donc comprendre l’engouement pour ces plages de l’estuaire de St Palais-sur-Mer, Royan, et St Georges de Didonne qui ont attiré un tourisme d’abord huppé (Royan et son casino) puis ont entraîné le développement considérable de colonies de vacances ainsi qu’un tourisme familial (beaucoup de campings sur cette côte).

Trouver d’autres éléments d’information !

Mais une simple description de paysages, même agrémentée de connaissances supplémentaires ne suffit pas pour réellement pouvoir faire l’analyse géographique d’un espace, il nous faut réunir trois éléments supplémentaires :

  • une présentation plus détaillée du site, de la situation et de l’historique.
  • des données démographiques sur la commune et les communes environnantes.
  • une carte permettant de visualiser la situation et l’organisation de l’espace étudié

Nous verrons dans les articles qui suivent quelles pistes peuvent être suivies pour les obtenir à l’ère d’Internet et les utiliser comme documents pédagogiques.

Les données sur la pêche sont tirées du site de l’Union des Ports de France, association professionnelle qui regroupe les ports de commerce et de pêche :

http://www.port.fr/article/trafic-des-ports-metropolitains-et-doutre-mer

 

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